II. CONSIDÉRATION
Le cœur de l'homme, dit Salomon, dispose de sa voie; il est libre dans ses actions ; mais c'est au Seigneur à conduire ses pas (2). C'est Dieu qui lui inspire le désir de marcher dans la voie de ses commandements , et de s'approcher de lui. C'est lui qui le guide et le conduit par le droit chemin et par la voie sûre ; mais il lui laisse toujours la liberté de suivre sa conduite, ou de ne la suivre pas. C'est pourquoi Salomon ne dit pas seulement, que c'est à Dieu de conduire les pas de l'homme , mais encore, que c'est à l'homme de conduire et de régler ses pas selon Dieu. L'insensé se plaît à suivre ses inclinations; mais sa joie est une pure folie. L'homme prudent dresse ses pas selon le bon plaisir de Dieu (3). Dressez le sentier où vous voulez marcher, et tous vos pas seront fermes (4). Quand vous y serez entré, vous ne le trouverez point étroit : vous y courrez sans vous heurter, et sans danger de tomber. Ne détournez ni à droite, ni à gauche. Retirez-vous du mal, car le Seigneur connaît d'une science d'approbation les voies qui sont à droite; mais celles qui sont à gauche, sont mauvaises. Au reste, il dressera lui-même votre course , et vous conduira enpaix dans votre chemin (5). Considérez, dit saint Au-
(1) Ulinam dirigantur viae meae ad custodiendas justificationes tuas!
(2) Cor hominis disponit viam suam;sed Domini est dirigere gressus ejus. Prou. 16. 9.
(3) Stultitia gaudium stulto; vir prudens dirigit gressus suos. Prov. c. 15. 21.
(4) Dirige semitam pedibus tuis , et omnes viae tuée stabilientur. Prov, 4. 26.
(5) Ne déclines ad dexterara , neque ad sinistram. Averte pedem tuum à malo. Vias enim quae à dextris sunt , novit Dominus. Perversa verô sunt , quee à sinistris sunt. Ipse autem rectos faciel cursus tuos. Itinera autem tua in pace producet.
gustin sur ces paroles, l'instruction que le Saint-Esprif nous donne par Salomon. S'il n'y avait point de libre arbitre , on ne vous dirait pas : Dressez votre course ; conduisez vos pas; ne détournez ni à droite, ni à gauche. Et cependant si cela se pouvait faire sans la grâce, on ne vous dirait pas ensuite : II dressera luimême votre course, et vous conduira en paix dans votre chemin (1). On ne peut pas mieux accorder la grâce avec l'indifférence du libre arbitre , ni trouver des termes plus propres pour exprimer cet admirable concert. Comprenez donc bien, dit ce Père au même lieu, que quiconque présume de ses propres forces, jusqu'à dire : Pour faire de bonnes œuvres , ma volonté suffit toute seule, se détourne à droite et s'y perd. Mais aussi ceux qui pensent qu'on peut se dispenser de bien vivre , lorsqu'ils entendent louer la grâce de ce qu'elle redresse les volontés des hommes , et de mauvaises les rend bonnes; et même qu'après les avoir redressées, elle les* conserve, disant : Soyons méchants , pour devenir bons ; faisons le mal , afin qu'il nous arrive du bien, se détournent à gauche, et y trouvent leur perdition. C'est par cette raison que Salomon vous dit : Ne détournez ai à droite nia gauche : c'est-à dire, ne prenez pas tellement le parti du libre arbitre, que vous lui attribuiez les bonnes œuvres sans le secours de la grâce : nais aussi, ne prenez pas tellement la défense delà *ràce,que vous en preniez occasion d'aimer le mal, :omme si vous éliez assurés de la grâce , ce que la grâce nême détourne de vous (2). Car l'Apôtre se proposant le
(1) Si non esset liberum arbitrium, non diceretur : Rectos cur- U3 fac pediboi tuis, et vias tuas dirige ; ne inclines in dextcrnm, icque in smistram. Et tamen sine gratià , si posset hoc fieri , non loste.î diceretur: Ipse autem rectoi faciet cursus tue* , et itinera ua in pace produce t. s. AugUit.ep. 2. ad Paient*
I Nmi declinetisio dexteram , neque in sinislram : hoc est , Iliicdefendatis liberum arbitrium , ut ci bout operi linè Del Util tribuatis , aec sic defendatil gratiam , quasi de illâ sccuri lala opéra ddigatis , cjuod ipsa gratia Del avcrtat à vobis.
sentiment de telles gens, leur fait dire : Que dirons-nous donc? demeurerons-nous dam le pèche, pour donner lieu à cette surabondance de grâce ? Et puis il répond comme il doit à ces esprits abusés, qui ne comprennent pas Féconomie de la grâce : A Dieu ne plaise ! car étant une fois morts au péché , comment vivrons-nous encore dans le péché ? On ne pouvait rien dire en moins de paroles, ni mieux (1). Car enfin que nous peut donner la grâce de plus utile que de mourir au péché ? Par conséquent celui-là sera, sans doute, très-méconnaissant de la grâce, qui prend occasion dépêcher du bienfait même par lequel nous mourons au péché.