II. CONSIDÉRATION
11 est de la loi écrite , comme de la loi de nature : Dieu n'y a jamais laissé personne sans lui donner des grâces suffisantes , en vue des mérites de son Fils , pour accomplir les préceptes de cette loi et pour opérer son salut. Il est vrai que la loi n'était pas suffisante par elle-même pour conduire au salut, parce que la connaissance qu'elle donnait du bien et du mal ne suffit pas toute seule pour délivrer la volonté de la servitude du péché, et lui rendre le pouvoir de faire le bien ou de faire le mal , sans le secours de la grâce intérieure et l'assistance du Saint-Esprit; mais il n'est pas vrai que cette grâce et cette assistance manquassent à ceux qui vivaient sous la loi. Saint Augustin disait contre les Pélagiens, qui lui imputaient cette erreur : « Qui est le » catholique qui dise , ce qu'ils nous font dire , que le
(1) Elaboratum est , quantum Dominus adjuvit, ut non solùm in novissimis diebus, sed etiam in cunctis rétro seculis probaretur graliam Dei omnibus hominibusadfuisse, providentiâ quidem pariât bonitate generali; sed multimodo opère, diversâque mensurà. S. Vrosp.devocat. Gent. lib.2. cap. 31.
(2) Sedmalitiâ pertinax indè facta est inexcusabilior, undè debuit esse correctior. Ibid.
» Saint-Esprit n'a point donné de secours dans PAn- © cien Testament pour pratiquer la vertu ( 1 ) ? » Qui des catholiques, pouvons nous ajouter, a jamais dit qu'il était impossible aux Juifs de garderies préceptes de la loi ? Qui des orthodoxes a jamais enseigné que la grâce, qui était nécessaire pour les accomplir , leur manquait, et qu'ils péchaient nécessairement, soil en voulant, ou en ne voulant pas y obéir ? Le Saint-Espr it parle tout autrement par la bouche des prophètes et des saints docteurs de l'Église, a Dieu ne commande point rp qui » estimpossible,ditsaint Augustin dans son livre (h- la naa ture et de la grâce : mais en vouscommandanf . il vous » avertit de faire ce que vous pouvez, et de demande? » ce que vous ne pouvez pas (2) ; et il vous aide , ajoute » le saint concile de Trente , afln de vous le rendre » possible (3). Cela est indubitable , dit le même Père, w au chapitre 64. du même livre, et c'est une très-ferme » créance, que Dieu , qui est juste et bon, ne peut pas » commander ce qui est impossible. » Si quelqu'un osait dire le contraire, qui ne s'écrierait aussitôt ,. comme on Pa déjà dit, que c'est une folie de commander à un homme ce qu'il ne peut exécuter , et une) injustice de le punir ? Le commandement que je vous fais) aujourd'hui n'est point au-dessus de vous , ni loin de tous (4) : mais , au contraire , il en est fort près ; il est dans votre bouche et dans votre cœur , afin que vous le puissiez accomplir (5). Peuple d'Israël, ne vous plaignez
(1) QuisCatholicus dicat, quod nos dicere jactitant , Spiritum Sanctum adjutorem virtutis in veteri Teslamento non fuisse? S. Aug. /. 4. ad. Bonif. c. 4.
<2, Deus imposibilia non jubet : sed jubendo admonet , el facere quod possis, et pelere quod non possis. S. Aug, lib.de Nat. et Grat. 43.
(3) Adjuvat ut possis. Conc. Trid. sess. 6. cap. 11.
(4) Mandaterai hoc quod ego pracipio tibl hodiè, non suprâ te, ncque procul positum. Deut. 30. 11.
(5) Sedjuxlàte est sermo valdè,inore tuo et in corde tuo.
point de votre malheur : vous en êtes la cause; vous vou$ êtes perdus vous-mêmes (1). Ne dites point que je vous ai manqué au besoin ; votre secours est en moi seul. J'atteste le ciel et la terre, que j'ai mis devant vous la vie et la mort , la bénédiction et la malédiction : choisissez donc la vie, afin que vous viviez , vous et votre postérité, et que vous aimiez le Seigneur votre Dieu , et que vous obéissiez à sa parole y et que vous vous attachiez à lui (2)