‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 80 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Enfin l'union réelle et corporelle que Jésus-Christ opère en nous par la participation ries divins mystères, est le quatrième motif qui nous porte à une excellente pureté , non-seulement pour le respect que nous devons à une chose aussi sainte qu'est le corps du Fils de Dieu, mais encore pour le bien qui nous revient d'une si divine alliance. La révérence que nous lui devons , nous oblige à mener une vie toute pure, sans tache et sans défaut. Puisque notre cœur est , pour ainsi dire, le reliquaire du Saint-Sacrement, consacré et destiné à porter le corps de Jésus, nous devons avoir grand soin de ne le point profaner. La manne , qui tombait dans le désert, n'en était que la figure, et néanmoins la sagesse divine ne voulut pas qu'elle tombât sur la terre nue, de peur qu'elle n'en fût souillée ; mais sur une couche de rosée toute Manche , qu'elle étendait comme une nappe fort nette , pour l'y recevoir et la conserver proprement. Elle ordonna même , comme dit l'Apôtre, qu'elle fût gardée au milieu du sanctuaire dans un vase d'or par honneur et par respect. N 'est-il donc pas raisonnable que le vase qui doit contenir le corps le plus saint et le plus pur de l'univers , comme dit saint Thomas, soit entretenu et conservé dans toute la netteté et toute la bienséance qui se peut imaginer? n'est-ce pas par celte raison que notre Seigneur, qui avait été toute sa vie si amoureux de la pauvreté,qu'i! avait bien voulu naître dans une étable, qui est une demeure si sale., et

(1) Quidà te quserit ,quilantâ sollicitudine te quœsivit, nisi te sollicitum arnbulare cum Deo luo ? Hanc sollicitudinero non facil nisi Spiritus cactus , qui scrutatur profunda peccatorum nostrorum , discrète*- cogitalionum et intentionum cordis , qui nec minimam paleam intrà cordis quod possidet habitaculum pa« titur residere,sedstatim igné subtilissimœ circumspecliiunsexurit. S. Bern.. serm. 2* in die Peniecostes.

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mourir sur le Calvaire, qui était un lieu si infâme, néanmoins,quand il fut question d'instituer cet adorable mystère, choisit une salle fort grande et magnifiquement ornée , lava les pieds de ses apôtres avec de grandes cérémonies, prit le pain, qu'il devait consacrer, entre ses mains, comme dans le lieu le plus saint et le plus pur qui fût alors sur la terre , et ne pouvant en faire autant du vin sans un miracle , qui n'était pas nécessaire , il le bénit dans une coupe d'argent, comme dit le vénéra* ble Bède (1), ou même, selon l'opinion de quelques autres, dans un vase d'agate , que l'on garde encore aujourd'hui à Valence , en Espagne? N'est-ce pas par ce même sentiment de respect que, dans l'Église ancienne, avant que de donner la communion aux fidèles , le diacre disait d'un ton élevé : Les choses saintes sont pour les saints (2)? et maintenant encore ne nous fait-elle pas souvent entendre ces belles paroles : « Voici le pain des » anges, devenu nourriture des voyageurs, vrai pain » des enfants, que l'on ne donne pas aux chiens (3) ? » pour nous apprendre qu'ayant l'honneur de manger le pain des anges, nous devons vivre avec une pureté angélique. Etdevrai, si ceux qui mangeaient autrefois ie pain de proposition devaient être purifiés, ceux qui prennent le pain de vie ne le doivent-ils pas être incomparablement davantage? S'il fallut qu'un Séraphin purifiât les lèvres du prophète Isaïe, pour le rendre digne de la parole de Dieu , quelle sainteté devons-nous avoir, pour être dignes de recevoir et de porter en nous le Verbe incarné , qui est la parole substantielle du Père î La bienheureuse Vierge, pour le loger une fois dans son sein, eut besoin d'une pureté ineffable, et d'une plénitude parfaite des dons divins ; encore l'Église confcsset-elle son étonnement, disant que c'est chose admirable qu'une si haute majesté n'ait point eu d'horreur d«-

(1) Beda, de locis sanclfsye, 2.

