‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 93 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Seconde excellence de l'humilité.

Secondement, comme il n'y a point de vertu qui ait plus de rapport avec Dieu que l'humilité, il n'y en a point aussi qui lui soit plus agréable. Sur qui est-ce que mon esprit se reposera avec plaisir , sinon sur l'humble qui est paisible, et qui tremble à ma parole (1) ? Voyez-vous, dit un célèbre interprète, combien l'humilité est agréable à Dieu? en voulez-vous savoir la cause ? les choses rares et nouvelles ont coutume de nous plaire : or, Dieu est infiniment riche, c'est pourquoi il ne fait pas état des richesses; il est tout-puissant, c'est pourquoi il ne considère pas les puissances du siècle; il est souverainement sage, c'est pourquoi il ne regarde pas les sages du monde. Mais pour les humbles, qui connaissent leur indigence, leur faiblesse et leur misère, il les regarde avec une extrême complaisance, comme une chose nouvelle qui est rare dans la créature, et qui ne se trouve point dans le créateur (2). Saint Augustin en apporte une autre raison : parce que la hauteur n'appartient qu'à Dieu; c'est pourquoi il loge volontiers dans un cœur qui est humble, et qui connaît sa bassesse. Soyez humble et paisible, afin que Dieu demeure en vous. Dieu est haut; si vous pensez vous élever , il ne logera point chez vous. Humiliez-vous et tremblez à sa parole, et vous mériterez de le recevoir. Il ne craint point de loger dans une maison qui tremble, parce qu'il est assez fort pour la

(1) Super quëm requiescet Spiritus meus, nisi super humilem et quietum* et trementem verba mea ? Oleaster, in Is. c. 66. ad

hœc verba s Super quem requiescet, etc.

(2) Soient homines nova et inassueta libenler videre. Deus, chm sit dives, fastidit divitias ; ciim sit potens, potentes non libenler videt; cùm sapiens, sapientes vix advertit ; pauperes verolibenter contritos, et impotentes , quoniam quid novi affermit apud Deuok

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soutenir et raffermir (1). L'abbé Guerric ajoute aux deux précédentes pensées une troisième, prise de l'immensité de Dieu : Dieu est infiniment grand; pour le loger il lui faut une grande étendue, le lieu doit être proportionné au sujet qu'il reçoit : donc pour recevoir une grandeur infinie, il faut trouver une capacité infinie. Or il n'y a que l'humilité qui puisse le faire. C'est elle qui met un vide infini dans le cœur de l'homme , et donnant tout à Dieu, elle ôte tout à la créature, ne lui laissant que le néant, et une pure capacité à recevoir les dons de Dieu.O vertu admirable de l'humilité, petite dans son estime, vaste et immense devant Dieu; pauvre et insuffisante à elle 'même, et suffisante à celui que l'univers ne peut comprendre ; capable de régaler délicieusement et magnifiquement celui qui nourrit les intelligences célestes (2)! Sur qui, dit le créateur, reposerai-je, sinon sur l'humble? j'ai cherché partout le repos, mais je ne l'ai trouvé que chez mon humble servante. Il ne s'est point trouvé de créature qui égalât l'humilité de Marie, voila pourquoi la plénitude de la Divinité a reposé corporellement dans la plénitude de son humilité (3).

(j) Eçce humilis esto et quietus, ut et |n te habitel Deus. Altus est Deus , non in te habitat, si allus esse volueris. Humilis esto et tremens verba ejus, et ibi habitat. Non timet trementem domum, quia ipse illam firmat. S. Aug. in Ps. 92.

(2) 0 humilitas angusla sibi, ampla Divinitati ; pauperetinsufficiens sibi, sufficiens ei quem non capit orbisj copiosè ac deliciose reficiens eum qui et angelos pascit ! Guerricus Abbas, serm. 3. de Assumpt.

(3) Suuer quem, inquit, requiescam nisi super humileui ? In omnibus requiem quaesivi, sed apud humilem ancillam inveni Non est inventa similis illi in gratià humilitatis, idcô in pieniludine humilitatis rcquievit eliara corpuroliler plénitude Di\ïnilatis, Und,

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