VI. CONSIDÉRATION
Enfin le péché, pour comble de sa malice, rend Vârae coupable de la damnation éternelle et de tous les maux qui l'accompagnent, Car comme le droit que les justes ont à la couronne du ciel est fondé sur leur adoption, de même cet engagement funeste et cette obligation à la peine éternelle, sont une suite inévitable du péché, dont ils ne se peuvent garantir que par la pénitence. Voulez-vous savoir qu'elle est la récompense et le salaire du péché ? c'est la mort, dit TApôtre (l). Quelle mort? la mort spirituelle de l'âme, qui est présente, parce qu'elle perd effectivement la grâce, qui est le principe de sa vie; et la mort éternelle , qui est opposée à la gloire future que nous attendons dans l'éternité. C'e^t pourquoi saint Paui ajoute immédiatement après. La mort est le salaire du péché; mais la vie éternelle est un don de Dieu (2). Il appelle la mort étemelle le salaire du péché : parce que le pécheur la mérite, elle est due à ses crimes.
(1) Stipendia enim jieccali mors. Rom. 8.
(2) <Gralia autcw Dej vila oelerna. //*;</,
Mais îa vie éternelle est une grâce, une faveur, une miséricorde divine, parce que nous ne la pouvons mériter par aucune action, si elle n'est accompagnée de la grâce sanctifiante, et si elle n'a le Saint-Esprit pour son principe.
Vous me direz qu'en péchant on pense peu à cela, et que ces considérations n'entrent point dans l'esprit. Hélas! il n'est que trop vrai, vous ne songez qu'à prendre vos plaisirs et à vivre en liberté , c'est la cause de votre perte. Car enfin comme vous péchez sans y penser, vous vous damnez aussi sans y penser. Ce n'est pas ainsi que les saints en ont usé; ils ont assuré leur salut en y pensant sérieusement, et réveillant souvent le souvenir des malheurs que le péché traîne avec soi. Les martyrs y ont pensé; aussi ont-iis mieux aimé souffrir tous les tourments, que de commettre le moindre péché et la moindre infidélité. Les confesseurs et les vierges y ont pensé ; et ce motifies a portés au mépris de tous les plaisirs de la terre, pour éviter, non-seulement le péché , mais encore les occasions du péché. Saint Louis y a pensé , qui disait qu'il eût mieux aimé perdre son sceptre , et être abandonné de tout le monde comme un lépreux, que de souiller son âme d'une seule offense mortelle. Saint Anselme y a pensé: aussi dit-il ordinairement que s'il eût vu le péché d'une part, et l'enfer de l'autre, il se fût jeté dans l'enfer pour éviter le péché. Pensez y donc désormais, à l'exemple de ces grands hommes, et tenez pour certain qu'autant que vous ferez de réflexions sur ces grandes vérités, autant vous ferez de progrès dans la vie spirituelle, et vous assurerez voire salut éternel.
186 l'homme d'oralson.
POUR m MERCREDI DE LA NEUVIÈME SEMAINE d'aPRÈS LA PENTECÔTE.
De la haine que nous devons avoir pour le péché , afin d'imiter l'admirable innocence et la pureté de l'esprit de Jésus-Christ.