‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 73 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Les tbéologiens disent que l'on connaît 3a malignité du péché par trois voies , savoir : par l'opposition qu'il a à la raison, par l'injure qu'il fait à Dieu, et par le tort qu'il fait à l'âme, qui est la plus riche conquête du sang de Jésus-Christ. C'est le dernier outrage qui nous reste à considérer, pour faire voir combien le Sauveur du monde a sujet de haïr ce tyran, qui fait tant de ravages dans la plus belle partie de son empire.

Premièrement donc , le péché dépouille l'âme criminelle de la grâce sanctifiante et de la charité , dont lé propre effet est de rendre l'homme juste , en tant qu'elle l'assujettit parfaitement à la loi divine, et qu'elle porte- avec elle une résolution ferme et invincible de garder tous les commandements de Dieu , selon sa parole évangélique : Celui qui garde mes commandements, et les observe avec soin, est, à vrai dire, celui qui m'aime effectivement : si bien que la charité est, à proprement

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parler, ce que nous appelons la justice chrétienne, qui consiste essentiellement dans une parfaite conformité à toutes les lois et à toutes J*s volontés ùe Dieu. Or je dis que le pécbé survenant dans T£ ne , qu'il rend son esclave, enlève celte qualité divine quî ia sanctifie, et avec elle toutes les vertus surnaturelles et infuses, hormis i espérance et la foi , qui sont les tristes reliques de cet horrible débris, et comme l'unique ressource du dernier de tous les malheurs. Je ne dispute pimit de quelle sorte le péché détruit en nous la grâce sanctifiante , si c'est par une opposition formelle et naturelle , pareille à celle des qualités contraires, q- îï ne peuvent se souffrir dans un même sujet, ou bien seulement par démérite, en tant qu'une âme souillée du péché est indigne de posséder un don si précieux, et mérite d'en être privée. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en même temps qu'elle consent au péché , Dieu retire son influence et son concours, au défaut duquel toutes ces richesses célestes s'évanouissent , et il se fait tout-à-coup un changement déplorable dans l'intérieur de cette âme, qui perd toute sa vigueur, sa force, sa vie, et ce rayon éclatant de beauté qui la rendait semblable à Dieu et aux anges. II ne lui reste que l'espérance et la foi, encore mériterait elle de les perdre, si Dieu, par un sentiment de pitié, ne les lui laissait comme une semence de sa résurrection , pour lui donner moyen de se rejoindre à la source de sa vie.

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