‹ L'homme d'oraisonChapitre 157 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Ce n'est pas une moindre illusion de s'imaginer que nulle attrition conçue par la crainte de l'enfer , n'est capable d'exclure la volonté de pécher , si cette crainte ne procède du pur amour de Dieu. Car le concile de Trente présuppose manifestement le contraire ,

(1) Déclarât prœlereà ipsius justificationis exordium in adultis à Dei per Christum Jesum praeveniente gratià sumendum esse hoc est, abejusvocatione, quâ, nullis eorum existentibus merilis, vocantur; ut, qui per peccata à Deo aversi erant, per ejus excitantem atque adjuvantem gratiam ad convertendum se ad suam ipsorum justificationem , eidem gratiae libère assentiendo et cooperando ,disponantur. Conc. Trîd.sess. 5. c. 6.

(2) Disponuntur autem ad ipsam justitiam, dùm excitati divinâ gratià, et adjuti , fidem ex auditu concipientes, libère moventur in Deum , credentes vera esse , quœ divinitùs révéla la et promissa sunt; atque illud in primis , à Deo justificari impium per gratiam ejus , per redemptionem , quœ est in Christo Jesu ; et dùm peccatores se esse intelligentes, à divinœ juslitiae timoré ,quo utiliter concutientur ad considerandam Dei misericordiam se convertendo, in spem eriguntur, fidentes Deum siM propter Christum propitium fore. Conc. Trid. sess, 6. cap. 6.

(3) Si quis dixerit sine prœveniente Spiritùs sancti inspiratione, atque ejus adjutorio, hominem credere, sperare , diligere, aut pœnitere posse sicut oportet ut ei justificationis gratià cor.feratur; anat&ema sit. Conc. trid. sess. 6. cap. 5,

lorsqu'il assure « que la contrition imparfaite , qu'on » appelle attrition , parce qu'elle naît ordinairement , » ou de la considération de la honte et de la laideur » du péché, ou de la crainte du châtiment et des pei- » nés , si , avec l'espérance du pardon , elle exclut la vo » lonlé de pécher , non-seulement ne rend point n l'homme hypocrite et plus grand pécheur, mais en- » core qu'elle est un don de Dieu , et une impulsion » du Saint-Esprit ( qui véritablement n'est pas en- » core habitant dans l'homme pénitent , mais qui le meut » seulement ) , à l'aide de laquelle le pécheur se prépare » la voie à la justice (1).» Saint Augustin, parlant de cette crainte vertueuse qui exclut le péché , après avoir dit que le feu de l'enfer ne s'éteindra jamais, et que le ver qui tourmente les réprouvés ne mourra point , ajoute ces paroles décisives , qui ne souffrent point de repartie : Les hommes entendent ces choses , et parce qu'elles arriveront effectivement aux impies , ils craignent et s'abstiennent de pécher; ils ont la crainte, et par le moyen de la crainte , ils s'abstiennent du péché (2). Il s'en explique encore clairement dans un autre lieu : Lorsqu'on craint le châtiment dont Dieu nous menace , on apprend à aimer la récompense qu'il nous promet; et ainsi on se maintient dans une bonne vie par le moyen de la crainte ; par la bonne vie on se forme une bonne conscience, et par la bonne conscience on se met en état de ne craindre plus aucune

(1) Illam verô contritionem imperfectam , quae attrilio dicitur, quoniam velexturpitudinis peccati consideralione , vel ex gebennae et pœnarum metu communiter concipitur, si voluntatem pec- ■aii'li excludat , cum spe veniae ; déclarât , non solùm non faccre homincm hypocritam et magis peccatorem , vcrùm cliara donum Dei esse, et Spirilûs sancti impulsnm , non adhuc quidcm inhabilantis , scd tantnm moveiltif, quo poniteoi adjutus , viam sibi ad jiistitiam parât. Conc. Trid. scss. 14. cap. 4.

(2) Àudiunl hflBC hominc.s , et quia vert- fntura sunt impiis,timent, et continent se à peccato. Hahcnt timorcm , et per timorcm continent se à peccato. S. Ans. in Psal. 127.

peine. Que celui donc qui veut s'exempter de la crainte, apprenne premièrement à craindre ; qu'il apprenne à veiller sur soi avec soin pour quelque temps , afln d'être toujours en assurance (1). Cette crainte , qui n'est pas encore chaste , c'est-à-dire , qui ne vient pas encore du pur amour , craint les peines , et la présence du Seigneur. 11 fait par la crainte tout le bien qu'il fait : non par la crainte de perdre ce bien-là, mais par la crainte de souffrir ce mal. Cette crainte est bonne, elle est utile (2). Maintenant que vous dites : Je crains l'enfer , je crains le feu , je crains l'éternité des peines , que vous répondrai-je? vous dirai-je que votre crainte est mauvaise, ou qu'elle est vaine ? je ne l'oserais pas dire (3), vu que notre Seigneur , qui nous défend de craindre les hommes , qui ne peuvent tuer que le corps , nous commande en même temps de craindre celui qui peut perdre le corps et l'âme , et les jeter dans l'abîme. Puis donc que le Seigneur nous a voulu imprimer la crainte , et nous l'imprimer fortement, et qu'en répétant deux fois la même parole, il a redoublé cette menace ; dirai-je, moi, que votre crainte est mauvaise ? je n'ai garde de le dire. Craignez absolument , vous ne pouvez rien craindre plusraisonnablement.il n'y a rien que vous deviez craindre davantage (4). Mais prenez

(1) Cùm timetur pœna, quam Deus minatur , discitur amari prœmium quod pollicetur : ac sic per timorem pœnse bona vita relinetur. Per bonam vitam bona conscientia comparatur , ut per bonam conscientiam nulla pœna timeatur. Quapropter discat timere, qui non vult timere : discat ad tempus esse sollicitus , qui semper vult esse securus. Serm. 214. de temp.

(2) Ille timor nondùm castus prsesentiam Domini et poenas timet. Timoré facit quidquid boni facit : non timoré amillendi bonum illud , sed timoré paliendi malumillud. Bonus est et iste timor, utilis est. In Psalm. 127.

(3) Modo cùm dicis : Gehennam timeo , in aelernum puniri timeo : quid dicturus sum ? malè times ? vanè times ? Non aud«o. Serm. 18. de verbis Apost. c. 7.

(4) Cùm ergô Dominus timorem moussent , et vehemenler in-

garde que votre crainte aille jusqu'à exclure la volonté de pécher. Car si vous retenez encore de l'affection au péché , votre crainte est vicieuse : elle ressemble à celle d'un loup affamé , qui s'enfuit par la crainte des pasteurs et des chiens, et ne quitte sa proie qu'à regret. Il vient en loup, et s'en retourne en loup: il vient en frémissant, et s'en retourne en tremblant; mais il est toujours loup en frémissant et en tremblant (1).

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