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II. CONSIDÉRATION

Les saints Pères ne limitent point cette vérité, ils retendent à tous et à chacun des Infidèles , sans y apporter aucune exception. Ils assurent qu'il n'y a point d âme si méchante et si abandonnée (pourvu qu'elle ait l'usage de la raison ) à qui Dieu ne parle au fond de sa conscience (3). Ils disent que toute âme a grâce suffisante pour chercher ce qui lui manque , si elle veut. Que si elle ignore quelque chose, c'est qu'elle n'en a pas encore reçu la lumière ; qu'elle la recevra si elle use bien de ce qu'elle a déjà reçu. Ils ajoutent qu'encore qu'elle naisse dans l'ignorance et dans la difficulté de faire le bien, elle n'est pas contrainte par aucune nécessité d'y demeurer , et qu'elle a reçu de son créateur le pouvoir de faire le bien , lorsque son devoir l'y oblige , nonobstant la difficulté qu'elle ressent, et le moyen de parvenir à la lumière de la foi , nonobs-

(I) Nolens aliquos perire. Petr. 2. 9. 3.

Vultomnes homincs salvos fieri, et ad agnitionem veritatis ?enire. I. Tint. 2. 4.

3, N'ullam esse animam quamvis perversam, quae tainea ullo modo ratiocinari potest, in cujus conscientià noo loqualur Deus. S. Àug. lib. 2. de serm.Domini tn monte, c.9. DRT. Œuv. W. *

tant les ténèbres de son ignorance (1) :par conséquent si elle ne veut pas le faire , qu'elle est coupable de péché; parce qu'elle n'use pas bien du pouvoir qu'elle a reçu (2). Ils allèguent, pour preuve de cela, que toute âme reconnaît et avoue qu'elle doit chercher ce qu'il ne lui est pas utile d'ignorer, et persévérer dans le travail auquel son devoir l'oblige , pour surmonter la difficulté de faire le bien , et implorer le secours du créateur, afin qu'elle soit assistée dans son travail par celui qui lui commande de travailler (3).

Enfin ils enseignent qu'aucun des Infidèles ne peut s'excuser sur le défaut de vocation, ni de grâce , ni de lumière, s'il ne se sauve : parce que Jésus-Christ est la vraie lumière qui illumine tout homme venant au monde , et la source de vie qui est ouverte à tous sans exclusion de personne. « Dieu , dit Arnobe , permet » à tous également de venir à lui. La source de vie est » ouverte à tous : on ne chasse personne , on n'empê- » che personne de jouir du droit qu'il a d'y venir » boire (4). » Il est vrai que personne n'y peut venir s'il

(1) Quod ergô ignorât quid sibi agendum sit, ex eo est quod nondùm accepit ; sed hoc quoque accipiet, si hoc quod accepit benè usa fuerit. Accepit autem , ut pie etdiligenter qtfterat , si volet. S, Aug. /. 3. de lib. arb. c. 20. 22.

(2) Quod si agere noluerit, peccati rea jure tenebitur , tanquàm quaenonbenè usa sitfacultate quam accepit; quanquàm enim in ignorantiâet difflcultate nata sit, non tamen ad permanendum in eo quod nata est , aiiquâ nccessitate comprimitur... Dédit enim ille facultatem benè operandi in laboriosis ofliciis, et viam fidei in oblivionis ceecitate. S. Aug. L 3. de libero arbitrio, c. 20.

(3) Indicium illud vel maxime , quod anima omnis etquœren-, dum esseconcedit, qujd inutiliter nescit , et perseverandum in omciosislaboribusad evincendam reclè faciendi difficultatem etl opem à Creatore implorandam , ut conantem adjuvet , qui vel ex-| trinsecùs lege , vel in intimis cordisallocuMoneconandum esse re< cepil.Ibid.

(4) Omnibus uniformiler Deus potestacem ad se veniendi facit. Patet omnibus fons vitae, nec abjure potandi quisnuam prohibeturautpellitur.^rno*. contra Gentes , l. 2.

