‹ L'homme d'oraisonChapitre 33 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Cette triple liberté, poursuit saint Bernard, achève en nous la parfaite ressemblance de la Divinité , dans laquelle et pour laquelle nous avons été créés. J'estime , dit-il , que l'image et la ressemblance du créateur, à laquelle nous avons été créés, sont contenues dans ces trois libertés , et que le libre arbitre en porte rimage , et les deux autres sont comme les deux traits de sa ressemblance (2). La liberté du franc arbitre représente l'être éternel et immuable de Dieu; et peutêtre que c'est par cette raison qu'il ne souffre point de défaillance ni de diminution, parce qu'il parait en lui une certaine image substantielle de la Divinité éternelle et immuable, qui lui a été imprimée; car encore qu'il ait eu un commencement , il n'a point néanmoins d'accident, il ne lire aucun accroissement, soit de la justice ou de la gloire; et il ne peut recevoir dédommage, ni du péché, ni de la misère. Qu'y a-t-il de plus semblable à l'éternité qui ne soit pas l'éternité même ? Pour les deux autres libertés, parce que

(1) Primo , nempè in libérant voluntatera ac voluntariam Iibertatem conditi sumus, nobilis Deo creatura. Secundo, reformamur in innocentiam , nova in Christo creatura. Terliô , sublimamur in gloriam , perfecta in spiritu creatura. Prima ergô libertas babetmultùm honoris; secunda ,plurimùmetiam virtutis; novissima , cumulum jucundilatis.

(2) Putoautem in bis tribus libertatibus ipsam adquam conditi sumus conditoris imagincm atque similitudinem contineri , et imaginem quidem in libertate arbilrii , in reliquis autem duabus biperlitara quamdam consignai! similitudinem.

non-seulement on les peut diminuer, mais encore perdre absolument , on y reconnaît plutôt une certaine ressemblance accidentelle de la sagesse et de la puissance de Dieu ajoutée à son image ; car enfin nous les avons perdues par le péché , et nous les recouvrons par la grâce ; et tous les jours encore nous y faisons du progrès, ou nous y souffrons du déchet, les uns plus, les autres moins. On peut même les perdre tellement qu'on ne les pourra plus recouvrer ; et on peut aussi les posséder si parfaitement, qu'on n'en pourra plus souffrir la perte ni le déchet. L'enfer est le lieu où on les perd sans les pouvoir recouvrer; le ciel est le lieu où on les possède sans pouvoir les perdre. Car, dans l'état où sommes , de toute la race d'Adam , il n'y a que PHomme-Dieu qui n'ait point besoin de libérateur , et qui ait le pouvoir de délivrer tous les autres. Car, entre les enfants d'Adam, il n'y a que celui qui n'a point commis de péché, et dans la bouche duquel on n'a point trouvé de tromperie , qui se puisse attribuer la liberté qui exempte du péché. Quant à la liberté qui exempte de la misère , qui est la peine du péché , il l'a eue aussi bien que l'autre, mais en puissance, non pas en effet; car personne ne pouvait disposer de sa vie , s'il ne l'eût exposée lui-même (1). Aussi le Prophète dit qu'il a été immolé parce qu'il l'a voulu , comme il est né d'une femme quand il lui a plu , et s'est soumis à la loi pour racheter tous ceux qui étaient sous la loi. Il a donc aussi été sous la loi de la misère, mais il y a été parce qu'il l'a voulu , afin qu'étant libre entre des misérables et des pécheurs, il déchargeât ses frères de ce double joug; donc il a possédé cette triple liberté :1a première, par les principes de sa nature hu-

(l)Solusnamque inter tilios Adam libertatem sibi vindicat à peccato, qui peccatum non fecit , necinventus est dolus in ore ejus. Porrô et à miserià quae est pœna peccati , habuit nihilominùs libertatem, sed potentiâ , non actu. Nemo quippè tollebat animam ejus ab eo , sed ipse ponebat eam.

maineetde aa nature divine ; les deux autre», parla toute-puissance divine (1).

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