I. CONSIDÉRATION
La persévérance est un don spécial , dont la première excellence est que nul ne la peut mériter par un mérite condigne , quoiqu'il puisse se rendre digne de la béatitude , qui est le plus grand de tous les biens. La raison est, parce que Dieu nous a promis la béatitude pour récompense de nos services : mais il n'a promis la persévérance que comme une grâce qu'il n'accorde qu'à nos prières, selon ce témoignage de
accipit bravium. At contra de nobisdicitur : Sic currite, ut comprehendatis. Non est invidus Agonotheta noster , nec alterius palma alteri parât ignominiam. Omnes alhletas suos desiderat coronari. S. Hieron. ep. ad Lucinium.
saint Augustin : Il est certain qu'il y a des dons que Dieu a préparés pour ceux mêmes qui ne l'en prient pas, comme le commencement de la foi; d'autres, qu'il n'a préparés que pour ceux qui les lui demandent , comme la persévérance finale (1). Ce n'est pas qu'il ne la pût donner sans en être prié ; mais il a voulu par la prière nous faire connaître l'auteur d'un si signalé bienfait. Car de qui les recevons-nous , sinon de celui en qui on nous enjoint de le demander (2) ? La persévérance finale est donc une faveur incomparable, puisque les plus grands saints ne l'ont jamais pu mériter ; et une miséricorde nonpareille ,' puisqu'il n'y a personne s foible qui ne la puisse obtenir par une humble et fer vente prière. Vous me direz que chacun quitte la fc par sa faute, lorsqu'il cède et consent à la tentation, qui le porte à y renoncer. Qui le nie? personne n'ei : disconvient : mais il ne faut pas dire pour cela qu< la persévérance dans la foi n'est pas un don de Dieu Car c'est la grâce que demande tous les jours celui qui dit : Ne nous induisez point dans la tentation : et s'il est exaucé , il la reçoit. Et ainsi priant Dieu, tous les jours, qu'il lui fasse la grâce de persévérer, certainement il ne met pas en lui-même l'espérance de sa persévérance , mais en Dieu (3). Se trompe-t-il dans
(1) Constat Deum alia etiani non orantibus, sicut initium fidei; alia nonnisi orantibus préparasse, sicut usque in fincm perseverantiara. S. Aug. de dono persever. c. 16.
(2) Poterat nobis etiam non orantibus dari : sed oratione nostrâ nos voluit admoneri à quo accipiamus hœc bénéficia. A quo enim,nisi ab illo accipimus,à quo jussumest ut petamus ? Ibid. c.7.
(3) At enim vitiosuo quisque descrit fidcm, cùm cedit tenlationi atque consentit , quâ cura illo agitur ut deserat fidcm. Quis Degat? Sed non idée dicenda est in fide perseverantia non esse donum Dei. Hanc enim quolidiù poscit , qui dicit : Ne nos inferas in tenlalionem : et si exaudilur , banc accipit, ac pcr fioc quotidiè ut perseveret pelens, profeclù perseveranliae spem non in leipso, $ed in Deo ponit. tbid.c. 17.
514 l'homme d'ora.ison.
son attente? nullement. Nous vivons dans une plus grande assurance, en donnant tout à Dieu ; et non pas en nous fiant en partie à lui , en partie à nous-mêes (1); afin qu'en confessant humblement notre faiblesse , et donnant tout à Dieu , sa bonté nous accorde ce que nous lui demandons avec une respectueuse crainte (2).