‹ L'homme d'oraisonChapitre 153 sur 217 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La grâce de justification, considérée dans son principe et dans sa source, est un effet de la prédestination et un don gratuit de la bonté de Dieu , qui nous veut sauver en considération des mérites de son Fils. Il nous a prédestinés, dit saint Paul, pour être ses enfants par Jésus-Christ et pour Jésus-Christ , selon le décret de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à sa divine majesté, en considération de son Fils bicn-aimè (1). Premièrement la grâce qui nous rend justes, est un effet de la prédestination, pour deux raisons : la première , parce que la justification finale, c'est-à-dire, qui dure jusqu'à la mort, est un effet de la prédestination ab-

(1) Praedcstinavit nos inadopiioncm filiorum perJesum Christum in ipaum, secundùm propos! tu m voluntatis swv , in inudem gloriae gratiœ suse , in quâ gratificavit nos in dilecto Filio suo. £ plies, 1.

solue, qui n'attend plus comme auparavant la coopél ration de notre libre arbitre, pour nous adjuger l| couronne. La seconde, parce que, faisant abstractioi de la grâce finale , la justification en elle-même es| toujours un effet de la prédestination conditionnel c'est-à-dire, du désir sincère que Dieu a de nous sau| ver, pourvu que nous coopérions à sa grâce, poui nous rendre dignes de la gloire. C'est ainsi qu'il faul entendre ce que saint Prosper dit sans distinction, que, selon le témoignage de l'Apôtre, on peut assurei avec raison que la foi, les œuvres de charité et la per sévérance finale dans ces saints exercices, sont des effets de la prédestination aussi bien que la rélribution qui les suit, parce que c'est la grâce de Dieu qui les confère (1). La prédestination fait que d'enfants du diable nous devenons enfants de Dieu (2). Il ne distingue point la prédestination conditionnée de la prédestinalion absolue ; dès que la condition est mise sans autre changement que d'une formalité , qui fait que les mêmes œuvres du juste faites avec la grâce, sont des effets de la prédestination conditionnée , et des motifs de la prédestination absolue à la gloire.

Secondement la grâce sanctifiante , qui rend les hommes justes , est un don gratuit, parce que le pécheur, étant dans la disgrâce de Dieu, ne peut mériter sa justification , quoiqu'il s'y puisse disposer par les actes de foi, de pénitence et de douleur. Il peut bien perdre la grâce de Dieu par sa pure faute , mais il ne la peut réparer par ses seules forces. Israël, tues l'auteur de ton malheur; il ne vient point de moi : je suis seulement ton secours (3) ; et il n'y a que moi qui te puisse aider

(i) Fides et charitatis opéra atque in eis usque in finem perseyeranlia , quia homini per Dei gratiam conferuntur, rectè et ista , et quae eis relribuenda sunt , praedeslinata dicuntur, ex auctoritate Apostoli. S. Prosp. ad c. 14. Gall. circà médium* Et resp. 12. ad object. Vincent. : Prœdestinatio facit, etc.

(2, Prœdestinatio i'acit ut ex tiliis iliaboli , fiant filii Dei.

(3) Perditio tua, Israël: tanlumm <Iô in me auxiliura tuuni. Ose. 13.

.... réparer la perte que tu as faite (1). C'est ainsi que les Pères expliquent ce passage. Personne ne doute de la bonté de Dieu, dit Isidore; il n'y a que la seule malice de ceux qui devraient recevoir le pardon qu'on leur offre, qui y renonce (2). Et la première cause du défaut de la grâce vient de nous , dit saint Thomas ; mais la première cause de la collation de la grâce vient de Dieu , selon ces paroles d'Osée : Tu es la cause de ion malheur (3) ; tu es la cause de ta ruine ; tu t'es amassé un trésor de perdition en t'éloignant de moi , qui seul avais le pouvoir et la bonté ordinaire de l'aider. Tu ne trouveras nulle part du secours qu'en moi , pourvu que tu fasses pénitence (4). Il est important, dit saint Grégoire, de savoir que les maux que nous commettons, sont purement nôtres ; mais le bien que nous faisons , est tout ensemble do Dieu tout-puissant et de nous (5).

Enfin la justification est un fruit des mérites du Ré. dempteur, parce que c'est en sa considération que Dieu nousla donne, et, comme dit le pape Célestin, les décrets inviolables du siège Apostolique nous ont appris à rapporter le commencement, le progrès et la persévérance des bons désirs et des affections louables à la grâce de Jésus-Christ (6). Saint Prosper dit que

(1) Tantummodô in me auxilium tuum. Osée 13.

(2) Nullus de bonitate Dei dubitat : sed sola accipientium praritas conferri sibi indulgentiam abnegat. Isid. I. sentent, c. 13. circà med.

3) Defectus gratiae causa prima est ex nobis : sed collalionl* gratiae prima causa est à Deo , secundùm illud : Perdilio tua. S. Thomas, in Osée 13.

ï Tu ipse pcrdilionis tuae causa es : tu tibi perdilionem thesaurizâsli recedendo à me, qui solus tibi poteram et consueveram auxiliari , et Dusquàm tibi auxilium est nisi apud me, si pœnilentiam egcris. Classa ordin. in c. 13. Osée.

(5) Sciendum quèd mala nostra solummodo noslra sunl : bona •utem noslra, et omnipotenlis Dci snnt, et nostra. S. Greg. homil. 9. in Ezcch. init.

(6) Apottolica ledii imiolabilcs sanclioncs, borne voluntalii Noiet. Œuv. \y. 35

c'est en cela principalement qu'il la fait éclater , en nous persuadant par ses exhortations de nous convertir , en nous y portant par plusieurs exemples , en nous imprimant de la crainte à la vue des dangers qui nous menacent, en nous excitant par des miracles, en nous donnant l'intelligence des vérités éternelles , en nous inspirant de bons conseils , en éclairant notre cœur et lui donnant de vifs sentiments de la foi (1).

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