‹ L'homme d'oraisonChapitre 7 sur 217 · II. CONSIDÉRA.TION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRA.TION

Le second avantage des fidèles par-dessus les infidèles , est que leur foi est un moyen spécial , par lequel , S'ils sont en péché , ils peuvent obtenir le pardon de leurs offenses, et la grâce de faire pénitence. C'est l'assurance que saint Augustin donne en plusieurs endroits de ses ouvrages à chacun des fidèles, sans aucune exception. « Si quelqu'un dit que la foi mérite la » grâce de faire le bien, je ne le puis nier, au con- » traire je le confesse très-volontiers : car mon senti- » ment est qu'ils ont la foi, par laquelle ils peuvent im- * pétrer la charité , laquelle est seule qui fait le véri- » table bien (1). Il est très-difficile, dit-il en un au- » tre lieu, de se défaire d'une mauvaise habitude; et » toutefois chacun pourra surmonter cette coutume » même envieillie, et il la surmontera en effet s'il ne » s'abandonne point, et s'il a le courage de combattre » dans la milice chrétienne sous la conduite et avec le » secours de ce chef, qui est Jésus-Christ (2). » Ne craignez donc point, ô pécheur, si vous voulez vous servir de l'avantage de la foi et de la prière : ne dites point que vos infidélités sont trop grandes et trop fréquentes, que Dieu vous a quitté avec justice, et que vous vous êtes rendu indigne de sa grâce. Quoi que vous ayez fait, quelque péché que vous ayez commis , » vous êtes encore en vie , et si Dieu ne désirait vous *> guérir, il vous en retirerait (1). Demeurez dans le

(1) Si quis dixerit quôd gratiam benè operandi fides mereatur, negarenon possumus, imô verôgratissimèconfitemur. Hancenira fidem volumus habeant , quà impetrent charitatem, quae sola verè benè operatur. S. Aug. ep. 106.

(2) Hanc vincere difficillimum est : et tamen etiam ipsam consuetudinem , si se quisque non deserat , et christianam militiam non reformidet, illoduce atque adjutore superabit. S. Aug. i. I. serm. Dom. in monte, c. 12.

(3) Quidquid feceris, quœcumque peccaveris, adhuc in vilàes,

» vaisseau de l'Église, et recourez à la prière. Car » quand les Nautonniers ne savent plus que faire , il ne » leur reste que l'intention de prier, et d'adresser leurs » vœux et leur voix à Dieu (1). »

Le troisième avantage des fidèles sur les infidèles , est que leur foi, s'ils sont en grâce, est un moyen spécial pour s'y établir, et pour obtenir ce qui leur est nécessaire pour se sauver. Car c'est une des plus considérables maximes de la grâce dans la doctrine de saint Augustin : « que Dieu nous donne la foi avant » qu'on la demande ; afin de lui accorder par après les »> autres choses, lorsqu'elle les demande (2). C'est » la foi de Jésus-Christ recommandée par l'Apôtre, qui » opère par dilection , et qui demande ce qu'elle n'a > pas encore dans la dilection, afin de le recevoir; » c'est elle qui cherche , afin de trouver, et qui frappe, » afin qu'on lui ouvre : car la foi impètre ce que la » loi commande, dit ce Père (3). » La grâce même de la persévérance, si nous l'en croyons, est un fruit de la foi qui la demande , et Dieu ne l'accorde ordinairement qu'à la prière des fidèles. C'est pourquoi exhortant chacun des fidèles à combattre avec courage , il se sert de ces paroles fort remarquables : « Jé- » sus-Christ a voulu combattre lui-même , afin de

undè te Deusomninô, si sanare noIIet,auferret. Idem, homil. 50. ex Qu.inqu.ag. c. 5.

(1) Tenetein navi , et ora Deum. Deficienlibus enim consiliis sola restât nautis intentio deprecandi, et ad Deum voces fundendi. Idem, serm. 22. de divers, c. 3.

(2) Fides non petila conceditur, utei petenti alia concedantur. Llb. de grat. et libero arb. c. 14.

(3) Fides namque impelrat quod lex imperat. In. Ench. c.

Oi) Fidel, de domo Persever. c. 6 et 16.

» vous apprendre la manière de vaincre : mais si vous » avez peu de force, invoquez ce même Sauveur , api- » pelez ce protecteur à votre aide ; et quand il verra » que vous le réclamez avec foi et confiance , lui qui » a été crucifié pour vous , il vous préparera la victoire ici-bas , et la couronne de la victoire dans le » ciel (1). » On ne peut rien dire de plus consolant , ni de plus avantageux pour animer un chrétien et relever son courage. Mais je ne puis omettre ce qu'il dit sur le Psaume 39: « Si Jésus-Christ vit en vous , et » si tout ce que vous avez de bon est à Jésus-Christ , » tout ce que vous aurez encore à l'avenir, lui appar- » tient. Qu'êtes-vous donc de vous-même ? Je ne suis » qu'un pauvre gueux (2). Et que ferez-vous, ô pau- » vre abandonné? Mendiez à la porte de Dieu : frappez, » on vous ouvrira ; rejetez tous vos soins sur le Sei- » gneur , et espérez en lui , il fera tout ce qu'il faut. » Ne craignez pas que celui qui vous a créé vous dé- » laisse (3). Comment celui qui a pris soin de vous » avant que vous fussiez, n'aura -t-il plus soin de vous » maintenant que vous êtes ce qu'il a voulu que vous » fussiez ? car vous êtes maintenant fidèle , vous mar- » chez à présent dans le chemin de la justice : et celui » qui fait lever son soleil sur les bons et sur les mau- » vais, et qui fait tomber la pluie sur les justes et sur » les injustes, n'aura point soin de vous Pet maintenant » que vous êtes juste , que vous vivez de la foi , il vous

