CONSIDÉRATION
Ce n'est point déroger au privilège de la loi évangélique , de dire que la grâce suffisante n'a point manqué dans la loi écrite ni dans la loi de nature. Sa prérogative ne consiste pas en cela; mais bien en ce que Jésus-Christ, qui est l'auteur de la grâce, est venu au monde pour l'établir, et qu'il y amis des sacrements qui opèrent et produisent la grâce; ce qui ne convient pas à la loi de Moïse , dont tous les sacrements, comme dit saint Paul , et toutes les observations cérémoniales n'étaient que des éléments faibles et pauvres (3), qui ne produisaient pas la grâce sanctifiante ex opère operato , mais seulement une justice extérieure et légale. C'est pourquoi ce grand apôtre dit que la loi ne conduisait rien à la perfection (4) : parce qu'elle ne justifiait personne par elle-même , ce qui n'appartient qu'à la loi de grâce , et ainsi elle ne pouvait pas toute seule conduire un homme au salut. Mais il ne s'ensuit pas que ceux qui vivaient sous la loi, n'eussent d'ailleurs des secours suffisants pour se sauver par le moyen de
(1) Perditio tua , Israël : tantummodô in me auxilium tuum. Ose. 13.
(2) Testes invoco cœlum et terram , quôd proposuerim vobis vitam et morte m , benedictionem et maledictionem. Elige ergo vilam , ut et tu vivas , et semen tuum , et diligas Dominum Deum iuum , atque obedias voci ejus , et illi adhœreas. Veut. 30.
(3) Infirma et egena elementa. Galat. 4. 9.
(4) Nib.il ad perfectum adduxit lex. JHeb. 7. 19.
|a foi en Jésus-Christ. Encore que la loi ancienne le fût pas suffisante pour sauver les hommes , « néanmoins , dit saint Thomas , ils avaient un autre secours que Dieu leur avait donné avec la foi , par lequel ils se pouvaient sauver, à savoir, la foi du médiateur , qui justifia les anciens Pères , comme elle nous justifie aussi nous autres. Ainsi Dieu ne laissait I» pas les hommes sans secours pour se sauver (1). » Grâces immortelles à votre bonté , ô mon très-aimable Sauveur! qui n'avez jamais manqué à personne. Faites , s'il vous plaît , que je vous aime , et que je ne manque jamais à votre grâce.
(1) Quamvis lex vêtus non sufflciebat ad salvandos hominesj tamenaderataliud auxiliumà Deohominibus siraul cum lege datum,per quod salvari poterant, scilicet fides Mediatoris, per quam justificati sunt antiqui patres, sicutetiam nos justificamur. Etsic Deusnon deficiebat hominibus, quin daret eis salutis auxilia. S. Thomas,