(2) Sancta sanctis.

(3) Ecce panis angelorum , faclus cibus vialorura > vcrè pania filiorum non millendus canibus. Prosa.

demeurer dans ce sein virginal (1), quoiqu'il fût plus pur que le soleil : hélas ! quelle horreur devrait-il donc avoir d'entrer si souvent dans nos cœurs qui sont si éloignés de l'innocence de sa mère! Sans doute, cette considéralion nous oblige à vivre dans une grande pureté , puisque nous le recevons si fréquemment, et que nous le demandons à Dieu comme notre pain de tous les jours; surtout quand nous nous approchons <ie la sainte table, nous devons nous purifier avec un grand soin, non-seulement des péchés mortels, mais encore des fautes les plus légères, pour en tirer le fruit que nous prétendons, et profiter avec avantage de cette divine nourriture. Car il y a plusieurs théologiens célèbres (2) qui estiment qu« les distractions, et les péchés véniels que l'on commet par indévotion et par irrévérence dans la communion, empêchent qu'elle ne produise aucun effets ni ne communique aucun degré de grâce, à cause de Pexcellence infinie de ce mystère, qui demande de nous une grande correspondance ; et quoique cette opinion ne soit pas généralement reçue de tous, néanmoins ils tombent tous d'accord, avec saint Thomas (3), que ce divin sacrement n'opère pas également en tous, mais seulement selon la disposition qu'il trouve dans les sujets qui le reçoivent , si bien que celui qui le reçoit avec peu de disposition, ne reçoit qu'une grâce fort petite : et d'ailleurs, s'il ne perd pas entièrement le premier effet de l'Eucharistie , qui est l'accroissement de la grâce sanctifiante, au moins il perd tout-à-fait le second, qui est la réfection et ie goût présent d'une douceur spirituelle qui rassasie la faim de l'âme, et souvent même il met obstacle au secoi/rs

(1) Non horruisti virginis ulerum.

(2) S. Bonavent. in 4. dist. 12. 2. Durandia Alesis. S. Antoninus. Cajet. Scotus apud Suarem in 3. p. I. S. fâ.scct. 2 Masquez, in eamdem part, dtsp. 206. c. 1.

(3) Actualis refectio spiritualis dulcedinis , quâ impedilur si aliquis accédât ad hoc Sacramentum per peccata venialia mente dislraclus. S. Tlwm. 3. p. q. 79. 6. c. 8.

efficace qui lui était préparé pour le préserver des occasions de pécher, où la tentation le porte, et l'exciter à la pratique des bonnes œuvres par de fortes inspirations et de salutaires pensées, dont il fait tarir la source par l'impureté de son cœur. De là vient que ceux qui communient avec un esprit lâche et dissipé, ne font presque aucun progrès dans la vertu, et ne tirent aucun fruit d'un si puissant remède ; il leur arrive la même chose en quelque façon qu'à ceux qui, pour être chargés de mauvaises humeurs prédominantes, paraissent toujours pâles, maigres et défaits, quoiqu'ils se nourrissent de viandes fort délicates , parce que la chaleur naturelle ne les peut digérer ni convertir en un bon suc. Ainsi voyons-nous plusieurs chrétiens qui demeurent toujours faifc,fl^ dans la vertu, quoiqu'ils communient souvent, et qu'ils se nourrissent de la viande du monde la plus salutaire, parce qu'ils ont des péchés véniels d'habitude, et des attaches aux créatures, dont ils ne veulent pas se défaire , rendant ainsi inutile l'usage d'un remède si divin, et faisant déshonneur au médecin qui le leur donne, comme dit saint Chrysosloine (1).

(1) fide S. Gregor. I. 3. c. 1. super 1. Regum 2. 5.

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