‹ L'homme d'oraisonChapitre 31 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Cette vérité étant bien conçue doit exciter en nous un grand désir de remédier au plus tôt à nos langueurs, et de recourir au médecin de nos âmes avec une grande rnnfiance et une respectueuse soumission à ses sainte" votontî. Il est difficile, dit saint Chrysologue uu'uue âme, qui n'a pas encore perdu le sent.men Te son mal , ne's'afilige et ne se trouble , se trouvant continuellement agitée de mouvements conlrai.es en tre les inspirations divines et les passions de son cœur entre !.. vertus et les vices , entre la vie et ta mort, souvent blessée , rarement ferme et constante, tom bant à chaque pas par la faiblesse des sens; P««?t?*- ,ant accablée de la pesanteur de ta chaur elta ^devren esclave des vices, avant qu'elle se porte à «Ui^^ vertus (3). C'est ce qui oblige David à s'adresser a Dieu,

m Nummiid consilii corrisendi, aut mutandœ vit» malt» le bonara non «t locus, non est lempu.? Quid emplurm hjj. »t hcias? qu* emplMt" quartwrt. es ? ad quoi nnlgaturu. es quam navim p»par»Uirai ? S. Mg. in P: 63.

(2, Eceedùm loquor.nuta cor, et factum est ,u d - «J*, et lin, dm elamatur ut Bat ; et quod œteman. pœnam naUunt ,

" (TjTurl.ator anima , turhatur valdè , quia carnis impedita pon-

et à pousser ses plaintes amoureuses vers le ciel , pour hâter son médecin. Eh! Seigneur, mon âme est fort troublée: jusqu'à quand me laisserez-vous sans secours? où est votre Christ , tant de fois annoncé par la loi , et promis en tant de sortes par nous et par les prophètes ? Qu'il vienne, qu'il vienne avant que le monde, tombant en ruine, périsse sans ressource , et ne lui laisse rien qu'il puisse sauver. Qu'il vienne, qu'il vienne pour réparer la chair , pour renouveler l'esprit , et changer cette nature terrestre et fragile en une substance céleste. Qu'il vienne, pour ôterle péché, pour exterminer le péché, pour détruire l'enfer, pour nous rendre la vie, pour nous donner le ciel , afin que l'infection de la terre ne trouve plus rien en nous , qu'elle puisse perdre et désoler (1).

Vous devez imiter ce grand roi, et recourir à votre médecin dans tous vos besoins. Votre misère vous y oblige , et sa miséricorde vous y convie. Votre misère vous y oblige, parce que, comme dit saint Augustin , le libre arbitre tout seul suffit à l'homme pour se porter au péché; mais , pour retournera la justice, il a besoin d'un médecin , parce qu'il est malade ; et d'un médecin qui lui rende la vie, parce qu'il est mort (2;.

deribus , priusquàm ad virtutes veniat , vitiorum fit antè captiva. S, Chrys, serm. 45.

(1) Anima meaturbata est valdè : sed tu, Domine , usquequô? Ubi est Christus tuus loties nuntiatus per Iegem , per nos , per prophetas multifariè repromissus? Veniat, veniat, priusquàm pereunte seculo in seculo nihil inveniat quod resalvet. Veniat, veniat, ut carcem reparet. Innovet animam , ipsam naturam in cœlestem commutet substantiam. Veniat, ut peccatum tollat, mortem deleal , destruat infernum , vitam reddat , donet cœlum , ne ampliùs terrena labes possit in nobis invenire quod perdat.

(2) Nemo dicit sic hominem factum, ut de justiliâ quidem posset in peccatum ire, et depeccato adjustitiam redire non posset : sed ut in peccatum iret,sufficiteiliberum arbitriumquo se ipso vitiavit: ut aulem rediret ad juslitiam , opus habet medico , quia sanus non est; opus habet vivificatore , quiamortuus est.

Sa miséricorde vous y convie , parce que comme il n'y a rien en vous qui ne soit faible ou malade , aussi il n'y a rien en lui qui ne soit médicinal , et qui n'ait une vertu particulière pour vous guérir. Le baume est une plante si salutaire , qu'il n'y a rien qui ne serve à la santé du corps humain, jusqu'à l'écorce et aux plus petites racines, et la sainte humanité de Jésus n'a rien qui ne soit utile au salut des âmes. Sa main , sa voix , sa vie , sa mort , son ombre même , sont des principes de vie , et des remèdes souverains pour toutes les maladies de Pesprit. Considérez les sept péchés capitaux , qui sont comme les sources générales de tous les vices, vous en trouverez l'antidote dans les paroles qu'il a proférées sur la croix. 11 a guéri le vice de la colère en priant pour ses ennemis ; celui de l'envie , en donnant le paradis à un voleur ; celui de la luxure, en nous donnant sa mère , qui est la reine des vierges; celui de l'orgueil, en s'humiliant devant son Père, et portant avec une soumission profonde la désolation de ses sens et l'anéantissement de sa gloire ; celui de l'intempérance, en souffrant le tourment de la soit; celui de l'avarice, en disant: Tout est consommé ; je n'ai rien mis en réserve , que je n'aie donné libéralement pour la rédemption du monde ; et enfin celui de la paresse, en faisant un effort extraordinaire, et jetant un cri miraculeux, avant que d'expirer, après avoir remis son âme entre les mains de son Père. Considérez les plaies que le péché a faites dans toutes les puissances de l'âme. Ce n'est point par hasard que le Sauveur du monde a été blessé de cinq plaies avec la lance et les clous ; mais parce que nous avions reçu cinq plaies mortelles dans les cinq sens, il nous a rétablis par cinq blessures dans une santé inaltérable (1). Enfin considérez toutes les infirmités du corps

