‹ L'homme d'oraisonChapitre 19 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Il faut donc reconnaître aujourd'hui le Sauveur du monde, et l'adorer comme l'auteur de notre prédestination, de notre vocation, de notre justification et de notre glorification ; et lui dire comme David : Mon sort est entre vos mains, tout mon bonheur dépend de vous. En premier lieu, notre prédestination en dépend. C'est en vue de ses mérites que Dieu de toute éternité a fait le projet de notre salut , et de toutes les grâces nécessaires pour nous conduire à la fin pour laquelle il nous a créés (2). C'est donc en lui qu'il faut mettre notre confiance. Notre salut est bien plus assuré dans ses mains que dans les nôtres. Car c'est par sa grâce que nous sommes héritiers du royaume céleste , et que la promesse qui fut faite à Abraham demeure ferme. C'est pourquoi saint Augustin ne peut assez s'étonner qu'il se trouve des hommes qui aiment mieux se fier à leur propre faiblesse , qu'à la fermeté de la promesse

quo de munificentise divinse diffidere perseverantià debeamus , cnjus fuit tàm diulurna et jugisubertas, ut primo praedestinaret, deindè vocaret , et quos vocaret hos et justificaret, et quos justificaret, hos et clarificarel. S. Amb. /. 2. de Jacob, c. 6.

(1) Fuit hoc, quantum aestimari datur, supernse dispositionis arbitrium, ut inter sacratissimas Prophetarum voces, eliam ab infldeli homine ejus praediceretur adventus , qui pro fidelium infideliumque erat redemptione venturus. S. Maxim, serm. 3.

(2) Elegit nos an'.e mundi constitutionem, ut essemus sancti. IphesA.

de Dieu : « Je ne suis pas assuré , me direz-vous , de la » bonté de Dieu en mon endroit. Quoi donc ? êtes-vous » assuré de la vôtre en ce qui vous regarde? Puis donc » que l'une et l'autre vous est inconnue , pourquoi n'at- » tachez-vous pas votre foi, votre espérance, votre » charité plutôt à la plus ferme qu'à la plus faible (1) ? » Gardez-vous bien de désespérer de vous-même ; » parce qu'on vous commande de mettre votre espé- » rance en Dieu plutôt qu'en vous (2). » Car enfin vous êtes assuré qu'il ne tiendra pas à sa bonté que vous ne soyez sauvé. Car le Père a donné à son Fils tout le pouvoir de juger. Eh ! donc pourra-t-il juger celui qu'il a racheté de la mort , celui pour lequel il s'est immolé, celui dont il sait que la vie est le fruit et la récompense de sa mort ? Ne dira-t-il pas : Que m'a-tTil servi de répandre mon sang (3) ? Hélas ! si vous ne vous sauvez, il a bien sujet de se plaindre de vous ; mais vous ne pouvez pas vous plaindre de lui. O Jésus ! soyez mon appui et mon espérance. 0Z?ieu,sam;ez-m<n pour la gloire de votre nom (4). O nom adorable ! plus éclatant que les étoiles ! ne me refusez pas vos favorables influences. Vous qui portez le bonheur partout où vous entrez, entrez dans mon cœur, pour y faire à jamais la paix et la joie de l'esprit.

(1) Miror hominesinfirmitati suae se malle committere, quàm firmitali promissionis Dei. Sed incerta est mihi , inquis de meipso, voluntas Dei. Quid ergô ? Tuanede teipso volunlas cerla est , neque times ? Cùm igitur utraque volunlas Incerta si t, cur non homo firmiori poliùsquàm infirmiori fidem suam, spem, charilatemque committil? S. Aug. de Prœdest. Saiict. c. 11. luit.

(2) Absitàvobis ideô desperare de vobis , quoniam spem vestram in Deo juhemini habere non in vobis. Idem,!, dcbono Pertever. c, 22. et Prosper.ad Excerpta Genucns. dub. 10.

(3) Nempe Christo dédit Pater omne judicium. Poterit te ergo ille damnait: , quem redemit à morte , pro quo se obtulit , cujus vitam suae morlises^e mercedern cognoscit? Nonne dicet : Qute utililas in sanguine meo?5. Amb. I. primo de Jacob, c. 6. in fin*

(4) Deus, in nominetuo salvum mefac. />*. 53. 3.

iii. considération.

