‹ L'homme d'oraisonChapitre 169 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Il y a trois choses considérables dans la justification, dans lesquelles Dieu demande le concours de notre libre arbitre, savoir, ce qui la précède, ce qui la suit, et la justification même. Ce qui précède, ce sont les actes de foi , d'espérance , de crainte , de douleur, et des autres vertus, qui servent de disposition à la grâce. Ce qui suit, ce sont les bonnes œuvres et la persévérance finale qui méritent la gloire. L'acte de foi , que les Pères appellent le commencement de notre justification, demande notre coopération à la grâce (2). C'est à notre bonne volonté de croire au commencement, et d'obéir à celui qui nous appelle. (Voilà la grâce prévenante qui précède notre libre arbitre, selon saint Chrysostome (3), même pour le premier acte de foi). Mais après qu'on a jeté les fondements de la foi, alors nous avons encore besoin du secours de l'Esprit, afin qu'elle demeure en nous inébranlable et immuable. Car Dieu ni la grâce de l'Esprit ne prévient pas notre bonne résolution; mais encore qu'il appelle , il attend néanmoins que nous nous approchions de notre franche volonté ( voilà le consentement qu'il exige de nous ) , et alors il nous donne son secours (4).

(1) Hll autem modisquando Deus agit cum anima ut credat (neque enim credere potest quolibet Iibero arbitrio , si nulla sit suasio, vel vocatio cui credat), profecto et ipsum velle credere Densoperatur in homine , et io omnibus misericordia ejus prœvemet nos : conientire aulem vocaiioni Del , vel ab illâ dissentire, ■Mtra voliint.-iiis esl. S. Aug. lib. de spirituel litt.c. 34.

(2) rtde Ruiz, tom. de Procid. disp. 59. sect. 3.

(3) fuyez son homélie 17. sur V. Jra/i.

(4; Inilio credere et parère vocanli nostrae est bonae mentis , at poslquàm jacta fuerinl fldel fundamenia , jam opus .est auxijjo

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Il en est de même de la prière, par laquelle nous demandons notre conversion , et des autres actes qui nous y disposent. C'est en ce sens que saint Hilaire dit que, lorsque nous prions, le commencement est de nous, afin que Dieu nous donne ce que nous lui demandons (1). « C'est à nous à commencer, dit saint » Jérôme, et c'est à Dieu d'achever (2).» Il veut dire que c'est à nous , par exemple , à nous disposer avec son secours à la justification , et puis que Dieu nous confère la grâce sanctifiante qui nous rend justes; ou bien qu'étant justifiés , c'est à nous à commencer par faire de bonnes œuvres, toujours avec son assistance, et puis qu'il achève en nous élevant à la gloire (3). Faites en sorte que vous soyez sauvés, dit l'Écriture (4). Faites que votre conduite et vos intentions soient droites (5). Levez la pierre (6) qui ferme le tombeau , afin que le mort en sorte. Le Fils de Dieu ne la lèvera pas tout seul, dit saint Chrysologue. Jésus-Christ demande le secours, ou, pour mieux dire, le concours des hommes , lors même qu'il s'agit de faire des miracles en leur faveur. Il ne suffit pas, c'est-à-dire, il ne veut pas tout seul lever la pierre du sépulcre , lui qui suffit et qui peut seul chasser la mort (7). Il avait dit au-

Spiritûs, ut in nobis maneat inconcussa et insubvertibilis. Neque enim Deus , neque Spiritûs gratia nostrum prsevenil propositum. Sed tametsi vocet, exspectat tamen ut spontè, etproprià voluntate accedamus , ac iùm demùm nobis suum exhibet auxilium. S. Chrysost. serm. de verbis Apostoli : Habenles eumdem spiritum fidei.

(1) Cùm oramus à nobis exordium esse , ut raunus à Deo sit. S. Hilarius in Psal. 118. ad illud : Inclina cor meum, Deus

(2) Nostrum sit incipere, illius perficere. S. Hieronyn. Dial. 3. contr. Pelag.

(3) Ut initia voluntatis à nobis si nt, et perfectionem beatitudinis à Domino consequamur. Idem , in Ezecà. 3. propè initium.

