III. CONSIDÉRATION
Cette science est infiniment glorieuse au Fils de Dieu; mais elle ne vous serait pas utile, si, connaissant l'état des pécheurs et le cours de leurs maladies , il n'en connaissait aussi les remèdes. C'est en cela particulièrement que consiste l'excellence d'un habile médecin, dont les trois principales qualités sont de savoir gué» rir sûrement, promptement et doucement ses malades (6). La fin qu'il se propose est de procurer la santé
(1) Infirmitashœc non estad mortem.
(2) Ecce sanus factus es, jam noli peccare, ne deterius tibi aliquid contingat. Joan. 5. 14.
(3) In peccato vestro rnonemini. Joan. 1. 24.
(4) Quàm difficile qui pecunias habent , in regnum Dei intrabunt! Marc. 10. 23.
(5; Slulte , hâc nocte animam luam repelunt à te : <mae auteni paiàsti cujus erunt ? Luc. 12. 20.
(6) Ce la us.
au malade , et de dompter tellement le mal par ses remèdes, qu'il le mette hors de ses atteintes. Mais comme il ne connaît son mal que par des signes extérieurs et équivoques, les moyens qu'il prend sont incertains, et cette incertitude fait que sa science est fautive , et qu'il n'est pas toujours assuré de réussir. Souvent la mort s'attache au bout de sa plume ; et, pensant faire une ordonnance salutaire , il signe un arrêt funeste contre son intention , par une ignorance assez excusable dans un art qui ne s'appuie que sur des conjectures , qui n'agit que comme instrument de la nature , dont les forces ne sont pas toujours capables de s'en servir; et qui réussit ordinairement plutôt par bonheur que par conseil. 11 n'en est pas ainsi de Jésus-Christ. Les remèdes qu'il nous donne sont infaillibles, la nature lui obéit comme à son auteur, et le bonheur le suit en toutes ses entreprises. Il arrive d'ordinaire que les remèdes les plus sûrs dans l'art de la médecine sont les plus lents , jusque là même que les médecins tiennent les guérisons trop promptes pour suspectes, quand elles sont sans crises , sans décharges, et sans évacuation d'humeurs ; parce qu'il y a danger que les mauvaises humeurs ne se renferment au-dedans , comme les fleuves quise cachent sous la terre, pour en sortir quelque temps après avec plus d'impétuosité. De là vient qu'ils redoublent les saignées et les purgations , pour obliger l'ennemi à paraître et à sortir de son fort , afin de le combattre. Mais le Fils de Dieu n'est point sujet à ces langueurs : il guérit aussi promptement que sûrement ; parce qu'il ne dépend, dans son action , ni du Heu, ni du temps , ni d'aucune autre circonstance. Les maladies s'enfuient à sa parole, et le centurion avait raison de lui dire : Seigneur , il n'est point besoin que vous vous donniez la peine de venir dans ma maison pour guérir ce pauvre malade ; vous n'avez qu'à dire un mot , il sera aussitôt guéri : votre parole porte la santé avec soi ; votre parole donne la vie ; votre parole a la vertu de tous les
remèdes (l);elle fait en un instant ce qu'ils font à peine en plusieurs jours. Enfin nous savons que les remèdes les plus utiles que la médecine ait inventés, sont aussi les plus fâcheux, et les plus difficiles à prendre. Les diètes et les régimes qu'elle prescrit sont ennuyeux; les potions, si amères qu'elles font bondir le cœur; les incisions , les ouvertures sanglantes, les boutons de feu, et toutes les opérations de la chirurgie, sont cruelles et impitoyables. Mais , au contraire, les remèdes que notre aimable médecin a apportés du ciel, sont pleins de suavité : l'esprit y trouve sa consolation, sa force , sa vie : et si les sens y ont de la répugnance, elle est bien adoucie par la grâce médicinale , qui est le fruit de ses travaux , et le plus beau secret de sa sagesse. Car cette grâce a cela de propre , que toute sa force consiste dans la douceur d'un plaisir victorieux, qui nous fait aimer ce que la nature corrompue avait auparavant en horreur. « 0 sagesse suprême! s'écrie » saint Bernard , avec quelle adresse mêlez-vous le » vin et l'huile , pour rendre la santé à mon âme ! » vous montrant par là également fort et doux : fort » pour mon bien , doux pour ma consolation ; fort par » votre douceur , doux dans votre force : qui vérifie » ce qui est écrit, que votre nom est doux comme un » parfum qui répand partout son odeur (2). »
0 mon âme ! laissez-vous guérir à ce sage médecin : ne repoussez pas sa main, qui ne travaille que pour votre bien. Il est expert, dit saint Augustin : il sait bien ce qu'il fait. Ne vous arrêtez pas seulement au plaisir que vous sentez lorsqu'il vous console , et qu'il use de
(1) Die verbo, quia iste crédit in verbo omnes virtutes manere: verbum tuum, Domine, sanitas est, verbum tuum vita est. S. ChrysoL serm. 5.