n'y est appelé , s'il n'y est attiré , et si la grâce lui manque (1). Mais elle ne manque à personne : « La grâce » s'offre et se présente à tous, dit saint Bonaventure , » parlant des Gentils (2). » Et dans un autre endroit : « Dieu est prêt à embrasser tous les hommes : par » conséquent , si nous ne sommes pas éclairés, le dé- » faut ne vient pas de la part de Dieu , mais de la nô- » tre (3). » Dieu est prêt, autant qu'il est en lui, à donner la grâce : car il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité , dit saint Thomas ; mais ceux-là sont privés de la grâce , qui mettent dans eux-mêmes empêchement à la grâce : comme lorsque le soleil éclaire le monde , si quelqu'un ferme les yeux , et qu'il en arrive du mal, on lui en impute la faute (4). 11 répète le même en un autre lieu , et après avoir montré que Dieu veut attirer à soi tous les hommes , et qu'il tend a main à tous , il conclut en ces termes : Puisque Dieu est prêt à donner la grâce à tous les hommes, et à les attirer tous à lui , on ne lui doit pas imputer la faute , si quelqu'un ne la reçoit point; mais à celui-là même qui ne la reçoit pas (5). Saint Ambroise s'était servi avant lui de la comparaison du soleil : « Le soleil de jus-

(1) Si quissititveniat ad me et bibat. Joan. 7. 37.

(2) Divioa gratia omnibus praestô est. S. Bonav. in 8. d. 25. «. 1. q. 2. ad ultim. arg. de Gentilibus.

(3) Paratusest Deus omnes complecti. Ergo defectus illustrations non venit ex parle Dei , sed ex parte nostrà. S. Bonav. in 1. d. 40. a. 4. quœst. 2.

(4) Deus quantum in scest , paralus est omnibus dare gratiam : tjltenim omnes hominessalvos fieri , et ad agnitionem veritalis venirejsed illisoli gratiA privantur, qui in seipsis gratiae impelimentum p restant : sicutsole mundum illuminante , in culpam

mputaturei , qui oculos claudit , si ex hoc aliquod raalum sequa-

ur..Ç. Tàom. I. 3. contra Gcnt. c. 159.

(5) Ex quo ergo Deus paratus est dare omnibus gratiam , et ad « trahere , non ci imputatur , si aliquis non accipiat , sed oi qui lOûaccipit. S. T/iom lect. 5. in c. 6. Joan. q. 3.

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» tice s'est levé pour tous , il est venu pour tous , il a » souffert pour tous , et enfin il est ressuscité pour » tous. Que si quelqu'un ne croit pas en Jésus-Christ, » il se prive lui-même du bénéfice général, de même » que si quelqu'un ferme les fenêtres , pour exclure » les rayons du soleil , le soleil ne laisse point de s'ê- » tre levé pour tous , quoique celui-ci se soit privé de » sa chaleur. Car pour ce qui est du soleil , il con- » serve toujours sa prérogative ; et pour cet impru- » dent , il se prive du bien commun de la lumière (1). » Mais le moyen de croire en Jésus-Christ, me direzvous , et de recevoir les rayons de sa grâce , si jamais personne ne m'a parlé de l'Évangile ? A cela je réponds avec cet excellent maître de saint Augustin : « C'est » Dieu même qui nous instruit chacun en particulier , » et qui répand dans les esprits la clarté de sa connais- » sance. C'est lui qui vous enseignera le chemin du » salut , pourvu que vous ouvriez les portes de votre » cœur, et que vous y receviez la splendeur de la » grâce céleste (2). » Je réponds en second lieu avec le disciple de saint Augustin , qui s'accorde parfaitement avec le maître : « Il y a encore aujourd'hui aux » extrémités du monde quelques nations que la grâce » du Sauveur n'a point éclairées par la prédication de » l'Évangile ; et néanmoins on ne leur dénie pas la » mesure du secours général , qui a toujours été dis- 9 pensée à tous les hommes (3). Car , comme dit ce

(1) Sol juslitiae omnibus ortus est , omnibus venit , omnibus I passusest,et omnibus resurrexit. Si quis autem non crédit in Christum, gênera li benefkio ipse se fraudât; ut si quis clausis feneslrisl radios solis excludat, nonideosol non est ortus omnibus, quia ca-l lore ejus se ipse fraudavit : sed quod solis est , prœrogativam suam| servat : quod imprudentis est , communis à se gratiam lucis excluait. S.Ambr.)Serm*in Psal. 118.

(2) Docet autem Deus, et mentes illuminât singulorum , et claritatem cognitionis infundit, si tu aperias ostia cordis tui , etcœlestis gratiae recipias claritatem. Ibid.

(3) Ktiam nunc in extremis mundi partibus sun taliquee nationei

p même Père, l'inestimable bonté de Dieu a toujours » pourvu, et pourvoit avec tant de soin au salut de » tout le genre humain , que nul de ceux qui périssent » ne peut dire, pour s'excuser, qu'on lui a refusé la » lumière de la vérité, comme nul ne peut aussi se » glorifier de sa justice (1). »

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