II. CONSIDÉRATION
Secondement, comme il n'y a que le péché qui ait pu faire mourir Jésus-Christ, il n'y a aussi que Jésus- Ehrisl qui ait pu expier le péché par sa mort. Quand tous les hommes et les anges seraient unis dans un même dessein, pour satisfaire à la justice de Dieu; quand tous les réprouvés seraient changés en pénitents , pour souffrir avec un amoureux repentir toutes les peines qu'ils souffriront éternellement avec un horrible désespoir,Téternité de leurs peines n'égalerait jamais l'injure que le moindre péché, s'il est mortel, fait à la majesté de Dieu. Le Sauveur du monde, tout médiateur qu'il
(1) Proptei* scelus populi mei percussi eum.
est entre Dieu et les hommes , n'eût pu , comme dit saint Augustin, nous délivrer et nous affranchir, s'il n'eût été vrai Fils de Dieu (l). Saint Léon confirme cette vérité. Si Jésus-Christ , dit-il, n'était Dieu , il ne pourrait nous apporter de remède; et, s'il n'était homme, il ne pourrait nous donner exemple (2). Saint Anselme dit la même chose: Il n'ya que Dieu qui puisse faire satisfaction, et il n'y a que l'homme qui le doive : il est donc nécessaire qu'un Homme-Dieu satisfasse (3). C'est pourquoi saint Paul remarque que dans l'ancien Testament on renouvelait, tous les ans, le sacrifice d'expiation pour !es péchés (4) et qu'on immolait toujours de nouvelles victimes, pour montrer que tous ces sacrifices étaient incapables de satisfaire pleinement , quand même or? les eût éternellement réitérés , et que la justice de Dieu ne serait jamais contente , jusqu'à ce qu'on lui eût offert cet Agneau qui devait effacer les péchés du monde (5). Aussi, dit-il lui-même, dès le premier moment de son incarnation, que toutes les victimes qui l'avaient précédé, n'avaient point apaisé la colère de son Père, et qu'il venait pour s'otfrir en sacrifice , et suppléer au défaut des autres (6). Ce qui nous fait voir, d'un côté, Ténormité du péché, qui ne peut être effacé que par le sang de cette adorable victime; et de l'autre, l'aveugle-
(1) Nam neque per ipswm liberaremur unum mediatorem Dei et hominum, hominem Jesum Christum, nisi esset Deus. S. Aug. in Enchirid. c. 108.
(2) Nisi esset Deus, non a (Terre t remedium ; et nisi esset verus homo, non praeberel exemplum. S. Leo^aerm. 1. 19. Nat.chi'
(3) Satisfactionem non potest facere nisi Deus, nec débet nisi homo , necesse est ergô ut eam faciat Deus homo. S. Anselm» l. 2. : Cur Deus homo ?
(4) Hebr. 10.
(5; Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi. Joan» 1. 29.
(6) Holocaustum et oblationem noluisti, corpus auteiri aptàsti mihi; lune dixi : Ecce venio.
mentdes hommes , qui, ayant été rachetés si chèrement, in» laissent pas de retournera leurs crimes, et d'anéantir, pour ainsi dire, le fruit de leur rédemption paf leur infidélité.