I. CONSIDÉRATION
Il ne faut pas s'étonner si le Fils de Dieu a tant aimé l'humilité : chacun aime le bien qui lui est propre , et il n'y a rien de plus convenable au Verbe incarné que celte vertu , qui fait une grande partie de sa gloire.
L'humilité était convenable au Fils de Dieu en qualité de
Sauveur*
Car, premièrement, la gloire de Jésus-Christ est d'être Sauveur des hommes , et jamais il ne les eût sauvés, s'il ne se fût humilié. Car, comme dit saint Augustin t l'homme superbe se fût perdu pour jamais , si l'humilité d'un Dieu ne l'eût retrouvé (1).
Le péché du premier homme avait renversé sa postérité : nous étions tous couchés par terre ; pour nous relever, il a voulu s'abaisser, et se mettre au-dessus de tous (2). Il le fallait ainsi , dit saint Chrysologue , parce que jamais nous n'eussions pu monter jusqu'à lui, s'il ne fût descendu vers nous. Cette condescendance
(1) Homo superbus in œternum periret, nisi illum Deus humilis inveniret.
(2) Cecidit uterigeret sicjacentem. Vide S. Pau!inum}ep. 20. Noukt. Œuv% X/X. 1 1
nous a causé de grands biens, et ne lui a point fait de tort. Il ne pouvait s'élever au-dessus de sa propre grandeur; mais il s'est acquis cette gloire, de nous avoir fait monter en descendant lui même, et de nous avoir appris, par son humilité, le plus doux et le plus sûr chemin pour arriver au vrai honneur (1). C'est pourquoi saint Augustin a raison de blâmer notre vanité,qui cherche son élévation avec tant de peine dans les grandeurs du monde, pouvant si aisément la trouver dans l'humilité de Jésus-Christ. Pourquoi cherchez-vous le plus haut lieu par un désir déréglé d'excellence,qui vous cause tant d'inquiétude, y pouvant parvenir par un moyen plus faciie , en vous tenant dans l'humilité (2) ? 0 abus ! ô perversité des enfants d'Adam ! il n'est rien de plus difficile que de monter, rien de plus aisé que do descendre , et néanmoins ils veulent tous monter, et ne peuvent se résoudre a descendre qu'avec violence. Qu'ils montent donc,, puisqu'ils en ont envie; mais qu'ils suivent le chemin que Jésus-Christ leur a tracé, se persuadant que l'humilité est une plante fort petite en apparence et fort basse , mais que son fruit est la gloire du ciel, qui doit nous la rendre souverainement aimable (3). Aimons, dit saint Basile de Séleucie, cette petite plante de l'humilité qui porte pour fruit le paradis (4).
(1) Quia non erat qu5 ascenderet, descendit Al tissimus, et suo nobis descensu suavera ac salubrem dedicavit ascensum. S. Bern. serm. 4. de Ascens.
(2) Quid quœritis cclsiorem locum appetitu celsitudinis , quem potes apprehendere retentione humilitalis? D. Aug. serm. 53. de verbis Domint.
(3) O perversitas et abusio filiorum Adam ! Quia cùm ascendere diffîcillimum sit, descendere autem facillimum, ipsi et (éviter ascenduat , et difficiliùs descend un t , etc. S. Bern. serm. 2. de Ascens.
(4) Humilitalis plantain dilieamus , cuius fructus cœlum est* S . Basil. îcleuci. oral» 2*