(4) Sic facile ut salvi sitis. Eccli. 3.

(5) Bonas facite vias vestras , et sludia vestra. Jerem. 7.

(6) Tollite lapidem. Joan. 11.39.

(7) Inter divinas virtutes humanum Christus requirit auxilium.

paravant par son Prophète : Je leur ôterai du sein ce cœur de pierre , et je leur donnerai un cœur de chair (1), et maintenant il leur commande de l'ôter eux-mêmes; afin que leurs âmes , qui étaient mortes par leur incrédulité , sortent du tombeau de leurs crimes.

De là vient que l'Écriture et les Pères attribuent la conversion du pécheur, tantôt à Dieu, tantôt au pécheur même. Tantôt ils allèguent ces paroles de saint Paul : Votre persuasion ne vient point de celui qui vous appelle (2), et disent que ce n'est point Dieu qui est la cause du sentiment dont le pécheur se laisse persuader, lorsqu'il se convertit; mais que c'est le pécheur qui consent ou ne consent pas à celui qui l'appelle (3). Tantôt ils apportent ce texte du même Apôtre : Il ne dépend pas de celui qui veut , ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (4); pour donner tout à Dieu, qui prépare la bonne volonté de l'homme, afin de l'aider , et qui l'aide après qu'il l'a préparée (5). Que veut dire cela, sinon que notre conversion ne dépend pas de nous seuls ni de Dieu seul ; que l'homme ne peut se convertir tout seul sans la grâce de Dieu ; que Dieu ne veut pas convertir l'homme sans son consentement? De la viennent ces manières déparier de l'Écriture, qui semblent se contredire,

Non sufflcit amovere lapidem , qui mortem sufficit effugare. S. Chrysol. serm. 65. qui est 3. de Lazaro posi init.

(1) Et auferam cor lapideum de carne corum, et dabo eis cor carneum. Ezech. 11. 19.

(2) Persuasiovestra non est ex eo qui vocavit vos. Galat. 5.8-

(3) Sive in honam,sive in malam parlera, necDeus nec diabo- !us in causa est; qniapersuasio nostra , non est ex eo qui vocavit nos, sed e\ nobis qui vel consentimus , vel non conscnlimus vocanli. S. Uieronym. Ad Ma verba Gai. 5 : Persuasio vestra non est ex eo qui vocavit vos.

(4) Non est roleolil neque currentis, sed raiserentis Dei. Rom. 9. 16.

(5) Ut totum Deo detur, qui hominis voluntalem bonam et préparât adjuvandam, et adjuv.it prueparalam. S. Aug. in Ench. c. 32.

mais qui sont néanmoins véritables chacune dans son

sens, et qui s'accordent parfaitement.

Que c'est Dieu qui change le cœur de l'homme (1). Que c'est l'homme qui change son cœur : J'ai résolu au fond de mon cœur , de m'abstenir du vin, afin de porter mon esprit à la sagesse (2).

Que c'est Dieu qui ouvre le cœur de l'homme : Que Dieu ouvre votre cœur pour aimer sa loi et garder ses commandements (3). Que c'est l'homme qui ouvre son cœur à Dieu : Si quelqu'un écoute ma voix, et m'ouvre ta porte , j'entrerai chez lui (4).

Que c'est Dieu qui renouvelle le cœur de l'homme : Je vous donnerai un cœur nouveau, et je vous ferai marcher dans les sentiers de mes commandements (5). Que c'est l'homme qui renouvelle son cœur : Faites-vous un cœur nouveau (6).

Que c'est Dieu qui grave sa loi dans le cœur de l'homme : Je mettrai la loi dans leurs entrailles , et je l'écrirai dans leurs cœurs (7). Que c'est l'homme qui la lie autour de ses doigts, et qui l'écrit dans son cœur (8).

Que c'est Dieu qui brise les liens qui captivent le cœur de l'homme (9). Que c'est l'homme qui brise ses liens et qui rompt ses chaînes : Brisez les liens de voit) lmmutavit ei Deus cor aliud. 1. Reg. 10.

(2) Cogitavi in corde meo abslrahere à vino carnem meam , ut animum meuna transferrem ad sapientiam. Eccîes. 2. 3.