(1) Ad hoc ille Christus pugaare voluit , ut te doceret quomodà vinceres : sed si vires tuœ parvae sunt , ipsum invoca Sal valorem , ipsum invoca adjutorera; cùm teperspexerit fideliter invocanlem, qui pro te pependit in ligno, et hic victoriam et coronam victoriae praeparabit in cœlo. Z. 4. de symb. ad. Catech. c. 5. •

(2) Si vivit in te Christus , et toluoi quod boni habes , Christs est , et tôt uni quod habebis, Christi est : tu per te ipsum quid es ? Egoegenus et pauper. S. Aug. in Ps. 39.

(3) Et quid facturus es , ô egene et pauper? Mendica ante januam Dei , puisa ,et aperietur tibi. Jacta in Dominum curam luam et ipera in eum , et ipse Taciet. Ibid.

» négligera, il vous délaissera , il vous renverra ? Non , » non. Pendant que vous êtes ici-bas , il vous main- » tient , il vous aide , il vous fournit ce qui est néces- » saire, et retranche ce qui est nuisible. En donnant, » il vous console, afin que vous persévériez; et en » ôtant, il vous châtie, de peur que vous ne vous per- » diez. Le Seigneur a soin de vous: soyez en assurance: • celui qui vous a fait, vous protège. Gardez-vous seu- » lement de tomber de la main de votre créateur ; car » si vous tombez , vous vous briserez : mais ce qui vous » y fera demeurer, c'est la bonne volonté (1). »

« Soit donc que quelqu'un d'entre les fidèles soit » pécheur , loué soit celui qui l'appelle à la pénitence » et au pardon de ses crimes : soit qu'il marche dans » les voies de la justice , loué soit celui qui l'appelle à » la couronne. Que tous ceux qui aiment l'auteur de » leur salut, le glorifient à jamais (2).» Voilà le fruit que chacun des fidèles doit tirer de cet entretien. Qu'il glorifie son Sauveur en se confiant dans sa bonté, et s'appuyantsurle secours de sa grâce, qui ne lui manquera point au besoin : qu'il le glorifie aussi en craignant de lui déplaire, et de violer ses commandements. Car celui qui sait la volonté de son maître , et ne la fait pas, sera plus sévèrement puni; et celui qui aura plus reçu , en doit rendre un compte plus rigoureux.

(1) Qui habuil tuî curam antequàm esses, quomodo non habebit curam, cùm jam hoc es, qaod voluitut esses? Jam enim fidélises, jam amhulas in via justitiae. Curam tuî non habebil , qui facilsolem suum oriri super bonos et rnalos, et pluit super, justos et injustos? te jam justuni ex fide viventem negliget, deserel, dimillet ? Imô verô et hic fovet , et hic adjuvat , et hic necessaria subministrat,etnoxia resecat. Dandoconsolatur ut permaneas, auferendo corripit ne pereas. Dominus habet curam lui , securus esto : il le prolegit qui te facit. Ab arlificis manu noli ca 1ère : si cecideri» jam à manu artificis frangeris. Ut autem permaneas in manus arlificis, boua voluntas facit. Ibid. S.Aug. in fj.39.

(2) Sive ergôquispeccator sit, laudeturqui ad indulgentiam vocat, sive quis jam amhulel in via justitiae ,laudetur qui ad coro* nam vocal. Semper magnificelur Dominus ab bis oui diliir"nt«»« hilare ejui. Idem in Pt. 39-

fOUR LE III. JOUR DE JANVIER, III. ATTRAIT D'AMOUR.

Jésus souverainement aimable , comme Sauveur du genre humain.

Que Jésus-Christ n'est pas seulement le Sauveur de tous les fidèles, mais encore de tous les infidèles.

Flri , quid hœc facitis Pet nos mortales sumus similes vobis homines , annuntiant.es vobis , ab his vanis converti ad Deumvivum , qui in prœteritis generationibus dimisit omnes gentes ingredi vias suas. Et quidem non sine testimonio semetipsum reliquit , benefaciens de cœlo , dans pluvias ettemporafructifera , implens et lœtitiâ corda nostra.

Que voulez-vous faire vous autres, disait saint Paul à ceux de Lystre, qui le voulaient adorer comme un Dieu? Nous ne sommes que des hommes mortels , semblables à vous , et nous vous annonçons que vous vous convertissiez de vos vaines superstitions au Dieu vivant , qui dans les siècles passés a laissé marcher toutes les nations dans leurs voies. Et néanmoins il n'a point cessé de rendre toujours témoignage de soi , en faisant du bien aux hommes , en dispensant les pluies du ciel , et les saisons favorables pour les fruits; en nous donnant la nourriture en abondance, et remplissant nos cœurs de joie. Act. 14. 15.

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