I. CONSIDÉRATION
Saint Augustin dit que l'amour et la crainte sont les deux sources de tout le bien et de tout le mal qui se fait dans le monde. Si le vice règne parmi les hommes , c'est le désir ou la crainte qui les y porte. Pensez-y, faites-y réflexion , consultez les mouvements de votre cœur, sondez la conscience , et voyez si l'on peut pécher autrement qu'en désirant ou en craignant. On vous propose une récompense, c'est-à-dire, ce qui vous plaît, pour vous attirer au péché. Vous péchez, parce que vous désirez. Peut-être que ce n'est pas par présents qu'on vous attire, mais par menaces. Vous péchez, parce que vous craignez. 11 en est du bien comme du mal (1). L'amour et la crainte nous portent à tout le bien qui se fait. Vous faites le bien , parce que
(1) Omnia peccala duae res faciunt in honiine, cupiditas t\ Uhict. Cogilate, disculite, intcrrogate corda vestra , perscrut«i-
vous aimez Dieu, et parce que vous craignez Dieu : ?ous faites le mal, parce que vous aimez ie monde, et parce que vous craignez le monde. Tournez ces deux mouvements de votre cœur vers le bien. Vous aimiez auparavant la terre , aimez la vie éternelle. Vous craigniez la mort, craignez l'enfer (1). Voilà les deux plus puissants ressorts dont la grâce se sert pour nous porter à la perfection ; à savoir , l'esprit d'amour qui se plaît dans le bien, et l'esprit de crainte qui fuit le mal.