III. CONSIDÉRATION
Secondement, s'il est impossible, sans la pureté de cœur, de connaître parfaitement Jésus-Christ, ii s'ensuit que, sans elle, il est aussi impossible de l'aimer, puisqu'on ne le pent aimer sans le connaître; par conséquent, autant eile est nécessaire à l'union de notre entendement, autant elle l'est à celle de notre volonté. En effet, le Fils de Dieu est le principe du pur amour, qui ne peut rien aimer qui ne soit saint, et qui ne veut être aimé que des saints, La raison est parce que chacun aime son semblable , et Jésus est souverainement pur , ou, pour mieux dire, il est la pureté même , la blancheur de la lumière éternelle , et le miroir sans tache de la majesté de Dieu (2). 11 ne faut donc pas s'étonner s'il recherche la pureté dans ses amis, et surtout la pureté intérieure du cœur, qui est la source de toute la pureté qui paraît au-dehors, comme la racine de l'arbre est le principe de toute la beauté qui paraît dans les fleurs et dans les fruits, ou bien comme le soleil est la source de la lumière, qui n'a d'éclat et de splendeur que ce qu'elle en reçoit de ce bel astre. C'est pourquoi
(1) Sicut corporis Ratura est sarTitas, iià cordis natura est pi* ritas, quia turbalo oculo non videhitur Deus, et cor humanuni ad hoc faclum est ut suum videat Oeatoiv.ii>, Si ergo sanitati cor* poris sollicita est providenda custodia, puritali cordis tantô $©& licïtior est impendenda, quanto pars ista dignior illà essecoœ» VinciU". S. Bern. serm.de triplici génère boncrum.
(2, C-andor luciseetei-nœ , spéculum sine macula. Sap.7,
192 L'KOMMB D'ORAISON.
saini Augustin dit que Dieu aune tes cœurs quî sonl saints (1), c'est- à dire qui sont purs, parce que la parfaite pureté n'est autre chose qu'une parfaite sainteté. Plus un homme e^t pur, plus il est saint, et parce que Jésus-Christ a la pureté dans un souverain degré , il est appelé, par cette raison, ie Saint des saints. Et parlant, si nous voulons nous approcher de lui et nous unir par amour à son sacré cœur, il faut apporter un grand soin à purifier le nôtre. Car, comme les éléments les plus purs sont les plus proches du ciel , de même les cœurs les plus saints sont les plus proches de Jésus-Christ (2). De vrai, d'où vient que l'amour de notre Seigneur es! si froid et si languissant dans la plupart des chrétiens ? c'est que leur cœur est plein d'affections terrestres , qui affaiblissent les forces de la charité et font mourir ce feu du ciel. Quand un arbre est déjà vieux, et qu'il commence à perdre sa vigueur, le meilleur moyen de guérir sa stérilité est de retrancher quelque partie de sa racine, afin que l'humeur grossière et impure qui était enfermée au-dedans, venant à s'évaporer,; fasse place au bon suc qu'elle attirera de la terre. De même, pour guérir le cœur humain, et lui faire porter le fruit du divin amour, il est nécessaire de retrancher ses désirs superflus, qui sont autant de mauvaises racines qui rattachent à la créature , e( de le décharger des affections déréglées, qui l'empêchent de s'élever au créateur. Lorsqu'il plaira à Dieu de faire revivre son amour en vous, il circoncira votre cœur, afin que vous i'aimiez de tout votre cœur et d« toute votre âme, et que vous puissiez reprendre une nouvelle vie (3). A moins a— cela, vous ne pouvez vivre de son esprit, vous ne pouvez jouir de son amour.
(*) Diligit corda sancta. S. Aug. apud Donsetium, serrn. 2?. (2) Iiicorrupiio facit esse proximum Deo. C3j Circunicidet Dominas Deus tuus cor tuura , <!t cor somi i . !iij. ht diligns Dominum rv»um lunm in tolo corde tuo. cl iu
POUR LE JEUDI DE Là NEUVIÈME SEMAINE D'APRÈS LA PENTECÔTE.
