‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 70 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Keprenez ce miroir dinnocence , et considérez ce beau visage tout sali de crachats, ses yeux éteints dnns les larmes et dans le sang, ses joues toutes livides, ses épaules déchirées de coups de fouets, ses membres ensanglantés, son corps couvert de plaies, qui donnent de l'horreur à ceux qui le voient. Est-ce là cet époux céleste , qui devait régner et triompher de tous les cœurs par les attraits de son visage? Est-ce là le visage du plus beau de tous les hommes , dont le soleil et la lune admirent l'éclat, et que les esprits bienheureux ne se lassent jamais de regarder? Quia donc ainsi flétri cette rare fleur? Qui a couvert ce soleil d'un cilice si noir et si funeste? Qui a troublé cette source d'eau vive? Qui a jeté tant de boue sur cette glace ? Il n'est pas difficile d'en connaître la cause , ce sont nos péchés qui l'ont mis en cet état : II a été blessé lui-même pour nos iniquités. Il a été brisé pour nos crimes (1). Notre ambition l'a attaché à la croix, notre orgueil l'a couronné d'épines, notre envie lui a percé

(1) Vulneratus est propter iniquitates noslras, Atlrilua est propter scelera nostra. Is. 13.5.

îe cœur , notre intempérance l'a abreuvé de fie] et de vinaigre , notre luxure a tiré le sang de ses veines, notre médisance l'a souillé de crachats ; enfin la multitude de nos crimes l'a couvert de tant de plaies, qu'il ne lui reste aucun trait de beauté : // n'a ni éclat ni beauté; et nous l'avons vu, il était méconnaissable , et nous l'avons désiré (1). A le voir dans cet état, on le prendrait pour un lépreux frappé de Dieu dans son courroux. On chassait autrefois les lépreux des villes, et on les fuyait comme des hommes contagieux, indignes de. la société civile; et Jésus est traîné hors de Jérusalem avec ignominie, et mené au lieu du supplice comme un criminel qui mérite d'être exterminé du monde. Les lépreux couvraient leur bouche de leur robe, et Jésus est couvert d'un linge sale , qui lui sert de bandeau, et qui en fait un objet d'opprobre et de mépris. Les lépreux étaient obligés de crier, et d'avertir de loin les passants, qu'ils ne les approchassent pas, parce qu'ils étaient immondes; et Jésus crie du haut de la croix, qu'il est la victime du monde , qui porte la peine de nos impuretés, et qu'il n'y a rien de comparable à sa douleur (1). Les lépreux avaient l'haleine si mauvaise, et le corps si difforme, qu'on ne les pouvait voir sans horreur ; et Jésus est si horriblement défiguré sur la croix, qu'il épouvante même ses amis, et leur paraît comme un prolige de douleur et d'infamie qui les effraie. 0 pécheur, voulez vous voir l'image de votre âme criminelle : regardez Jésus-Christ fouetté de verges, souillé de crachats, couronné d'épines, et attaché à un gibet. Voyez son corps sanglante! livide, voyez son visage défiguré comme celui d'un lépreux. C'est la figure de votre âme, dont il représente la laideur. Si le portrait est si monstrueux , que sera-ce de

i) Non est apecies ci, neque décor : et vidiraus eura, et non erat aspectus, et desitaeravimus eum. Is. 53.

(2) 0 vos omnes qui transitis per viam attendue et videle sx est dolor sicut dolor meus.

l'original; si l'ombre seule du péché l'a rendu si difforme , que sera-ce de la tache que le péché môme laisse effectivement dans votre âme (1).

Jetez encore une fois les yeux sur ce miroir de pureté et d'innocence, cette difformité que vous y voyez ne vient pas d'un principe intérieur. La justice, comme dit saint Augustin, est la véritable beauté : si vous trouvez en lui quelque chose qui ne soit pas juste, vous pouvez dire qu'en cela il est difforme. S'il n'y a rien en lui qui ne soit juste, il n'y a rien qui ne soit beau (2). Quelle est donc la cause de cette laideur étrangère qui paraît sur son visage? Qui l'a si horriblement défiguré ? le péché que vous avez commis, et qu'il a voulu expier. S'il s'est ainsi noirci en l'effaçant et le lavant de son sang, que fait une âme criminelle, en le commettant? je le dis avec vérité, il n'y a point de monstre dans !a nature si horrible ni si infâme qu'un pécheur. Sa malice lui fait porter trois taches abominables, qui le rendent plus noir que les démons. La première est une tache de rébellion contre Dieu, et d'opposition à la souveraine beauté. Car il n'y a rien qui paraisse plus indigne à un esprit raisonnable, que de voir une faible créature, plus vile que la poussière, s'élever avec insolence contre son souverain Seigneur, à qui elle est infiniment obligée , et de qui elle attend tout son bonheur : vu principalement que tout ce qui est dans l'u-

(1) Vis ergô, ô peccalor, videre vivam imagincm animr» peccantis: inspice Christum flagellalum, consputum , coronakim et crucifixum , inspice totum corpus cruentalum et lividum, inspice dettguratum quasi leprosum. Hôeccst forma, heec species aninuc tuse, quam Chrislus in se suscepit et expressit. Cornélius à f.a~ pide, in c. 53. 5. 1s.

