CONSIDÉRATION
A proprement parler il n'y a que le pécheur qui soit la cause de son endurcissement, parla résistance opiniâtre qu'il fait à la grâce, et par l'attachement qu'il a à son crime. On dit néanmoins que Dieu nous endurcit, par uDe manière de parler figurée, comme dit Origène., telle que pourrait être celle d'un bon maître , qui dirait en se plaignant d'un méchant serviteur qui abuse de sa bonté : C'est moi qui t'ai perdu , méchant serviteur, ma patience est cause de ton insolence, parce que je ne te punis pas sur-le-champ comme tu mérites , à chaque faute que tu commets (1). Est-ce à dire
(I) Ego te talem , serve , feci , ego te perdidi , patientia raea fnsolenliae tuae causa exstilit , qui te non slatim per singulas culpas punio pro meritis delictorum. Origenes^. Periarchon. c. 1, tub init.
pour cela quo la bonté du maître excuse la malice du serviteur, ou qu'elle en soit proprement la cause ? nullement : il en est de môme de l'endurcissement. Quand vous lisez ce que Dieu dit dans plusieurs endroits, qu'il endurcira le cœur de Pharaon, ne vous imaginez pas, dit saint Augustin, que Pharaon ne fût point libre. Car Pharaon ne laissa pas pour cela d'endurcir son cœur, puisque l'Écriture dit en termes exprès : Pharaon appesantit son cœur en ce temps-là , et ne voulut point congédier le peuple. Ainsi Dieu l'endurcit par un juste jugement, et Pharaon s'endurcit lui-même par le mouvement de son libre arbitre (1). Dieu l'endurcit par sa patience, en différant le châtiment de son orgueil; en permettant qu'il abusât de sa bonté, et qu'il étouffât en son cœur toutes les lumières du ciel et tous les mouvements de la grâce. Mais Pharaon s'endurcit lui-même, en combattant contre Dieu par son libre arbitre , avec une malice inexorable (2); car, comme dit saint Augustin, ne pouvait-il pas, en croyant aux miracles, reconnaître la puissance souveraine de Dieu, aussi bien qu'il chassa le peuple , en cédant aux fléaux de sa justice pour en éviter la rigueur (3)? S'il le pouvait, il avait donc une grâce suffisante pour croire et pour se reconnaître; et si elle n'eut pas son effet, il n'en faut donner le blâme q'Va sa mauvaise volonté (4).
(I) Neque ideô auferatis à Pharaone Iiberum arbitrium , quia multis locis dicit Dtus : Ego indurabo cor Pharaonis. Non enim proptereà ipse Pharao non in<luravit cor suum , dicenle Scripturâ, et ingravavit Pharao cor suum in islo lempore, et noluit dimillere populum : ac per hoc Deus induravit per justum judicium , et Pharao per Iiberum arbitrium. S. Aug. lib. de g rat. et lib arbit. c. 23.
. Aag, t. 83. quasi. 9 68. sub fi nom : et lib. de prœdest. et grat. c. 14. et 15.
(3) Numqnid non potuil , ^imi fUgelHl cedcns expulit populum . ità miraculis rrc<!f:n>. Deum laaUB ? irttttil agnoscere ?
I Quia libero contra Deuai pitgnafit arbitrio. Lib deprœc'est, et gratta, e. 15.
490 l'homme D'ORA-ISON.