Suite de l'entretien précèdent
!. CONSIDÉRATION
Cette môme pureté de cœur, dont nous avons parlé dans l'Entretien précédent, est atissi nécessaire à l'union de notre âme avec Jésus-Christ par le moyen de la grâce sanctifiante, qui est le nœud sacré qui nous lie ù son esprit et à son adorable personne. La grâce , dit saint Bernard, est un baume précieux qui doit être enfermé dans un vase très-pur et très-net (1). C'est chose assurée que les formes ne s'unissent point à leur sujet, s'il n'est auparavant bien disposé, et que d'ailleurs la plus excellente disposUiv^. qu'il puisse avoir, est celle de sa ressemblance , parce que cette disposition n'est autre chose qu'un commencement et comme une ébauche de la forme qu'elle introduit, d'om vient que les qualités qui lui préparent l'entrée, doivent avoir du rapport et de la convenance avec elle. Or cela est d'autant plus véritable au regard de la grâce, qu'élantla plus noble participation de la nature divine, il n'y a rien qui en approche de plus près que la pureté. Car ce n'est autre chose qu'un éloignement de toutes sortes de vices et d'imperfections , et cet éloignement , comme dit saint Grégoire de Nysse , est le propre caractère de la Divinité. Par conséquent, si vous l'avez, vous êlcs assuré que Q-usu est en vous (2), et que vous êtes traus-
(1) Balsamum est gratia Dei , vas purissimum requirit.
('2) Puritas snim est vilioxura et affectuum vacuiras » ti ah
Wouet. Œuv. X/X
ÎD4 l'homme d'oraison.
formé en Dieu. Sitôt que vous aurez effacé les taches de votre âme , vous y verrez éclater l'image de !a beauté divine par le moyen de la grâce, qui n'y entrera jamais tandis qu'elle demeurera souillée du péché* Car il y a une opposition si grande entre l'un et l'autre, qu'ils ne peuvent compatir ensemble ; et comme il ne faut qu'un degré de grâce pour effacer tous les crimes les plus énormes , il ne faut aussi qu'un péché mortel pour bannir toute la grâce des saints, si elle était ramassée dans un seul homme. Il est de la grâce comme de la gloire du paradis , où rien d'impur ne peut entrer. Le feu du purgatoire, qui est si brûlant, n'a été établi que pour effacer les taches les plus légères que la contagion du monde imprime dans les âmes, s'il en reste encore quelqu'une après la mort: tant il faut de pureté pour posséder Dieu par la claire vue de son essence ! Or la grâce , comme disent les théologiens , est une gloire commencée, qui ne demanderait pas moins de pureté, si la faiblesse de l'homme pouvait le permettre danp Votât où nous sommes ; et quoiqu'elle n'ait pas une incompatibilité absolue avec le péché véniel, comme elle l'a avec le péché mortel, néanmoins elîe le combat tant quelle peut , et l'esprit de Jésus, qui la répand dans lésâmes, fait des efforts merveilleux pour le détruire. Le zèie qu'il a pour ses épouses est un feu dévorant, un purgatoire d'amour, qui leur fait souffrir d'étranges épreuves pour les purifier. Il est si ardent, dit saint Bernard, qu'il consume jusqu'à la plus petite tache. Que demande de vous, dit ce saint aucteur, celui qui vous a cherchée avec tant de soin, sinon que vous soyez soigneuse de lui plaire et de marcher en sa présence? L'auteur de ce soin amoureux n'est autre que le Saint-Esprit, qui sonde nos défauts les plus cachés, qui fait le discernement de nos plus secrètes pensées, et qui pénètre dans nos desseins les plus occultes , ne laissant pas la moindre paille dans le cœur qu'il pos-
orani mal" abalienatio , deitas est. Si içitur haec in te «unt, Deus prorsùs in te est. S. Greg» Nyss.
sède, qu'il ne brûle aussitôt, et qu'il ne fasse passer par le feu d'une très-subtile recherche (1).