III. CONSIDÉRATION
Vous me direz que la réprobation négative exclut véritablement les réprouvés du nombre des élus avant
(1) Dùm tamen saWetur libertas divina sine aliquà injustitiâ ; id enim in hàc scnlenliA vix salvari potest. Scotusy in X.dist. 41. q. 1. disp. 58. c. 10. H.16i.
(2) Quod sanè durissimum est , et libertati justitiaeque divin» importunissimum.
(3) Dùm alia salventur quaesalvanda sunteircà Deum , utliberaliter eligenlcm.
S92 l'homme d'ormson.
leurs démérites, mais qu'elle ne les damne pas positivement qu'après les avoir prévus ; par conséquent qu'il n'y a rien qui choque la justice de Dieu , ni sa miséricorde, ni aucun autre de ses attributs $ puisqu'il ne doit rien à personne, et qu'il distribue ses faveurs comme il lui plaît , sans qu'on y puisse trouver à redire. Cette réponse ne satisfait point absolument. Car on ne dit pas que la dureté et l'injustice de la réprobation négative consiste en ce que Dieu damne les réprouvés avant que de prévoir leurs crimes; mais en ce qu'il les exclut du nombre des élus ? et néanmoins il les oblige à se sauver eux-mêmes ; ce qu'ils ne peuvent faire, s'il dit, avant que de prévoir leurs crimes : Je ne veux pas les mettre au nombre de mes élus , puisque c'est comme s'il disait : Je n'ai pas la volonté de les sauver. Car de dire qu'il leur donne des grâces suffisantes pour opérer leur salut, je ne vois pas comment cela peut procéder d'une volonté sincère , puisque avant que de voir l'abus qu'ils en feront, il a résolu de ne les pas sauver. Mais il ne l'a pas résolu, me direz-vous, avant que d'avoir prévu le péché originel, qui est un juste sujet de ce funeste abandon. Cette réponse satisfait encore moins que la première, parce qu'il est certain par le témoignage du concile de Trente, que le péché originel ne peut nuire au salut de ceu* <iui ont reçu la grâce du baptême , et qu'il n'y a point de damnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. C'est pourquoi quand saint Augustin rejette la cause de la réprobation sur la masse de perdition, ou de plusieurs pécheurs dont la cause est commune , il en laisse quelques-uns par un jugement équitable, et en retire les autres par miséricorde , il n'entend pas seulement parler de ceux qui n'en ont point été délivrés par le baptême , mais encore de ceux qui en ayant été tirés par la grâce du Rédempteur, y sont retombés par leurs péchés personnels, dont la malice est une juste cause de leur
réprobation positive (1). Car pour la réprobation négative, ni lui, ni les Pères qui ont suivi ses sentiments, n'en parlent point, si ce n'est pour la rejeter.