(3) Adaperiat cor vestrum in lege suà et in prœceptis suis. 2. Mach. 1.

(4) Si quis audierit vocem meam, et aperuerit mihi januam, jntrabo ad illum. Luc. 12.

(5) Dabo vobiscornovum,et faciam ut in praeceptis ambuletis. Ezech. 36.

(6) Facite vobis cor novum. Ezech. 18.

(7) Dabo legem in visceribus eorum , et in corde eorum scribameam. Jerem. 31.

(8) Liga eara in digitistuis, scribe illam in tabulis cordis tui. Prov, 7. 3.

(9) Conteram virgam ejus de dorso tuo , et vincula tua disrurapam. Nahum. 1.

tre cœur, esclave, fille de Sion. Rompez les chaînes de l'impiêtê , déchargez-vous de ces fardeaux qui vous accablent (1).

Que c'est Dieu qui délivre le pécheur de la mort. Les douleurs de la mort m'ont environné, je suis en danger de tomber dans t'enfer. O Seigneur, délivrez mon âme (2). Que c'est le pécheur qui délivre son âme de la perdition. // dira : J'ai péché, il est vrai; j'ai failli , je V avoue , et je n'ai pas été puni comme je le méritais; et il délivrera son âme de la perdition où elle allait s'engager (3).

Que c'est Dieu qui purifie l'âme du pécheur et la rend plus blanche que la neige (4). Que c'est le pécheur qui purifie son âme : Lavez-vous , purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux le dérèglement de vos pensées (5).

Ne voyez-vous pas que notre conversion dépend de Dieu et de nous? dit saintChrysostome(6).Ne voyezvous pas qu'il faut nous purifier les premiers, et alors Dieu nous purifie? car ayant dit premièrement : Lavezvous , purifiez-vous , il ajoute aussitôt : Je vous rendrai blancs comme la neige (7). Lavez-vous les premiers , pleurez vos péchés, disposez- vous par les actes d'une véritable conversion, en suivant l'esprit

(1) Solvevincula colli lui, captiva, filia Sion.... Dissolve colli£. tionesimpietatis, solve fasciculos deprimentcs. Isa. 52. 58.

(2) Exspecta Dominum , et liberabit te. Prov. 20. 22. Circuittdederunt me dolores mortis, pericula inferni invenerunt me. O Domine, libéra animam meam. Psal. 114. 3. 5.

31 Dicet : Peccavi , et vcrè deliqui, etutcram dignusnon recepi : liberavit animam suam ne pergeret in interitum. Job. 33. (4) Lavabis me, et super nivem dealbabor. Psal. 50. S Livammi , mundi ostotc , auferte malum cogitationum vestrarum ab oculis m<i>. /s. i. 16.

(6) Vides, quod est et nostrum et Dei. S. ChrytOit.

(7) Vides quôd priores nos ipsos oportot mundare , c t tùm Deus mundat. Cùm fnirn priùs lixisset: Layamini, et mundi eslole , tùm subdidil : Ego dealbabo.

de Jésus, qui vous appelle à la pénitence (1). Car

il faut auparavant « que la volonté humaine , soutenue

» parle secours de la miséricorde divine, qui la pré-

» vient, et touchée par le souffle intérieur et oc

i» culte d'une inspiration secrète , se convertisse vers

» Dieu (2),» pour me servir des termes d'un concile.

Et puis Dieu se tourne vers elle par l'infusion de la

grâce sanctifiante, qui rend l'âme blanche comme

la neige et la laine la plus blanche , quand elle serait

plus rouge que l'écarlate et le vermillon, à cause du

ses actions sanguinaires et inhumaines. Si vous vous

convertissez en consentant à mon inspiration, et

écoutant la voix qui vous avertit de retourner vers

moi, je vous convertirai en vous donnant ma grâce,

et vous jouirez de ma présence ; et si vous séparez

ce qui est précieux d'avec ce qui est vil , en quittant

le péché, vous serez comme ma bouche (3). Faites

donc pénitence, et convertissez-vous , afin que vos péchés

soient effacés (4).

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