£n second lieu , notre vocation dépend de la faveur de Jésus-Christ, comme le premier effet que produit en nous l'amour qu'il nous porte , et le désir qu'il a de nous rendre heureux. La sagesse parle en public, elle fait entendre sa voix dans les grandes places , elle crie à la tête des troupes assemblées , elle se fait écouter aux portes de la ville , disant : O enfants ! jusqu'à quand aimer ezvous l'enfance? jusqu'à quand les fous rechercheront-ils ce qui leur nuit (1)? Je vous ai appelés , et vous n'avez point voulu venir ; j'ai tendu ma main } et personne ne nCa regardé (2). Fous tous qui avez soif, venez aux eaux (3). Appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez (4). Bonté admirable de Jésus-Christ! « Le Verbe » divin a élevé sa voix en appelant tous les hommes , » dit saint Clément d'Alexandrie : et quoiqu'il connût » très-bien ceux qui devaient lui obéir, néanmoins » parce qu'il est dans notre pouvoir d'obéir , ou de » n'obéir pas , afin que personne ne pût se couvrir du » prétexte d'ignorance , il a étendu la vocation à tous » avec une grande équité (5). Car il n'est pas Sauveur » de ceux-ci, et de ces autres non; il est Sauveur de » tous , ajoute encore saint Clément Alexandrin, et

(1) Sapientia foris prsedicat , in plateis dat vocem suam , in capite turbarum clamitat , in foribus portarum urbis profert sua verba dicens : Usquequô parvuli, diligitis infantiam, et stulti ea quae sibi sunt noxia cupient ? Prov. 1. 20.

(2) Vocavi,et renuistis; extendi raanum meam , et non fuit qui aspiceret. Ibid. vers. 24.

(3) Omnes sitientes, venite ad aquas. Isa. 55.

(4) Quoscumque invenentis , vocale al nuptias. Matth. 22.

(5) Divinum Verbum clamavit omnes vocans , eos quidem vel maxime cognoscens qui erant parituri : et tamen quoniamin nos- Cràpoteslate est parère, vel non parère, ut nulli possint causari praelextum ignorantiœ, justam fecil vocationem. Clemens Alex. I, 7, Strom.

» jamais il n'a envié le salut à personne , lui qui les a » tous également appelés (1).» « Notre Dieu , dit saint » Ignace Martyr, aime les hommes , et veut que tous » soient sauvés, et qu'ils viennent à la connaissance de » la vérité. C'est pourquoi il fait lever le soleil sur les » bons et sur les méchants , et il fait tomber la pluie » sur les justes et sur les injustes (2). » Il nous appelle de toutes parts à l'amendement de nos mœurs ; de tous les endroits du monde il nous appelle à la pénitence ; il nous appelle par les biens que nous recevons de ses créatures , il nous appelle en prolongeant notre vie , il nous appelle par la parole extérieure de ceux qui nous instruisent, il nous appelle par les bonnes pensées intérieures qui nous touchent et nous attirent à la vertu, il nous appelle par les fléaux de sa justice, il nous1! appelle parles consolations et les attraits de sa divine miséricorde (3). Le Seigneur Jésus distribue la nourriture de nos âmes ; et s'il ne tenait qu'à lui, il la voudrait donner à tous. Il ne la refuse à personne , car c'est lui qui la dispense à tous. Mais si, lorsqu'il rompt le pain et qu'il le donne à ses disciples, vous ne tendez la maîn pour le prendre, vous tomberez en défaillance dans le chemin, et vous ne pourrez rejeter votre faute sur celui qui vous fait miséricorde, et qui distribue le pain céleste (4). Que lui répondrez- vous? comment vous

(1) Scrvalor est, non horum quidem servator, illorum verô non. INec unquàra aliquibus inviderit, qui omnes ex aequo vocavit. Idem. /. 7. Strom.pag. 2.

(2) S. Ignat, ep. 6. ad Philadel.

(3) Vocat undiquè ad correctionem , vocat undique ad prenitenicnliam, vocat beneficiis creaturœ, vocat imperliendo tempus vivcndi, * ocat per lectorem , vocat per intimam cogitationem , vocat per flagcllum correptionis, vocat per misericordiam consolalionis. bonganimiset mullre miscricordiœ : sed observa ne longitudinc miscricordiœ Dei malè utendo, tu libi thesaurizes iram in die irœ et revelationis justi ju licii Dei. S. Aug. in Psal. 102. post

médium,

M) iMvidit estas Domious Jésus , et illc quidera vult dareomni-

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excuserez-vous ? Vous ne pouvez pas dire qu'il n'a point donné de pain ; car il en doniv* à tous. Vous ne pouvez pas dire qu'il n'a pas voulu vous rendre bon; car il a mis devant vous le bien et le mal, afin que le bien que vous feriez fût volontaire, et que vous n'y fussiez pas poussé par une nécessité inévitable (1)#

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