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V. ATTRAIT D'AMOUR

Jésus souverainement aimable sous sa qualité de Sauveur.

Que Jésus-Christ a mérité non-seulement à tous ceux qui vivent sous la loi de grâce, mais encore à tous ceux qui ont vécu sous la loi de nature, et sous la loi écrite, des moyens suffisants pour se sauver.

Quid est quod début ultra facere vincœ meœ , et non feci ? Qu'ai-je dû faire de plus à ma vigne, que je n'aie point fait? Isa. 5. 4.

Dieu n'a jamais laissé personne dans la loi de nalufô sans secours suffisant pour accomplir les préceptes de la loi et pour se sauver. Dieu a établi dès le commencement deux royaumes, et a donné à chacun des hommes le pouvoir de faire partie du royaume aux lois duquel il s'assujettirait (1). S'il leur a donné le pouvoir dès le commencement, il est clair qu'il ne les a pas laissés l'espace de quatre mille ans sans le se-

(1) Ab initio duo régna statuil Deus,et potestatem dédit unicuiquc hominum,ut illius regni liât portio , cui se ad obediendum ;i^e subjccerit. Clemens Rom.ep. 3. de Offlcio Sacerdotis, ad med. vers.

cours qui leur était nécessaire pour obéir. Car, comme dit saint Augustin , écrivant contre les Manichéens: « Qui ne s'écriera que c'est une folie d'imposer des © préceptes à celui à qui il n'est pas libre de faire ce » qui lui est enjoint ; et qu'il est injuste de condamner » celui qui n'a pas eu le pouvoir de faire ce qu'on lui » a commandé (1) ? »

Puis donc que la loi de nature s'étend à tous les hommes, et que Dieu l'a gravée dans tous les cœurs, sans aucune exception , il est clair que la grâce suffisante pour l'accomplir a la même étendue. « La grâce se » répand sur tous, dit excellemment saint Chrysostome, » elle n'excepte, ni ne dédaigne personne : ni Juif, ni » Grec , ni Barbare , ni Scythe ; ni libre , ni esclave ; ni » homme, ni femme; ni vieux, ni jeune (2). Mais pour » ceux qui négligent de jouir du bien qu'elle leur » présente, qu'ils s'imputent à eux-mêmes cet aveu- » glement. Car quoique la porte du ciel soit ouverte » à tous, et que personne ne leur en défende l'accès, » il y a néanmoins des hommes perdus et méchans , » qui refusent par leur propre malice d'y entrer (3). »

Saint Augustin apporte l'exemple d'Ésaii, qui pouvait courir avec le secours divin , et parvenir au salut, s'il eût voulu; mais parce qu'il ne voulut pas, et qu'il méprisa la vocation de Dieu , qui lui eût donné , en l'appelant , le vouloir et le pouvoir de courir , il tomba

(1) Quisnonclametstultum esse prsecepla dare ei cui liberum non est quod praecipitur facere , et iniquum esse eum damnare , cui non fuit potestas jussa complere. S. Aug. I. de fide contra Manich.c. 10.

(2) Gratia in omnes diffusa est ; non Judeeum , non Grœcum , non Barbarum , non Scytham ; non liberum, non servum -, non virum , non mulierem ; non senera , non juveuem , excipit aut dediguatur. S. Chrysost. nom. 7. in Joan.

(3) Qui autem ejus munere frui negligunt , hanc suam caecitaleui sibi imputent. Cùmenim omnibus aditus pateat,età nemine prohibeatur, perditi quidam et nequam homines proprià dun« taxât Oiai'tiâ ingredi récusant. Ibid.

dans la réprobation. « Ésau, dit-il, n'a pas voulu, et » il n'a pas couru ; mais s'il eût voulu et s'il eût couo ru , il fût parvenu avec le secours de Dieu , qui lui » eût donné, en l'appelant, la grâce de vouloir et de » courir , il ne fût tombé -dans la réprobation par le » le mépris de la vocation (1). » Il dit le même de la réprobation de Pharaon , qui ne s'est perdu que parce qu'il a combattu par son libre arbitre la très-miséricordieuse vérité de Dieu (2). Saint Chrysostome, se servant du même exemple, dit qu'il n'a tenu qu'à Pharaon de se sauver, et que la miséricorde de Dieu ne lui a point manqué , non plus qu'à ceux qu'elle a sauvés. « Car , » dit ce Père , parce que Dieu est extrêmement bon , il fait éclater sa bonté envers les uns et les autres » (c'est-à-dire, envers les réprouvés et les élus), et il » n'a pas seulement étendu sa miséricorde sur ceux » qu'il a sauvés ; mais encore en tant qu'il était en lui, » sur Pharaon même. Que s'il n'a pas été sauvé, il n'a » tenu qu'à sa volonté ; car de la part de Dieu il n'a » pas moins eu que ceux qui ont été sauvés (3). » Il veut dire que Dieu lui a offert sa grâce et son secours pour le sauver, avec autant de sincérité qu'à ceux qui ont été sauvés ; à peu près au même sens que le Sage dit que Dieu a soin de tous également: non qu'il veuille ou qu'il fasse toujours autant de bien aux uns qu'aux autres; mais parce qu'il le veut, et le fait avec autant de sincérité, et avec la même providence, quoique

(1) NoluitEsau, et non cucurritjsed et si voluisset, etcucuriïssct,Deiadjutoriopervenisset,quietiamvelle, et currere vocandopraestaret, nisi vocatione contemptA reprobas fieret. S. Aug. 1. 1 ad. SimpliciaTium, g. 2.

(2) Quia contra misericordissimam Dei veritatem libero pugnavit arbitrio*5. Aug. lib. de Prœd. et Grat. c. 15.

(3) Nec eorura lantummofiô quos salvavit , sed et quantum in se fuit, Pharaonis misertus est. Qnôd autem salvatus non est, totum persuam ipsius voluntatem stetit. Ità ut quantum ad Deum altineôal , nihil ab Mil qui salvati sunt , minus habucrit. S. C/trysost., hum. 56. in Ep. ad Rom.

i4 L'HOMME D'ORAISON.

ze ne soit pas de la même manière. C'est ainsi que saint Prosper s'en explique au chapitre 31. du livre second de la Vocation des Gentils : Nous avons tâché de prou^ ver, avec le secours du Seigneur , que la grâce a été donnée à tous les hommes, non-seulement en ces deu» niers temps, mais encore dans tous les siècles passés, avec une pareille providence et une bonté générale; mail néanmoins par des effets divers, et avec une différente mesure (1). Caïn même en a eu, dit ce saint au chapitre 13. du même livre , pour résister à la fureur de sa passion. Mais sa malice opiniâtre s'est rendue plus inexcusable , par ce qui devait servir davantage à le corriger (2).

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