II. CONSIDÉRATION
On connaît par là le besoin que nous avons tous du Fils de Dieu , puisqu'il n'y a que lui qui puisse guérir notre cœur et fléchir notre rebelle volonté. Car il ne faut pas penser qu'il ne soit nécessaire qu'aux grands pécheurs. Nous sommes tous de grands malades couverts de plaies, blessés dans toutes nos puissances, accablés delà pesanteur de nos vices, dont le nombre est effroyable. « 0 mes frères , dit saint Chrysologue, » si nous voulions faire une réflexion sérieuse sur la
(1; Amatlanguores suos, et pro sanitate hoc habet, quôd se&rolare se nescit, donec prima hsec medeJa conferaturœgroto, ut incipiat nosse quôd langueat, et possit opem medici desiderare, quà surgat.
(2) Infelixegohomo, quis meliberabit de corpore mortishujus?
» la paralysie de notre âme , nous la verrions dénuée » de toutes les vertus, languissante dans ses vices, » comme le paralytique de TÉvangile dans son lit. » Nous verrions avec quelle bonté Jésus-Christ regarde » d'un œil favorable nos volontés criminelles , et nous » presse par des attraits puissants de recevoir le se- » cours nécessaire qu'il nous présente, lors même que » nous y apportons plus de résistance (1). »
Ce n'est pas que sa grâce médicinale nous fasse vouloir nécessairement ce qu'il nous inspire, sans que nous y puissions résister. Elle prend si adroitement le pli de notre volonté, qu'elle nous fait vouloir librement ce que nous ne voulions pas auparavant, sans nous contraindre , ou nous imposer une nécessité inévitable. Car, comme c'est une erreur de croire que l'homme puisse commencer sa guérison par son libre arbitre , sans le secours de la grâce , c'est-à-dire, selon le concile de Trente , « qu'il puisse faire des actes de foi, » d'espérance , de charité et de repentir , tels qu'il faut » pour obtenir le don de la justification, sans Pinspira- » tion prévenante du Saint-Esprit et sans son aide (2).» C'en est aussi une autre, selon le même concile, « de s'i- » maginerque le libre arbitre mu et excité de Dieu, en » donnant son consentement à Dieu, qui l'excite et qui » l'appelle, ne coopère en rien à se préparer et à se mettre » en état d'obtenir la grâce de la justification, et qu'il ne » peut refuser son consentement , s'il veut (3). » C'est
(1) 0 si vellemus , fralres , ô si vellemus omnem mentis nostrao paralysim pervidere, animam nostram virtutibus deslilutamjacere in viliorum slratis cerneremus ! Luceret nobis queioa.iuiodùin Christus et uuslras quotidiè noxias respicit volunlates, et ad salutaria nos remédia pertrabit et perurget invilos. S. C/ujioiog.
(2) Si qui» dixent sine pneveniente Spiritûs sanctiinspuaiione, atque ejus adjutorio, bominem credere, sperare, dili&cre aut pœnilercpossesicut opoilct , utei justificalionisgratia conifcialur; anatbema sit. Conc. Trid. sess. G. eau. 3. Fide et can. 1 , 2.
\,'dj Si (juisdixerit liberum hominu arbitnum à Deo motum et
90 L'HOMME D'ORA-ÏSON.
pourquoi saint Chrysostome dit excellemment dans l'homélie 19. sur la Genèse, que « les dispositions du » corps sont souvent sans remède et sans changement : » mais qu'il n'en est pas ainsi de la volonté de l'homme, » qui de méchant devient bon, s'il veut, et de bon, » souvent par sa lâcheté devient méchant. Car le Sei- » gneur , ajoute-t-il , qui a fait notre nature libre , » noMS donne par sa miséricorde tout ce qu'il faut de » sa part : et comme il sait ce qui est le plus caché et » le plus secret dans le fond du cœur , il nous exhorte , » il nous suggère de bons conseils, il réprime nos » mauvais désirs, et ne nous impose point de néces- » site ; mais en offrant des remèdes convenables , il » les laisse à la volonté des malades. » On ne peut mieux représenter le besoin que nous avons de la grâce prévenante , et le consentement volontaire du libre arbitre , qui est requis pour guérir les plaies de l'âme. C'est ainsi qu'il faut entendre saint Macaire , lorsqu'il dit en l'homélie 20. qu'encore qu'une âme soit blessée par des affections impures et obscurcie par les ténèbres du péché , elle a néanmoins la liberté de crier, et d'invoquer Jésus-Christ , afin qu'il vienne lui conférer le fruit de la rédemption éternelle : et si quelqu'un ne vient à lui de son plein gré , et ne le prie avec une foi pleine et entière , il ne recouvre point sa santé.
Par ces paroles , il soutient l'indifférence du libre arbitre sous l'empire de la grâce , mais il n'exclut point la grâce ; il veut que l'âme vienne au Seigneur de son plein gré ; mais il ne veut pas qu'elle le prévienne ; enfin il veut qu'elle le prie avec une pleine foi , mais il ne dit pas qu'elle le prie sans avoir la grâce de le prier. Saint Augustin ne parle point autrement , Iors-
excitalum, nihil cooperari assentiendo Deo excitanli atque vocanti, quo ad obtinendam justificationis gratiam se disponat ac prseparel; neque posse dissenlire , si velit, sed veluti inanime quoddam nihil omninô agere , merèque passive se habere : analhema sit. Conc, Trid. sess. 6. can. 4.
LECTURES SFIRITUELLES. 91
nn'il Dresse le malade d'obéir au médecin sans délai, ?ëù-être que vous n'avez ni le lieu ni le temps de corriges sentiments, ou de changer votre mauvaise^ e en bonne ? Mais, pour faire ce changement, Je vous- faut-il acheter? quel médicamen tau ;d chercher? quel voyage de long cours von s^-.Ka^? nuel vaisseau vous faut-il équiper (1) ? A 1 heure même nue ieTarle , changez la disposition de votre cœur et von faites en un moment ce que l'on cne sr souvent et deouis tant de temps que vous fassiez, et ce qui vous caLra, si vous ne le faites, une peu» qui ne finira jamais (2).