(2) Sumraa et vera pulchritudo justilia est: ibi ÉîSuaa non videbis pulchrum, ubi deprehendes injûstum. Si ubiujuè justus, Sibiquè decorus. S. Au g* in /*f » 44.

LECTURES smiTUEUES. 169

ni vers, demeure soumis aux volontés de Dieu, et suit les mouvements de son cœur : il n'y a que l'homme qui ie contrarie, et qui choquo toutes ses perfections, comme nous avons déjà dit. Les anges, qui jugent sainement de ce désordre, le regardent comme la chose du monde la plus monstrueuse et la plus infâme ; les âmes saintes , qui sont plus éclairées , en font fe même jugement, et ne le peuvent souffrir, tant il leur paraît horrible et insupportable : d'où vient qu'elles rougissent de honte, et tombent dans la confusion au souvenir de leurs offenses, ne pouvant assez s'étonner de fa miséricorde de Dieu, qui les supporte, et leur ouvre le sein de sa charité pour les recevoir à pénitence. La seconde est une tache d'impureté et de corruption, qu'il contacte par adhérence à la créature, dont l'amour déréglé souille la netteté de l'âme, et efface tous les traits et tous les ornements de sa beauté. Car comme le plus beau visage deviendrait horrible avoir, s'il était couvert d'un chancre, ou si on lui avait coupé le nez, arraché les yeux et retranché tout ce qui rend sa beauté parfaite, ainsi l'âme chrétienne ayant une beauté ravissante, qui vient de l'écictt de la lumière naturelle de la raison et de ia splendeur de )a grâce sanclifianle, accompagnées des verlus surnaturelles, des dons et des fruits du Saint Esprit, si cette grâce, si tous ces riches ornements lui sont ravis par le péché, elle en contracte une laideur spirituelle, qui surpasse incomparablement la plus grande difformité du corps. Son visage devient plus noir que les chai bons, selon le langage de l'Ecriture; elle met une tache dans sa gloire, qui offense les yeux de son époux : ce n'est plus celle épouse sans tache qui était l'objet de ses complaisances (1). Sa laideur est plus grande que celle des lépreux , et la pourriture des corps rongés de chancres et couverts d'ulcères, d'où ie pus coule incessamment, n'est pas plus insupportable à la vue. Plus elle était éminenlo

(I) Tota pulchra es, arnica mea, et macula non est In te. Nouer. Œuv. XIX. g

en sainteté, plus sa tache est horrible , et sa difformité ne croît pas seulement par la grandeur du péché qu'elle commet , mais encore par la grandeur des biens qu'elle perd. C'est pourquoi la peine du dam, qui suit son crime, est aussi considérable, parce que la perte de la gloire répond à celle de la grâce , qui la rend d'autant plus criminelle, qu'elle abuse des dons les plus signalés du ciel avec une extrême ingratitude.

De ces deux taches il en naît une troisième , qui est une tache d'infamie, qui fait que le pécheur demeure dégradé d'honneur, et flétri d'un éternel opprobre, s'il ne fait pénitence, s'il ne se réconcilie avec Dieu , qui est le principe de sa gloire. Car comme un soldat qui a fait une lâcheté honteuse , en porte le déshonneur aussi long-temps qu'il néglige d'effacer par quelque belle action le caractère d'infamie qu'il s'est acquis par sa faute, de môme le pécheur qui a commis une offense mortelle, a fait une action indigne d'une créature raisonnable, créée à limage de Dieu, et destinée à la béatitude, n'y ayant rien de plus vil ni de plus déshonorable que le péché (l). C'est pourquoi encore que cette action passe et qu'elle ne soit plus , elle lui laisse néanmoins une marque d'infamie qui lui demeure éternellement, s'il ne l'efface par ses larmes et par les mouvements d'un généreux repentir 11 est en mépris devant Dieu, qui ne le regarde qu'avec un œil d'indignation; les démons mêmes se rient de son ignominie, et le traitent comme un misérable esclave déchu de tous les droits de sa noblesse, et déclaré indigne d'aspirer aux récompenses du ciel et à l'héritage des saints. Son âme devient la retraite des dragons ; sa volonté, le siège de l'iniquité ; sa conscience, un enfer; sa liberté est la chaîne de sa servitude; ses pensées et ses désirs, des semences d'une éternité malheureuse; son corps, une source d'ordures; soncœur, un tombeau funeste de toutes les grâces du ciel; el sa v

(l) Quàin vilis i'acta es i'uaus via» luajl

IECTURES SPIRITUELLES. 171

un mouvement perpétuel , qui ne finit que par le désespoir. 0 prodige! ô monstre abominable! comment se peut-il faire que le péché soit si laid, et qu'il piai&6 à tant de personne1

f72 L'HOMME d'ormson.

POUR LE LVmi DE LA NEUVIÈME SERINE d'AFiM L4 PENTECÔTE.

Jésus offensé par le péché dans tous les élals de son royaume.

JuMia éleva, senlem ; mi.eros aulem populo, faott pec

ta" M» les nations, ci* UpW-«* >-»«»«— "

sérables. Prov, 14. 34.

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