III. CONSIDÉRATION
La troisième différence , qui n'est qu'une suite de la précédente , consiste en ce que pour faire notre salut nous ne sommes pas obligés de faire des miracles , ni de savoir parler plusieurs langues , ni de les pouvoir interpréter, ni d'avoir les autres grâces gratuites, que Dieu donne à qui il lui plaît, et dont nous pouvons être privés sans notre faute : aussi ne nous en blâme-t-on pas, et même nous ne nous en devons pas affliger. Mais pour les bonnes œuvres, que le Saint-Esprit nous inspire pour notre propre salut; c'est notre faute si nous y manquons, nous sommes dignes de blâme, et nous devons en avoir de la douleur. Pourquoi vous fâchezvous de n'avoir pas le don de guérir les maladies ? pensez que vous en avez un plus petit, à la vérité , mais néanmoins que n'a pas celui qui en a un plus grand (2). Ce
(1) Quid ergô sunt sanctorum miracula msi nostra propugnacula ? quia et muniri per illa possumus , et tamen haec in manu nostri arbitrii non tcnemus, nanti talia facere non valemus. Clypeus vero in manu est , et défendit : quia virtus patientiae , virtus misericordiœ, praecedente nos graliâ , et in polestale arbitrii est, et à periculo protegit adversilaiis. S. Greg. ho m. 15. in EzecU. explicans illaverba cant. 4. : Sieut Turris David.
(2) Quid enina doles quôd non habes donum curationum ?Co-
ne sont pas les prophéties ni les miracles qui bous sanctifient et qui nous sauvent. Plusieurs diront au jour du jugement : Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? qui ne seront pas pour cela reçus au nombre des élus. Ce n'est pas au prix de ces grâces qu'on appelle gratuites qu'il faut acheter le paradis. Ce sont des œuvres de la toute-puissance de Dieu, qui ne nous appartiennent pas. Il faut contribuer du nôtre , dit saint Hilaire , pour mériter l'éternité bienheureuse : il faut faire quelque chose de notre part, pour vouloir le bien et fuir le mal, et pour obéir de tout notre cœur aux commaudements de Dieu (1). Car pour ces dons extraordinaires , ils ne nous sont pas nécessaires; et bien loin de craindre que Dieu nous en prive, il faut plutôt craindre qu'il ne nous les donne.