‹ L'homme d'oraisonChapitre 155 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Comme Jésus-Christ est la source de la grâce qui nous fait enfants de Dieu , et qu'il nous la donne pour nous rendre saints et capables de faire de bonnes œuvres dignes de la vie éternelle , c'est lui qui la conserve par sa bonté ; et depuis qu'il nous a justifiés , jamais il ne nous laisse le premier. C'est pourquoi si les réprouvés la perdent, c'est leur faute: mais si les prédestinés la gardent inviolablement toute leur vie, ou la réparent avant que la mort les surprenne, c'est un don inestimable, dont ils lui sont obligés. Car, comme dit 6aint Cyrille d'Alexandrie, parce que la nature humaine est pusillanime, et qu'elle n'est pas capable de fuir le mal par elle-même, Dieu combat avec nous, pour ainsi dire , et nous fait deux grâces , en nous avertissant de chercher du secours, et en nous le donnant si efficace, que la violence de la tentation ne le

(1) Malos, quœsumus, bonosfacito, bonos in bonitate conserva , omniaenim potes: cùm enim volueris salvas , et nullus resistit voluntati tuse. Testis est Petrus Diaconus, l. de Incarn, et grat. Christl , c. 8.

(2) Deus quem dignatur, vocat jet quem vult, religiosum facit ; ^t, si voluisset , Samaritanos de indevotis fecisset devotos. S. Ambros. I. 7. in Lucam, c. 3,

(3) 0 sensura hominis Dei ex ipso fonte haustiirn gratiœ Deiî Sf Aug> lib. de grat. Chr. c. 46.

peut vaincre (1). Cette grâce invincible, dit saint Isidore, est propre des élus, qui reçoivent le don de leur conversion et la perpétuité du don (2). Quiconque est né de Dieu, dit saint Bernard, ne pèche point, parce que le privilège de sa naissance céleste le conserve ; c'est-à-dire, qu'il ne demeure pas dans le péché, parce que cette naissance céleste, qui est infaillible, le conserve afin qu'il ne puisse périr (3). Car, comme il dit ailleurs : La génération céleste n'est autre chose que la prédestination éternelle, par laquelle Dieu a aimé ses élus et les a gratifiés en son Fi'.s bien-aimé avant la création du monde, se présentant dans son sanctuaire pour y voir éclater sa puissance et sa gloire , et par là prendre part à l'héritage de celui dont ils portent la ressemblance (4). La bonne volonté de Dieu, et l'arrêt de réconciliation et de paix, qu'il a prononcé en faveur de ceux qui le craignent, demeurent fermes. Il exécute efficacement ce qu'il a résolu à leur égard, en dissimulant le mal qu'ils commettent, et récompensant le bien qu'ils font, en sorte que non-seulement leurs bonnes œuvres, mais encore les mauvaises, contribuent à leur bien d'une manière admirable (5). Heu-

(1) Quoniam hominis natura non valdè gencrosa est , neque salis idonea , utmalum effugere queat, simul quodammodô nobiscum certat Deus , et duplex concedere beneficium videtur, persuadens admonitionibus utsubsidium inveniaraus , et fortins illud prœstans, quàm ut malum prœsens et violcntum prsevalere posit. .V. Cyrtll, Alex. lib. de Oral, in spiritu. et verit. versus médium.

(2) Electi convcrsionis dona accipiunt, et perseveranliam doni. Jsidor. I. 2. de summo Oo/io, c. 5. in fine.

(3, Serval illum utiquè ut pcrirc non possit, ea quse falli non potest, generatiocœlcstis.S. Bcrn. scrm. 1. in Septuages. initio.

(4; Generatio cœlestis cEtcrna pMBdestinatio <'st , quâ electos suos Deus dilexil, et gratificavit lo dilccto Filio suo anlc nuindiconslilulioncm , sic in sanclo apparentes bibi , ut vidèrent virlulem mam , et gioriam su.ud , quo ejtu forent contortei hnredilatii , ^ujus apparerent conformes imagini. Idem, in Cant.scrm. 23.

(5; Stat prooositum iJci, slat scutenlia pacis super limentes

reux celui qui peut dire :Je suis uni d'affection et de société avec tous ceux qui vous craignent, et qui gardent vos commandements ! 0 vraiment seul bienheureux celui à qui Dieu n'impute point les péchés qu'il a commis. Car il n'y a personne qui soit exempt de péché. Et néanmoins qui osera accuser ceux que Dieu a élus P Il me suffit pour toute justice d'avoir celui-là seul favorable, contre qui seul j'ai péché. La justice de Dieu est de ne point pécher :1a justice de l'homme est l'indulgence avec laquelle Dieu lui pardonne ses péchés (1).

eum , ipsoruni et dissimulans mala , et remunerans bona , ut miro modo eis non modo bona , sed et mala cooperentur in bonum. S. Bern.in Cant.serm. 23.

(1) Félix qui dicere potest : Particeps ego sum omnium timentium le et custodientium mandata tua ! 0 solus verè beatus cui non imputavit Dominus peccatum ! Nam qui non habuerit peccatum? nemo : omnes enim peccaverunt, et egent graliâ Dei. Quis accusabit tamen adversùs electos Dei? Sufficil mihi ad omnem justitiam solum habere propitium cui soli peccavi. Non peccare Dei justitia est : hominis justitia indulgentia Dei. Ibidem.

pour le lundi de la cinquième semaine apres l'épiphanie.

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