III. CONSIDÉRATION
En qualité de roi , en conquérant des cœurs. En troisième lieu, c'est la gloire de Jésus-Christ de
(1) Tota enim Victoria Salvatoris, quà et diabolum superavit et mundura , humililate est concepta , humilitate est confecta. S. Léo, serm. 7. de Epiph.
(2) Adversarius iste non vincitur, nisi humilitate et charitate, quia et ipse Dominus nosler Jésus Christus non vicisset, nisi humiliatus fuisset: humiliatus auteni, non necessitate, sed charitate. Si enim nos non amàsset, non humiliatus fuisset : amore nostrt humilis factus est. S. Piovalus» hoinU^de homil. et obetlient.
244 l'homme d'oraisoU.
gagner les cœurs, et de se faire aimer et admirer de tout le monde. Or il n'y a rien en lui qui le rende plus aimable ni plus admirable que son humilité. Je dis plus admirable : car de tous les miracles qu'il a faits, il n'y en a point de plus grand , ni qui montre pTus son infini pouvoir, que de s'être abaissé jusqu'à la faiblesse des hommes. Je ne m'étonne pas que Dieu ait créé les cieux, et qu'il ait enfermé dans leur enceinte de si excellents ouvrages, cela est conforme à sa grandeur; mais qu'il se soit lui-même raccourci, pour ainsi dire, et enfermé dans le néant , qu'il se soit rendu le plus petit et le plus humble de tous les hommes (1) , c'est ce qui surpasse toute l'admiration des hommes et des anges (2). Je dis plus aimable : car encore qu'il eût des attraits tout-puissants dans le sein de son Père et dans le trône de sa gloire, néanmoins depuis qu'il s'est humilié et abaissé jusqu'à la crèche, jusqu'aux opprobres de la croix, il a je ne sais quels charmes d'amour qu'il n'avait pas auparavant (3). La bassesse de son humanité, jointe à la majesté de sa personne, est comme le plomb de ce beau miroir sans tache , qui fait paraître avec plus d'éclat ses divines perfections , non-seulement aux yeux des mortels, qui ne l'eussent pu voir autrement, mais encore aux esprits bienheureux et immortels, qui le voient à découvert (4). Son humilité , dit l'abbé Gillibert sur les Cantiques , est comme le fard qui relève en quelque façon sa naturelle beauté en la cachant, et plus elle adoucit l'éclat de son divin visage, plus elle le rend agréa-
(1) Quod omnipotens natura potuerit descendere ad humilitatem humanitatis, id potestalem magis ostenditquàm magna, et quae naturam superant, rairacuta. S, Greg. Nyst* Qrat, catechet.
(2) Hoc omnem superat admirationem.
' (3) Candor est enim lucis seternœ et spéculum Dei majestatis. Sa p. 7.
^4) Divinitas in Uito tanquàm imago in speculo refulget, et Uilum in Deum solidatum est. Franconitts, deeraiiâ DeiJom. 2.
ble (1). Cette condescendance qui Pa porté à se revêtir de notre chair , semble avoir accru le lustre de sa su- , prême grandeur, en lui donnant moins de jour; moins elle paraît, plus elle plaît; car, comment est-ce qu'on pourrait voir, sans un surcroît de joie et de plaisir, la sublimité humiliée, l'immensité anéantie > la Divinité alliée à la chair? qu'y a-t-il de plus beau que cette va» riété , de plus ravissant que ce mélange de couleurs si agréablement nuées, de plus charmant que ce merveilleux accord de Dieu et de l'homme, du tout et du néant dans une même personne?