(1) Profectô noncasu quinquc sunt vulnera Salvatoris , lanceae icilicet, et clavorurn : scd quia nos fueramus quinque sensuuni vulnciibussauciati , pcr bas quinquc plagas saluti sumus perpétuée rcstituti. Petrus Damian.

et de l'esprit : après vous avoir laissé dans le Saint- Sacrement son corps et son sang, son âme et sa divinité, quelle maladie, pour violente et mortelle qu'elle soit, ne peut être guérie par un si puissant remède ? De quelle mort ne me peut sauver la mort de Jésus- Christ? dit saint Bernard. Si donc je me souviens d'un médicament si puissant , il n'y a point de maladie dont la malignité me puisse épouvanter (1). Saint Augustin nous exhorte tous à la même confiance en la bonté de ce médecin tout-puissant (2). Ne perdez point, dit-il, l'espérance de guérir. Regardez celui que vous priez , et non pas celui pour qui vous priez. Vous considérez la violence du mal ; mais vous ne considérez pas la puissance du médecin. Il est écrit de lui, dit saint Ambroise : Il a envoyé son Verbe , et les a guéris ; il les a tirés de leurs langueurs mortelles. Ce n'est point là un médecin de la terre , qui guérit de toutes les maladies , et rend la santé à des peuples entiers (3) . Vous n'avez qu'à lui dire : Seigneur, celui que vous aimez est malade. Celui qui espère au Seigneur sera guéri , dit Salomon (4). Il est amateur des âmes ; et vous aimant comme il fait, il n'a garde de vous abandonner. Il vous présente lui-même la coupe. Vous ne pouvez guérir, vous dit-il, si vous ne la prenez. Buvez dans celte coupe des tentations, des afflictions et des misères de cette vie. Et de peur que vous ne lui répondiez : Je ne puis, j'en ai trop d'horreur, je ne veux point

(1) Quid tam ad mortem , quod non Christi morte solvetur ? Si ergo in menUm venerit tam potens atque eiïieax medkamentum , nullâjam possum morbi malignitale terreri. S. Ber. ser. 61. in Cant.

(2) Noli desperare : quem roges attende, non proquoroges: magnitudinem morbi vides, potentiam medici non vides. S. Aug. in Psal. 55.

(3) Non est medicus de terris qui omnes curât infirmilates, et populos integros sanat. S. Amb. in Ps. 118. ser. 3. adiliud; Révéla oculos meos.

C4) Qui sperat in Domino , sanabitur.

boire , il y boit tout le premier (1). Car qu'y a- Ml dans cette coupe de si amer , qu'il n'ait bu le premier ? S'il s'agit des injures , on lui reprochait qu'il était possédé du démon, lorsqu'il chassait les démons. Si les douleurs sont sensibles, il a été lié, fouetté et crucifié. Si la mort est pleine d'amertume , il a bien voulu souffrir la mort. Si la faiblesse humaine a en horreur certain genre de mort , il n'y en avait point de plus ignominieux, en ce temps-là, que la mort de la croix (2). Que si cela est véritable , d'où vient qu'ayant un si puissant, si sage et si charitable médecin, il y a tant de malades qui meurent auprès des remèdes, et si peu qui recouvrent une parfaite santé ? Le prophète Jérémie en est dans l'étonnement, et ne peut assez déplorer ce malheur. Je suis pénétré de douleur et accablé de tristesse , à cause de la désolation de mon peuple. J'en suis si surpris, que je ne sais où j'ensuis? Eh ! n'y a-l-il point de médecin ni de médecine dans Galaad ? d'où vient donc que la plaie de mon peuple demeure toujours ouverte (3) ? Certes il faut confesser

(1) Dédit nobis praecepta medicus sanis : dédit praecepta medicus, ne medico indigeremus. Sani praecepta contempsimus, et expérimenta sentimus in quantam perniciem nostram praeceptum illud contempserimus. ^Egrotare jam cœpimus, laboramus , in lecto infirmitatis sumus ; sed non desperemus. Non contempsit saucium contemptus à sano. Non destilit dare alia praecepta languenti, qui prima custodire noluit, tanquam diceret : Certè expérimenta seosisli verum me dixisse , quando dixi : Noli hoc tangere. Sanare ergô tandem , et revivisce , etc. 5. Jug. serin. 18. de verbis Dom.

