III. CONSIDÉRATION
Et voilà la troisième circonstance, qui rend la pu reté et 1 innocence de sa vie plus éclatante. Car il permit qu'elle fût attaquée, non-seulement par la tentation, mais encore par la calomnie; et néanmoins cette furie, qui détruit souvent la renommée des plus innocents, ne put trouver de couleur pour noircir celle de Jésus- Clrist, quelque effort qu'elle fît pour décrier la sainteté de ses mœurs; tous ses traits retombèrent sur elle, et le juge même qui le livra à ses ennemis ne le condamna, par une injustice inouïe, qu'après l'avoir déclaré publiquement innocent. De là vient que la croix, à laquelle il fat attaché, n'est pas une marque de son péché, mais du nôtre. Il pouvait de ce poteau ignominieux donner le défi à tous les hommes, et leur dire: Qui de vous me ronvaincra de vêché? Cette croix n'était pas une preuve de son crime, mais de son innocence» Il fallait, pour y être attaché, qu'il fût le Saint des saints, aulrement il ne nous eût pas rachetés. Cet Agneau n'eût pas éîé une victime de propitiation pour tous les péchés du monde L s'il n'eût été sans tâche, et le Père éternel n'eût pas accepté son sacrifice ni accordé notre grâce à ses larmes et à ses prières, s'il eût trouvé. en lui quelque objet capable d'offenser sa vi*-«3 et de provoquer sa colère. Si bien que sa mort ost une des
(1) Quis ex vobis arguet me de peccato?
124 l'homme d'orajson.
dIus illustres preuves de sa justification, parce qu'au Heu que le péché fait mourir généralement tous les hommes, ce seul homme a mérité, par son innocence, de faire mourir le péché, et de ressusciter tous les pécheurs. C'est pourquoi, montant au ciel en triomphe, il fut accueilli magnifiquement de son Père, qui le reconnut pour son Fils, et le fit asseoir sur son trône, pour couronner son innocence (1). Il l'avait déjà reconnu par trois fois : la première, au jour de sa naissance; la seconde , au jour de son baptême ; la troisième , au jour de sa résurrection; mais il le fit encore plus solennellement au jour de son ascension. 11 retourna à son Père , dit saint Ambroise, aussi pur et aussi innocent qu'il en 6tait sorti, lorsqu'il descendit sur la terre : voilà pourquoi son Père iui dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai aujourd'hui engendré; c'est-à-dire, je reconnais en vous le privilège de votre naissance, qui me fait voir que je vous ai engendré, parce que le péché n'a pu souiller votre innocence. Vous avez conversé parmi les pécheurs, vous avez pris leurs péchés sur vous, vous avez été fait pour eux toute la victime du péché, vous avez été fait pour tous un objet de malédiction; mais jamais vous n'avez donné aucun accès au péché. Vous avez conversé parmi les pécheurs avec autant de pureté que si vous eussiez été parmi les anges. Vous avez fait un ciel de la terre, en bannissant le péché de ce lieu-là. C'est pourquoi je dis que vous êtes mon Fils, en qui j'ai mis mes complaisances. Vous avez montré que vous étiez mon Fils , accomplissant toutes les volontés de votre Père, je vous ai aujourd'hui engendré, parce que je reconnais dans votre innocence les caractères éclatants de votre filiation éternelle. Vous m'avez toujours été ce que vous êtes, et vous léserez à jamais. En vous il n'y a point de ténèbres, parce que vous êtes la lumière même qui faites le jour de l'éternité (1).
(i) Me autem propler innocent. ani suscepisli, et confirmasti me ii conspectu Ino in sélénium. Psal. 40. 13. (2; Im macula lus ad Patrem rediit, à quo immacalatus exivit.
Imitez votre Sauveur, suivez cet Agneau immaculé, de telle sorte que vous soyez, comme lui, sans reproche. Vivez si saintement, que vous ne donniez aucun sujet de plainte contre vous, mais que votre conduite soit sincère, simple, innocente, digne des enfants de Dieu. Souvenez-vous que vous êtes au milieu d'un peuple pervers et corrompu, et que vous y devez être, par l'éclat de vos vertus, comme ces grands luminaires qui éclairent l'univers (1). Soyez donc , s'il peut se faire, aussi pur que la lumière , afin que vos plus grands ennemis ne trouvent rien à redire dans vos déportements , et que le Fils de Die» ne rougisse point de vous reconnaître pour ses frères (2).
quandô descendit in terras. Undè dicit ei Pater : Filius meus es tu, ego hodiè genui te : hoc est , generationis mese in te privilegium recognosco, quem nulla macula potuit inquinare peccati. Ità inter peccatores verseuses, peccata omnium suscepisti, peccatum pro omnibus factus es, m.iledictum pro omnibus factus es, sed nullus usus potuit ad te transire peccati. Ità inter peccatores versatus es, quasi inter Angelos versareris. Fecisti terram esse quôd cœlum est, ut et ibi peccatum tôlières. Hodiè te genui , in que ■jomplacui; probàsti te filium, qui implêsti in omnibus Patris voluntatem ; hodiè le genui in quo lucem immaculatae prolis agnosco. Heri mihi, et hodiè ipse es , in seculum. Nox in te nulla est, quia tolus es dies. S. Ambr. in Ps. 40.
(î) Ut sitis sine quei elà, et simplices filii Dei sine reprehensionc in medio cationis pravse et peryersœ : inter quos lucetis sicut lurninariain mundo. Phi/. 2. 15.
(2) Ut is qui ex adverso, verealur, nihil habens malum dicere de vobis Tit. 2.