V. CONSIDÉRATION
Afin donc d'agir comme il faut , pour faire des actions dignes du ciel , il faut qu'elles soient bonnes , qu'elles soient faites par l'inspiration du Saint-Esprit, et que celui qui les fait soit dans la charité , c'est-àdire , en état de grâce ; mais afin d'agir comme il faut, pour faire des actions de la manière la plus parfaite , il faut outre cela qu'elles soient faites par le motif de îa plus pure charité , qui est la seule vertu par excellence qui nous fait obéir à Dieu avec sincérité et avec plaisir (2). Ce n'est pas que les autres vertus ne s'acquittent bien de leurs devoirs , et n'agissent comme il faut de la manière que nous avons dit ; mais la charité îe fait par un motif plus pur, plus dégagé et plus élevé incomparablement que les autres. De là vient que saint Augustin dit que pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû, il le faut aimer par-dessus toutes choses, parce
(i) Tune bonum incipit concupisci , quandô dulcescere cœperit. Quandô autem timoré pœnae, non amorejustitiaefit bonum, nondùm benè fit bonum : nec fit in corde , quod fieri videtur in opère : quandô mallet homo non facere , si posset impunè. Lib. 2. ad Bonif.c. 9.
(2) Qua unà Deo veraciter et suaviter obeditur. S. Aug. lib. de dono persever. c. 16.
qu'il est plus grand et meilleur que toutes choses (1)» Et dans un autre endroit il assure qu'il ne faut rien aimer que ce qui est éternel et qui donne à l'esprit l'éternité bienheureuse. Et qui est-ce, ajoute-t-il, qui donne l'éternité, sinon Dieu? il veut dire qu'il ne faut rien aimer que Dieu , de l'amour qui est dû au souverain bien, qui seul nous peut rendre éternellement bienheureux, et nous tenir lieu d'une éternelle récompense (2). Dieu., que vous aimez sans intérêt , sera votre souveraine récompense, et vous le devez tellement aimer que vous ne laissiez pas de le désirer pour votre récompense , lui qui seul peut remplir tous vos désirs; c'est ainsi que saint Philippe le désirait lorsqu'il disait : Montrez-nous votre Père } cela nous suffit (3).
(1) Hocenim colitur , quod diligitur, undè quiaDeus rébus omnibus major et melior invenitur, plus omnibus diligendus est, utcolatur. S. Aug. in Psalm. 77.
(2) Quid verô œternum est, et quod aeternitate animum afficiat , nisi Deus? S. Aug. lib. 83. quœst. q. 35.
(3) Merces tua summa ipse Deus ent, quem gratis diligis, elsic amare dcbes, ut ipsum pro mercede desiderare non desinasqn1 solus le satiet , sicut Philippus desiderabat cùm diceret : Oslend? nobis Patrem, elsufflcit nobis, Idemt in Psalm. 134.