II. CONSIDÉRATION
C'est donc ainsi qu'il faut entendre ce qu'il dit , que la persévérance n'est plus au pouvoir du libre arbitre de l'homme, comme il était avant sa chute, parce payant perdu les forces surnaturelles qu'il avait reçues pour persévérer dans la justice , et ses forces naturelles étant fort affaiblies, il n'y avait plus que la çracc du Rédempteur qui pût réparer sa perte , et le rétablir dans son pouvoir. Dieu a mis cette grâce en celui en qui l'héritage nous est échu comme par sort , *ayant été prédestinés selon le décret de celui qui fait 'ouïes choses, et par suite qui fait, et que nous nous approchons , et que nous ne nous relirons point (2). C'est
(1) Qui dat esse, ddt conseqnonlh ad esse.
(2) Hanc fratiam nostiit (Dcus) in illo, quo sortem consecul
610 l'homme d'ormson.
pourquoi le prophète lui dit: Faites éclater votre puissance sur l'homme de votre droite, et sur le fils de l'homme , que vous avez uni inséparablement à vous : et nous ne nous retirerons plus de vous. Cet homme de la droite de Dieu n'est point , sans doute , le premier Adam , en qui nous nous sommes retirés de Dieu ; mais le second , sur lequel il fait éclater sa puissance , afin que nous ne nous retirions point de lui. Car c'est là la main de Dieu, parce que c'est par l'opération divine que nous demeurons avec Dieu en Jésus- Christ, sans nous en retirer comme nous avons fait en Adam (1). Car notre persévérance est un fruit de sa mort , et une participation de son union indissoluble avec son Père , et par nature et par amour. C'est donc la main de Dieu , et non pas la nôtre , qui fait que nous ne nous séparons point de Dieu. C'est la main de celui qui a dit : Je mettrai ma crainte dans leur cœur, afin qu'ils ne se retirent point de moi (2). Il n'en faut point d'autre preuve que la prière qu'il nous a prescrite, pour lui demander la persévérance , et la promesse qu'il nous a faite de nous la donner. Je graverai ma crainte au fond de leur cœur, afin qu'ils ne se retirent point de moi : voilà la promesse qu'il a faite. Ne permettez pas que nous succombions à la tentation : voilà la prière qu'il nous a prescrite , et que toute l'Église pratique. Elle prie Dieu que les infidèles croient: c'est donc Dieu qui les convertit à la foi. Elle prie Dieu
sumus , prsedestinati secundùm propositum ejus qui universa operatur, ac perhoc, sicut operalur ut accedamus, sic operatur, ne discedaraus. S. Aug. I. 2. ad Prosp. et Hilar. de dono persev. c. 7.
(1) Hoc est enim manus Dei , quoniam opère Dei fit ut simus in Christo permanentes cum Deo, non sicut in Adam disceden tes à Deo. Ibidem,
(2) Manus igitur Dei est ista , non nostra , ut non discedamusà Deo: manus , inquam , ejus est ista qui dixit :Ttmorem eaeum dabo in cor eorum , ut à me non recédant, lbid.
que les fidèles persévèrent : c'est donc Dieu qui donne la persévérance jusqu'à la fin (1).
Au reste, si tous les justes ne l'obtiennent pas , c'est leur faute. Celui qui tombe , tombe par sa propre volonté, et celui qui demeure debout, demeure debout par la volonté de Dieu. Car il est assez puissant pour le faire subsister. Ce n'est pas lui qui se soutient , c'est Dieu (2). Mais s'il tombe , c'est lui qui se précipite par sa malice, et qui rejette la grâce que Dieu lui présente pour le soutenir. Car s'il ne veut pas qu'aucun des pécheurs périsse , il veut encore moins qu'aucun des justes tombe : au contraire , il les avertit de prendre garde à eux (3). Il les exhorte tous à la persévérance : Soyez fidèle jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie (4). Il veut que tous lui demandent la grâce de persévérer jusqu'à la fin (5). Il a donc envie de la leur donner , pourvu qu'ils n'y mettent point d'obstacle. « Tous ceux qui combattent à la course , » dit excellemment saint Jéromp, courent dans la car- » rière ; mais un seul remporte le prix. Pour nous , on » nous dit, au contraire : Courez de telle sorte , que » vous remportiez le prix. L'arbitre de nos combats ne » porte envie à personne, la victoire de l'un n'ôte » point la gloire à l'autre : il soubaite que tous ses » athlètes gagnent la couronne (6). »
(1) Oratut increduli credant : Deus ergo convertit eos ad fidem. Orat ul credentes persévèrent : Deus ergo donat perseveranliam usque in finera. S. Aug, l. 5. ad Trosp. st Hllar. de dono p< rsev. c. 7.
(2) Voluntate sui cadit,qui cadit,et voluntale Dei slal , qui stat, polens est enim Deus staluere illura : non ergo ipse seipsum, sed Deus. Ibid. c. 8.
(3) Qui stat, videat ne cadat.
(4) Esto fidelis usque ad mortem , et dabo tibi coronam vilae. Apoc. 2. 10.
(5) Videle , vigilate, ctorate.
(6) Qui in stadio currunt, omnes quidem currunt, sed nnui
pour le mardi de la sixième semaine après l'Epiphanie.
IL ATTRAIT D'AMOUR
Jésus souverainement aimable, comme l'auteur de la persévérance finale.
De l'excellence de ce don.
Ecce venlo cito : tene quod habes , ut nemo accipiat coronam tuam. Qui vicerit, faciam illum columnam in templo Dei mei, et foras non egredietur ampliùs.
Sachez que je viendrai bientôt. Gardez ce que vous avez, afin que personne ne prenne votre couronne. Quiconque sera victorieux , j'en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu : et il ne sortira plus dehors. Apoc. 3. 11.