‹ L'homme d'oraisonChapitre 42 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Ce pouvoir que saint Augustin attribue à notre libre arbitre sur la concupiscence , est un bénéfice du Rédempteur, qui a réparé avec avantage les forces que nous avions perdues par le péché ; non en nous rendant la justice originelle, qui empêchait les passions et les désirs déréglés de la concupiscence de se soulever contre la raison , mais en nous donnant des grâces plus puissantes, pour résister , si nous voulons, à leur révolte. Je dis, si nous voulons; parce qu'il nous laisse la liberté d'user de ce secours et de n'en user pas, avec une parfaite indifférence. Car, comme la concupiscence ne détermine pas la volonté au mal , de même la grâce ne la détermine pas au bien, On ne détruit pas le libre arbitre, parce qu'on l'aide; mais plutôt on l'aide , parce qu'on ne le veut pas détruire (2). 11 est vrai que Dieu règne sur la volonté par le moyen de la grâce ; mais il ne lui ôte pas le domaine qu'elle a sur ses passions : au contraire , il le fortifie. Sans lui elle ne pourrait exercer son empire : elle conduit lorsqu'elle est conduite (3). Elle assujétit

(1) Qusecumque is*a causa est voluntatis , si ei non potest resisti , sine peccato ei ceditur. Si autern resisti potest, non ei cedatur, et non peccabitur. An forte fallit incautum ? igitur cavea». ne fallatur. An tanta fallacia est , ut caveri non possil ? Si ità est, nulla peccala sunt. Quis enim peccat in eo quod caveri non potest ? S. Aug. h 3. de lib. arb. c. 18.

(2) IS'eque enim voluntatis arbitrium ideo tollitur , quia juvatur; sed ideo juvatur, quia non tollitur. S. Aug. ep. 89.

(3) Régit cùm regitur. S. Aug. serin. 6. de verb. Apost. c. 3.

)a concupiscence lorsqu'elle est sujette elle-même à la grâce. Mais il ne faut pas craindre qu'en s'y assujélissant, elle ne puisse plus disposer de ses actions avec une pleine indifférence. » Que l'homme, dit saint Prosper , ne se persuade point qu'il-n'a plus de libre » arbitre , parce que l'esprit de Dieu le pousse et le » conduit ; vu même qu'il ne l'a pas perdu quand » il s'est donné volontairement au démon , qui a dépravé le jugement de sa volonté , mais qui ne le lui » a pas ôté. Si donc il n'a pas été éteint par celui qui » l'a blessé , à plus forte raison ne l'est- il point par » celui qui l'a guéri (1). » Regardons-le donc comme notre libérateur, et non pas comme destructeur de notre liberté. Car Dieu a jugé que ses serviteurs seraient meilleurs s'ils le servaient librement : ce qui serait impossible , s'ils le servaient par nécessité , et non par leur franche volonté (2). Chacun peut, selon sa volonté, ou choisir le bien, et être un bon arbre, ou choisir le mal, et être un mauvais arbre (3). D'où lui vient ce pouvoir? de la grâce de son libérateur, qui l'aide et fortifie son libre arbitre, mais qui ne le détermine pas. Car si elle le déterminait , il ne lui serait pas libre de choisir ; et si elle ne l'aidait, il ne lui serait pas libre de choisir le bien. L'œil n'a pas besoin de secours pour demeurer en ténèbres et ne voir rien , mais pour voir, il a besoin de la lumière du

(1) Nec quia spiritu Dei agitur homo , idcô se putet liberum arbilrium non habere , quod ne tune quidem perdidit, quando diabolo voluniatc se dédit, à quojudicium voluntatis depravalum est , non ablatum. Quod ergô non interfectum est per vulneranlem , non lollitur per medentem. S. Prosper , l.\. de vocal. Gent. c. 8.

(2) Taies enim servos suos meliores esse judicavit Deus , si ei servirent liberaliler : quod nullo modo tteripossel, si non voluo> talc , sed necessitale servirent. S. Aug. L de verâ Relig. c. 14.

(3) Habet uuusquisque in voluntate aul eligerc quœ bontsuot, clcssearbor bona : aut eligere qutB mala sont, et esscarbormala. A Auq* HO. <ie Actif cum Felice Manich. c. 4.

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soleil : sa propre lumière ne lui suffît pas. O soleil de justice ! éclairez-moi. Je suis pauvre , et j'ai besoin de votre grâce, sans laquelle je ne puis faire aucun bien. Aidez-moi donc , mon Sauveur. Car vous êtes mon secours et mon libérateur. Hâlez-vous de m'aider ; ne tardez plus (1).

(t) Adjutor meus, etliberator meus es tu, Domine; nejnwc* fis. Psaim. 69.

POUR LE VIII. JOUR DE l'oCTAVE DES ROISw XV. ATTRAIT D'AMOUR.

Jésus souverainement aimable , sous la qualité de libérateur du genre humain.

Que Jésus-Christ a délivré le libre arbitre de Vhomme en lui rendant le pouvoir de résister aux tentations du diable.

Scrvv.m Domini non oporlel liligare , sed mansuetum esse ad omnes y docibilem , patientent , cum modestid corripientem eos qui resistunt vcritati , nequando Deus det illis pœnitentiam ad cognosccndam veritatem , et resipiscant à diaboli laqueis , à quo captivi tenentur ad ipsius voluntatem.

Le serviteur du Seigneur ne doit point contester ; mais il doit être doux envers tous , prêt à les instruire , patient , modeste , en reprenant ceui qui résistent à la vérité. Car qui sait si Dieu ne leur donnera point un jour l'esprit de pénitence, pour la leur faire connaître , et si, revenant à eux-mêmes, ils ne sortiront point des pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qu'il veut. 2. Tim. 2. vers . ult.

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