(2) 0 sapientia ! quanta arte medendi in vino et oleo auim» meee sanitatem restauras, fortiter suavis, etsuaviter fortis ; forlis pro me, et suavis mihi ! oleum effusum nomen tuum. S. Cent» serm. 16, in Cant. S. Aug. in Psal. 102*
remèdes lénitifs ; souffrez aussi qu'il emploie le fer pour couper. Souffrez la douleur du remède en vu© de la santé qu'il vous promet (1). Voyez , je vous prie, combien les hommes souffrent , pour prolonger leur vie de quelques jours, et puis mourir : ^encore ne sont-ils pas assurés d'en jouir. Car plusieurs meurent entre les -mains des médecins, après avoir enduré d'extrêmes douleurs : ou s'ils guérissent, c'est pour si peu de temps, qu'ils n'eussent jamais pu se résoudre à souffrir de si grands tourments pour un bien si court et si fragile. Mais pour vous, si vous souffrez, ce n'est point dans l'incertitude de guérir. Celui qui vous a promis la santé ne se peut tromper. Le médecin qui vous promet la santé du corps se trompe quelquefois : pourquoi se trompe-t-il? parce que celui qu'il veut guérir n'est pas son ouvrage. Il est son médecin, et non pas son créateur. Mais Jésus- Christ a fait le corps et l'âme. 11 sait bien comment il doit refaire ce qu'il a fait, et rétablir ce qu'il a formé. Tenez-vous seulement sous la main du médecin ; car il n'aime pas ceux qui la repoussent (2). On ne repousse pas ainsi la main des médecins, qui ne sont que des hommes. On souffre les ligaments et les incisions qu'ils font. On endure une douleur certaine, pour une santé qui est incertaine : et il en coûte encore de l'argent. Mais Dieu qui vous a créé vous guérit avec certitude, et sans aucune récompense (3). Que tous ceux donc qui veulent recouvrer la santé, viennent vers lui, et qu'ils prennent le médicament qu'il a apporté du sein de son Père, et qu'il a préparé dans le ciel de ces essences immortelles, que l'art humain ne connaît point : car la terre n'en pra-
(1) Toléra medicinalern dolorem , fuluram cogitans sanitatem.
(2) Quia hoc non cirai qui fecit. Deus fecit corpus tuum : Deus fecitanimam tuam, aovit qucmadmodùm reformet, quod ipseformavil. Tu tantiim submamhus medici esto. Odit enim repellentem manus suas. S. Aug.serm. 102. in Ps. Videserm. 34. ex 40. novis,
(3) Deus qui te fecit, et certus curât, et grills.
82 l'homme d'ora.isopu
duit point de semblables. La nature ne sait pas faire une si excellente confession. C'est par un conseil tout divin qu'il s'est couvert de notre chair, pour nous apprendre que la loi de la chair est soumise à la loi de l'esprit (1). Il s'est uni à la chair pour vivre en homme, comme celui qui devait instruire tous les hommes; et pour souffrir en homme, comme celui qui devait faire un bain de son sang, pour rendre la vie à tous les hommes. Admirable médecine, incomparable remède, que le médecin a fait de son sang et de sa chair, pour guérir les malades dont il procurait le salut, en se chargeant de leurs maladies (2) ! Jugez, mes frères, si le genre humain devrait encore être malade t ayant reçu une médecine si salutaire. Après que Dieu s'est humilié jusqu'au néant, un homme peut-il encore être orgueilleux (3) ? Après que le Seigneur a prié pour ceux qui le crucifiaient , un homme peut-il être vindicatif? Après que le Sauveur du monde a souffert l'extrémité de tous les tourments, un homme peut-il encore se plaindre de ses souffrances? Certainement c'est un sujet de confusion pour nous, de profiter si peu de ses exemples. Toutes les choses, dit saint Bernard , que nous lisons de notre Rédempteur Jésus-Christ, sont des remèdes salutaires, pour le bien de nos âmes.
(1) Veniant ergô ad hune omnes qui sanari volunt, accipiant medicamentum quod à Paire detulit et prœparavit in cœlo, ex illis confectum immortaiibus suceis. Hoc ex terra non pullulât : expers enim natura hujus confections. Divino enim consilio suscepit hanc caméra , ut osteaderet legem carnis , legi esse subditam mentis. Suscepit carnem, quasi homo viveret, qui liomines erudiret.
(2) Mirabile et incomparabile genus raedicinae , propter quara medicusvoluiteegrotare,et segrotos quibus salutis remedium procurabat,suà voluit infirmitate sanare ! S. Jug.serm. 19.de Sanctis.
(3) Videte ,fratres, si ampliùs œgrotare débet genus humanum, accepta tantâ raedicinâ. Jam humilis Deus , et adhuc superbus homo ? Idem^homiL 34. ex 50.
Trenons garde que ce reproche ne tombe sur nous • Nous avons employé toutes sortes de remèdes , pour guérir Babylone , et nous ne lui avons pu rendre la santé (1).
(1) Omnia quse de Salvatore legimus, medicamina sunt animarum nosti arum . Videamus ergo ne forte dicatur de nobis : Curavi» mus Babylonem , et non estsanata. S. Bern. serm. 4, de Eesur*
POUR LE V. JOUR DE l'oCTAVE DES ROIS.
Jésus souverainement aimable , sous la qualité de médecin des âmes*
Du besoin que nous avons de Jésus-Christ et de sa grâ:8
médicinale.
JVon egent , quisani sunt , medico ; sedqui malè habent. Non veni vocare justos , sed peccatores ad p œnitentiam .
Ce ne sont pas ceux qui se portent bien , mais les malades , qui ont besoin de médecin. Je ne suis pas venu dans le monde pour appeler les justes; mais pour appeler les pécheurs à la pénitence. Luc. 5. 32.