(2) Quid enim amarum in tali poculo quod ipse non biberit ? Si contumelia : prior audivit,cùmdaemones expe.lleret : Daemonium habes. Si dolores amari sunt, ligatus , et flagellalus , et crucifixus est. Si mors amara est, etiam mortuus est. Si genus morlis exhorrescil infirmitas, nihil illo tempore ignominiosius fuit, quàm mor> crucis.

(3) Super contritione populi filiae populi mei conlrilus sum et contnslatus:stupor obtinuit me. Numquid résina non est in Ga-

que c'est la faute des malades , et non pas du médecin. 11 les aime tous , quelque misérables qu'ils soient ; et ils n'ont pour lui que de la froideur et du mépris. 11 désire passionnément leur salut ; et ils ont peur de guérir, comme ces pauvres estropiés, boiteux, fainéants, accoutumés à la mendicité, qui s'enfuyaient du lieu par où l'on portait le corps de saint Martin t de peur qu'il ne leur rendit la santé. Il les visite avec des soins et des bontés incroyables (1) , et ils le rebutent indignement, sans se soucier de ses caresses si obligeantes. Il s'accommode à leur faiblesse , et condescend à leurs inclinations : eux, au contraire, choquent ses plus justes volontés, et murmurent contre les ordres qu'il leur donne. Il leur prépare des remèdes également précieux et salutaires , et ils dédaignent de s'en servir par un aveuglement extrême. Il s'offre à les guérir gratuitement ; et , bien loin d'en tirer du profit, il leur promet une éternelle récompense, s'ils veulent suivre le régime qu'il leur ordonne ; et, par une étrange ingratitude, ils se plaignent de son importu- Bile, comme si c'était leur faire tort que de leur redonner la vie. Ce n'est donc point le médecin qui manque à ces malades: c'est la confiance, c'est l'amour et le respect qu'ils lui doivent, c'est le désir de guérir, c'est le sentiment de leur mal; en un mot, c'est la foi , comme dit saint Chrysologue (2). Ah! s'ils avaient une étincelle de foi, ils ne mépriseraient pas ainsi leur médecin , ils ne feraient pas si peu d'état de ses remèdes.

Mon Fils, honorez ce médecin céleste, quand ce ne serait que pour l'extrême besoin que vous en avez. Car le Très Haut vous l'a envoyé du ciel pour vous rendre la vie (3). Vous êtes dangereusement malade; vous le

laad, aut raedicus non est ibi ? Quare ergo non est ôbducta cicatrix filise populi mei.

(1 ) Ego veniam , et curabo eum.

(2) Non Christus infirmantibus , sed fides deest. S. Chrysolog.

(3) Fili,honora medicum, propler Becessilalera : etenim illum

savez. La maladie qui vous consume et vous conduit à la mort, c'est votre orgueil, qui est une fièvre contagieuse et pestilente ; c'est votre colère , qui est une fièvre aiguë ; c'est votre paresse et votre lâcheté, qui est une fièvre étique ; c'est votre impureté , qui est une fièvre putride ; c'est votre avarice , qui est une fièvre continue. Vous ne pouvez espérer votre guérison que de Dieu et de Jésus-Christ, son Fils unique. Il est la résurrection et la vie. Le croyez-vous ? si vous le croyez, ne méprisez pas le secours qu'il vous présente. Il a pris un corps de la terre , c'est-à-dire , du sein de la bienheureuse Vierge : selon la pensée de saint Thomas : il en a composé un médicament merveilleux pour toutes sortes de plaies et de maladies. Si vous êtes sage, vous ne le rejetterez pas (1). Le bois de la croix n'a-t-il pas adouci toute l'amertume de la pénitence (2)? Laissez-vous gouverner par ce sage médecin , abandonnez-vous à ses soins , obéissez à ses ordres : il est puissant, il est savant, il est charitable; il a des bontés et des tendresses merveilleuses pour vous. Son amour lui fera trouver des remèdes qui adouciront vos douleurs, et vous rendront avec la santé de votre âme ui2 repos imperturbable (3).

creavit Altissimus. A Deo est enim omnis medela. Eccli. 38 1. et sequent,

(1) Altissimus creavit de terra raedicamenta : et vir prudens non ahhorrebit illa.

(2) Nonne à ligno indulcata est aqua amara ?

(3) In his curans mitigabit dolorem, et ungiienlarius faciot pigmenta suavitatis, et unctionesconficiet sanilatis, et non cousummabuntur opéra ejus. Fax enim Dci super faciem terrae.

Noubt. CEur. À) 9

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