III. CONSIDÉRATION
C'esi en cela que paraît la malignité du péché, de rendre la mort de Jésus-Christ inutile pour celui qui le commet : car l'Apôtre assure que le pécheur foule aux pieds le Fils de D eu , et qu'il traite indignement son sang, comme une chose profane, faisant outragea l'esprit de la grâce et de la miséricorde divine par un injurieux mépris. Si un grand roi faisait présentera un malade un remède précieux, qui lui eût coûté un million d'or , que diriez-vous de la folie de cet homme, s'il venait à jeter cette essence, et à la fouler par dédain , au lieu de s'en servir? qui ne serait étonné de sa fureur? qui n'en serait indigné , s'il le faisait de sang froid? Quel supplice ne mérite donc pas celui qui aura foulé le Fils de Dieu sous les pieds , et profané le sang du Testament, par lequel il a été sanctifié , outrageant ainsi le Saint-Esprit, qui est l'esprit de grâce et d'amour ? et n'est-ce pas fouler le Fils de Dieu , que de faire de son corps précieux et de son sang, et de tout ce qu'il a souffert pour nous, un marchepied pour nous élever avec insolence contre sa divine majesté (1)? Dieu est mort pour nous , dira un libertin; il n'a pas envie de nous perdre, ne craignons rien, son sang couvrira tous nos péchés. Qu'est-ce que cela, sinon faire servir le sang de Jésus-Christ, non pas à purifier nos ûmes, mais à les salir davantage? Que peut-on dire de
(1) Quanto magis détériora pulatis mereri supplicia, quiFilium Dei conculcaverit , et sanguinem Testamenti pollutuin duxerit, in quo sanctificalus est, etSpiritui gratis contumeliam Itcerit ? »eù/\ 10.20.
plus injurieux: au Saint-Esprit, que de faire de sa bonté un motif pour nous porter au mal, et nous abandon nerà toute sorte de malice ? N'est-ce pas renverser la foi de l'incarnation et de la passion de Jésus-Christ, (|ui a donné son sang, comme dit le prince des apôtres, aQn de nous faire mourir au péché et vivre à là justice (1) ; et nous , au contraire, nous abusons de son sang et de sa passion , comme s'il était mort à dessem d'exterminer la vertu, de faire vivre et régner en nous {'injustice et le péché.