I. CONSIDÉRATION
Il n'y a point d'infidèle , et il n'y en aura jamais, qui n'ait des grâces suffisantes pour croire qu'il y a un Dieu qui récompense les bonnes œuvres et punit les
mauvaises , et pour obtenir par la prière les choses nécessaires à son salut.
L'auteur de la sagesse ne peut assez admirer cette bonté infinie qui ne manque à personne, non pas même à ceux qui abusent de ses bienfaits : O Seigneur, que la bonté et la douceur de votre esprit est grande envers tous et en toutes choses ! C'est pourquoi vous châtiez peu à peu et par parties ceux qui s'égarent , et vous lesavertissez des péchés qu'ils commettent, et vous les instruisez ; afin qu'en renonçant à leur malice ils croient en tous, ô Seigneur (1)! paroles dignes d'une grande attention et d'une réflexion sérieuse. Car, premièrement, de qui parle le sage ? de ces anciens habitants de la Terre-Sainte que Dieu avait en horreur, et qu'il extermina par les mains des Israélites, comme des idolâtres et des impies, qui faisaient des œuvres détestables par des enchantements et des sacrifices abominables; qui mangeaient les entrailles des hommes; qui tuaient sans compassion leurs propres enfants, et qui étaient tout ensemble les pères et les parricides des âmes cruellement abandonnées (2). Et néanmoins écoutez comme il les traite , et voyez la douceur de sa conduite. 11 les avertit de leurs fautes, il les leur reproche par des remords intérieurs (3) , il les châtie peu à peu , il ne les perd pas tout d'un coup , il les épargne comme étant hommes (4). Pourquoi cette indulgence et ce délai? pour leur donner loisir de rentrer en eux-mêmes et de faire pénitence , et pour leur faire connaître
(1) Oquàm bonus et suavis est, Domine, spiritus tuus in omnibus ! Meoque eos qui exerrant partibtis corripis , et de quibus peccant admones , et alloqueris , ut reliclâ malitiâ credant in te , Domine. Sap. 12. 1.
(2) Filiorum suorura necalores sine misericordiâ , et comeslores viscerum hon.inum, et devoraloressanguinisà medio sacramenlo luo , et auctores parentes animarum inanxilialarum.
3) Heôque cos qui exerrant partibuscorripis , et de quibus peccant admones , et alloqueris.
(4) Scd et his tanquàm bommibus pepercisli. Sap. 12. 8.
qu'il y a un Dieu qui punit les méchants et qui récompense les bons (1); afin qu'en renonçant à leur malice ils croient en lui, et recourent à sa bonté (2). Et voilà la foi dont parle saint Paul , lorsqu'il dit que, pour s'approcher de Dieu , il faut croire avant toutes chosei qu'il y a un Dieu, et qu'il récompense ceux qui le cherchent (3). C'est celle que les Pères appellent le commencement du salut, et la première grâce, sans laquelle saint Augustin dit que toutes les bonnes œuvres des païens étaient défectueuses, non pas à raison de leur objet , mais à cause de leur fin , parce qu'ils ne connaissaient pas le vrai Dieu , qui est la fin de tout le bien qui se fait dans le monde (4). C'est celle avec laquelle Corneille, centenier, homme religieux et craignant Dieu, faisait beaucoup d'aumônes , et priait Dieu incessamment avant que d'être instruit par saint Pierre et de croire en Jésus-Christ (5). « Et néanmoins il ne faisait pas » ces aumônes et ces prières si fréquentes sans quelque » foi , dit saint Augustin : car s'il n'eût point cru en » Dieu, comment l'eût- il invoqué (6) ? Quelle foi avait-il
(1) Sed partibus judicans locum dabas pœnitentiae. Sap. 10.12.
(2) Ut relictà malitiàcredant in te , Domine. Ibid. 1.
(3) Credere enim oportet accedentem ad Oeum , quia est et inquirentibus se remunerator fit. Heb. 11.6.
(4) Non erat in eis vera justitia, quia non actibus , sed fi ni bus pensanluroffîcia.^7ûte/^. l.sanct. Aug. contra Jul. c. 3. — Noveris non officiis , sed finibus discernendas esse virtutes. Officium est autem, quod faciendum est; finis verô propter quod faciendum est. Cùm igilur facit homo aliquid , ubi peccare non videtur, si non propter hoc facit, propter quod facere débet, peccare convint^ tu r.
(5) Vir autem quidam erat in Caesareàînomine Cornélius , cenlurio cohortis quse dicitur It.ilica , religiosus, actimensDeum cura ooini domo suà , faciens eleemosynas mullas plebi , et deprecans Deum semper. Act. Apost. 50. 1, 2.
(6) Nec tamen sine aliquà fide donabat et orabat: nam quomodô invocabat, in quem non credideiat ?S. Aug. /. de Prœd. Sanct. c. 7.
» donc ? H avait la foi en Dieu ; mais il n'avait pas en- » core la foi en Jésus-Christ. Il croyait qu'il y a un Dieu » qui écoute nos prières ,et qui récompense nos bon- » nés œuvres ; mais il ne savait pas encore qu'il y eût » un homme qui fût Dieu , et qui fût mort pour tous » les hommes. »
Or, je dis que cette première foi est un moyen suffisant pour parvenir à la seconde , et que Dieu ne la refuse à personne, non pas même aux Infidèles qui n'ont jamais ouï parler de l'Évangile ; parce qu'il ne ve veut pas qu'aucun périsse (1); mais que tous se sauvent , et parviennent à la connaissance de la vérité (2).