‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 72 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

En troisième lieu, comme le péché est la cause de la révolte de toutes les créatures qui composent l'empire de Jésus-Christ, il est aussi la cause de leur désolation et de leur ruine. Considérez le changement des monarchies, et demandez au dernier sage des Hébreux, quelle est la cause de leur décadence et de leur renversement : il vous dira que c'est l'injustice des peuples et la corruption de leurs mœurs (1). Qui ruina l'empire des Assyriens? la brutalité de Sardanapale; celui des Babyloniens? le sacrilège de Balthazar et la profanation des vases du temple de Jérusalem, ainsi que l'Écriture même le remarque (2) ; celui des Perses ? le luxe de Darius ; celui des Grecs ? les fourberies de Perseus ; celui des Romains? l'abondance et le luxe de Rome , comme dit saint Augustin dans la Cité de Dieu (3) , où il remarque que ce grand empire commença à déchoir, aussitôt que le vice l'emporta sur les bonnes mœurs , comme il s'était accru par la probité des citoyens et par la vigueur de la discipline, plutôt que par la valeur et par la force des armes. Vous n'ignorez pas ce que dit Achior, roi des Ammonites, au général des Assyriens^ que les Israélites adoraient un Dieu souverainement ennemi du péché, qui les punissait au point qu'ils s'étaient oubliés de leur devoir, et qui les rendait invincibles, tandis qu'ils demeuraient dans l'innocence et dans la vertu (4)* et par conséquent qu'il fallait sa-

(J) Regnum de gente in genlem transfertur propter injustitia?, et injuria?, et contumelias, et diversos dolos. Eccli. 10. 8. Glosse gft locum anteà citatum. Rabbanus , Lyr> Carlhus.

(2) Daniel. 5.

(3) Z. 5. de C. D. c. 3,

(4) Et non fuit qui insultaret populo isti, nisi quandô recessit à cultu Domini Dei sui : quotiescumque autem praeter ipsum Deum suum, alterum coluerunt , dati sunt in prœdam ? et in gladium, et in opprobrium. Quotiescumque autem pœnituerunt se

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voir, avant que de leur faire la guerre, s'ils avaient commis quelque faute capable d'attirer la colère de Dieu ; autrement qu'on n'en remporterait que de la perte et de la honte. Vous savez le malheur du roi Achat), qui, allant prendre possession de la vigne de Nabolh, reçut l'arrêt de sa mort et de la ruine de sa maison au même lieu où il avait fait mourir l'innocent, pour envahir son héritage (1). Enfin vous savez ce que dit notre Seigneur aux pharisiens, qui méprisaient sa doctrine et ses miracies, que le royaume de Dieu leur serait ôté en punition de leur orgueil, et qu'il serait donné aux nations qui en feraient un meilleur usage (2). Voilà comment le péché ruine l'état spirituel et temporel des royaumes ; que fera-t-il donc dans les familles particulières, puisqu'il ne pardonne pas aux plus puissantes monarchies; que dis-je? il n'épargne pas même les créatures qui sont privées de raison , quoiqu'elles soient innocentes, et c'est assez qu'elles servent aux pécheurs, pour être enveloopées dans leurs ruines, et porter la peine de leur malice. Écoutez l'arrêt de la justice de Dieu, qui fut suivi du déluge universel, et de la désolation générale de toute la terre. J'exterminerai , dit-il, non seulement tous les hommes, mais encore tous les animaux, depuis les reptiles, qui se traînent sur ie ventre, jusqu'aux oiseaux, qui volent en l'air. Qu'avaient fait ces animaux , incapables de péché aussi bien que de raison (3) ? Leur crime n'est pas d'avoir péché , mais d'avoir servi à des pécheurs et à (les rebeiies. C'est assez pour participer à leur malheur, quoiqu'ils n'aient point de part à leur malice. Le roi des Niniviles, étonné

recessisse à culturâDei sui, dédit eis Denscœli viiluleni resistendi. Judith. S. 17-19.

(1) In hoc loco in quo linxerunt canes sanguinem Nabolh, tombent quoque sanguinem tuum. 3. Reg, c. 21.

(2) Proptereà auferetur à vobis Regnum Dei, el dabilur genti facienti fruclus suos. Matth. 21.

(3) Quid Insérant irralionubilia? S. Ambr. I. de iVee, c. 4.

des menaces du prophète Jonas , commanda un jeune si rigoureux dans la ville capitale de son royaume , qu'il ne voulut pas même que les botes en fussent exemptes ; étaient-elles coupables des désordres de leurs maîtres? nullement; mais ayant servi à leurs crimes, il voulait aussi qu'elles servissent à leur pénitence, et que, pressées de la faim, elles les excitassent par leurs cris et par leurs mugissements à la douleur et au repentir de leurs péchés. C'est par cette raison que Dieu doit un jour mettre fin à nos désordres par l'effroyable embrasement de l'univers, et qu'il consumera par le feu toutes les créatures visibles , comme si le ciel et la terre étaient coupables d'avoir servi l'homme pécheur; comme si tous les éléments étaient souillés de ses offenses et qu'il les eût rendus abominables par la contagion de ses crimes, quoique en effet toute la faute vienne de lui , et qu'il doive en répondre devant le tribunal de la justice divine : ce qui devrait nous faire trembler, si nous ; vions un vif sentiment de ces vérités. Car si un homme serait puni avec une rigueur extraordinaire pour avoir mis le feu dans le palais d'un prince mortel , que doit attendre celui qui met le feu dans la maison de Dieu , et qui est la cause de la ruine et de la désolation de l'univers ? certes, le prince des apôtres avait raison, après avoir décrit ce funeste embrasement, de tirer celte conséquence considérable : S'il est donc vrai que toutes les créatures doivent ainsi se dissoudre et se consumer par le feu , quelle sainteté devons-nous faire paraître dans nos conversations et dans nos bonnes œuvre: , puisque nous sommes toujours dans l'attente et même que nous approchons si fort de ce grand jour de l'avènement du Seigneur, qui doit dissoudre la machine ardente des cieux,et faire fondre les éléments par l'activité des flammes (1) ! Hélas! que deviendront alors les

(t) Cura ergô hœc omnia dissoivenda sint, quales opoitel nos esse in sanclis conversalionibus , et pietatibus, exsDectantes e>

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pécheurs qui souillent par l'impureté de leurs mœurs tous les plus beaux ouvrages de Dieu, et ne laissent aucun lieu qui ne soit marqué des traces de leur débauche ; comme si l'auteur de ces excellentes créatures, n'était pas le Saint des saints, comme si elles devaient porter les armes du prince des ténèbres gravées sur leur front à la honte de celui qui les a créées , et enfin somme s'il n'avait fait tant de bien aux impies que pour @n êtr^ méconnu et offensé avec plus d'ingratitude?

properantes in adventum diei Doraini, per ciuem cœli ttrdenlef ^"«utur , et elementa ignis ardore tabescent ? 2. Pelr. 3.

fOîîR LE MÀKDI DE LA NEUVIÈME SEMAINE D'APRÈS LA PENTECÔTE.

Jésus offensé par le péché dans la perte des âmes, qui sont la plus riche conquête de son sang.

Ecce omnes animas meœ sunt : ut anima patris , ità et anima ûlii mea est. Anima quœ peccaverit, tpsa morietur.

Toutes les âmes sont à moi : l'âme du fils aussi bien que celle du père est à moi. L'âme qui péchera mourra. Ezecii. 18. 4

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