IV. CONSIDÉRATION
Troisième excellence de VhumiliîL
De cette vérité il suit qu'il n'y a point de vertu qui ait plus de crédit et de pouvoir auprès de Dieu que celle-ci, qui est une troisième prérogative qu'elle a par-dessus les autres. Car, si vous considérez les promesses que Dieu a faites aux humbles dans l'Écriture sainte, vous jugerez aisément que l'humilité est toutepuissante auprès de lui, et qu'il ne lui peut rien refuser; c'est à eiie qu'il promet sa protection. Je me suis humilié9el il m'a tiré du péril (1), car c'est le propre de Dieu de nous secourir dans le dernier désespoir de no> affaires, quand toutes les forces humaines nous manquent. Or les humbles sentent leur propre faiblesse, et comme ils s'esliment fort petits, ils sont dans leurs ] ensées trop impuissants et trop dénués de force pour se défendre seuls. Il faut que Dieu vienne au secours, et qu'il leur serve de 'défenseur, puisqu'il fait gloire de secourir les petits, qui sont dans le dernier abandon. C'est à elle qu'est promis l'accomplissement de tous ses désirs : La prière des humbles vous a toujours été agréable (2). L'oraison de celui qui s'humilie pénètre les nues (3). î/humililé esta la prière ce que le chariot des flammes était à Élie, elle lui sert de chariot pour l'enlever au ciel. Quiconque est humble , qu'il vienne à moi sans crainte , je ne le rebuterai pas (4). C'est «à elle qu'est promise l'intelligence des mystères; Je vous bénis, mon Père , Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux savants et aux sages, et que vous les avez révélées aux plus petits (5). Car, comme dit la Glose sur le dou-
(1) Humiiialus sum et hberavil me. Ps. 114. 6.
(2) Humilium et inansucloru;;» semper tibi placuit deprecatio. Judith. 9.
(3) Oraljo humiliantis se pénétrai nubes. Eccli. 'àh. (4; Si <juis est parvulus, veniat ad me. Prou. 9.
(5) Confueor tibi, Pater Dom?ne cœli et lerrœ , quia ahsccn-
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zième chapitre de saint Luc, l'humilité de JésuS-Christ est la clef de la science; celui qui l'a , entre facilement dans l'intelligence des Écritures (1). C'est à elle qu'est promise la consolation céleste (2), la grâce. Dieu résiste aux superbes; maisil donne sa grâce aux humbles; le fruit de la rédemption (3) : le Seigneur conserve les petits, c'est-à-dire les humbles de cœur, qui seuls participent à la rédemption de Jésus ChrisV(4), dit la Glose; i'e?cal ta lion et la gloire éternelle: Celui qui s'humilie sera élevé (-5). Sur quoi saint Augustin dit fort à propos : Cherchezvous votre élévation ? on parvient à la montagne par les vallées. Cherchez-vous la gloire? buvez premièrement le calice de l'humiliation (6). Le Docteur Séraphique dit qu'un saint religieux vit un trône élevé parmi les séraphins, et qu'on lui dit qu'il était réservé à l'humilité de saint François (7) ; car les superbes ne doivent rien espé'rer de Dieu. Il les regarde de si loin , qu'il ne les connaît point (8). Voyez, mes frères, le grand miracle : Dieu est très-haut, et toutefois, si vous pensez vous élever, il s'éioigne de vous; si vous vous humiliez, il descend et s'approche de vous (9). La raison est que l'humilité lui conserve ses
disti haec à sapienlibus et prurtentibus , et revelâsti ea parvulis. Mat th. 11.
(1) Scientiœ clavis humilitas Cbristi, quam qui habent , Scripturas intelligunt. 2. Cor. 7.
(2) Qui consolatur humiles. Psal. 114.
(3) Deussuperbis resistit, humilibus autem dat gratiam. Jac.
(4) Custodiens parvulos Dominas, id est, humiles corde, qui soli participant redemplionem Chrisli.
(5) Qui se humiliât exaltabilur.
(6) Altitudinem quaeritiSj per vailem pervenitur ad montcm. Sedemquaeritisclanlatis, priùsbibUe calicemhumilitalis.s. Aug. serm< *8. de Martyr.
(7) Hœc scdeshumili servalur Francisco. S. Bonavetil.in VilA