‹ L'homme d'oraisonChapitre 52 sur 217 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Cette peine n'est autre que la difficulté que le pécheur sent à s'abstenir du péché , après qu'il s'y est engagé. Ce n'était au commencement qu'un amour de son libre arbitre, qui le portait à désobéir; il pouvait pour lors s'en abstenir sans peine; mais quand il s'y est habitué, il ne s'en peut plus retirer avec la môme facilité. Car à mesure qu'il multiplie le nombre de ses crimes, Dieu lui soustrait ses grâces plus abondantes ,

(1) Sicut enim in iis quos elegit Deus , non opéra, sed fides inchoat meritum , ut per munus Dei benè operentur : sic et in iis quos damnât , infidelilas et impietas inchoat pœnae meritum , ut per ipsam pœnam etiam naalè operentur. S. Aug. I. de nat.et grat. c. 67.

(2) Cujus enim miseretur facit eum bonum operari, et quem obdurat, relinquit eum, ut mala opcrotur. Scd et illa misericordia praecedenti mcrilo fidei tribuitur, et isla obduralio prœeedcnti impietali , ut et bona per donum Dei operemur , et mala per supplicium : cîim autcm hoinini non auferatur liberum arbitrium , sivc ad crcdcndum Deo , ut conscqn itur nos miscricoidia, live ad impiclalem , ut conscqualur nos supplicium. lbid.

et cependant sa volonté s'attache toujours de plus en plus au mal par l'habitude, qui se fortifie par les actes et prend un tel empire sur lui, qu'il lui est comme impossible de la vaincre. Il le pourrait absolument , s'il voulait se faire violence , car Dieu ne lui refuse pas au besoin le secours de la grâce suffisante; mais il est si difficile qu'il use de cette force contre lui-même, que cela passe pour une chose moralement impossible. Il n'appartient qu'à celui qui rompt les portes d'airain , et qui brise les barres de fer , de faire cette miséricorde au pécheur endurci, et de lui donner le courage de vaincre, a Les mauvaises habitudes, dit Aroobe, sont » des portes d'airain, qui nous resserrent tellement, » que peu s'en faut qu'elles n'enferment notre libre ar- » bitre. Car il arrive qu'après nous être accoutumés » à jurer, nous voulons nous délivrer de ce vice ; mais » nous trouvons que la mauvaise habitude est comme » une porte fermée, qui nous empêche de sortir (1). » Que faut-il faire alors? recourir à Jésus-Christ, qui rompra ces portes d'airain (2). Il faut lui dire avec David : Relirez-moi de mes nécessités (3). Car en faisant cette prière , nous combattons le tentateur qui se sert de cette nécessité pour nous abattre : mais la grâce de Jésus-Christ venant à notre secours, ôtera cette nécessité pernicieuse, et nous rendra une pleine liberté (4).

(1) Portœ œreae sunt consueludines vitiosae , quœ hic claudunt nos , ut propemodùm etiam arbitrium nostrse voluntatis includant. Nam qui consuevimus jurare, jurare jam nolumus; sed quasi porta clausa hujusconsuetudiuis volentem egredi non sinit. Arnob.in Psal. 106.

(2) Atubiolamaverimus adChristum, confringel portas œreas. S. Aug. I. de nat. et grat. c. 66.

(3) De nécessita tibus meis erue me. Ps. 24. 17.

(4) Quia et in hujusmodi oratione certamen est adversùs tentatorem de ipsâ coocrà nos necessitate certantem. Ac per hoc opilulaule gratiâ per Jesum Christum Djminuin nostrura, et mai a nécessitas removebitur, et libertaspltna tribuelur.

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