II. CONSIDÉRATION
Que l'esprit d'amour, qui se plaît dans le bien , soit le principal ressort de la perfection, et que la plus grande force de la grâce consiste dans sa douceur , il est aisé de le prouver par le témoignage de l'Écriture et par l'induction de toutes les vertus et de tout le fruit des bonnes œuvres qui en dépend. Car ce n'est pas seulement de la terre qui reçoit la pluie du ciel, que le Psalmiste dit : Le Seigneur donner alabénignité (2); ou, comme tourne saint Augustin : Le Seigneur donnera la douceur des influences célestes, et notre terre produira son fruit (3). Cela se doit encore entendre spirituellement de notre cœur et de notre libre arbitre, qui ne peut faire le bien s'il ne lui plaît et s'il ne l'aime , et qui ne
mini conscientias, videle titrùm possint essepeccata, nisi aut cupiendo aut limendo. Proponitur prœmium ut pecces , id est quod te delectat. Facis proptcr quod cupis. Sed forte non induceris donis, terreris minis : facis propter quod limes. S. Aug. in Psal. 79.
(1) Ad omne rectè factnm amor et timor ducit. Ut facias benè, amas Deum,et times Deum : ut aulem facias malè, amas mundum , et times mundum. Haec duo convertantur ad bonum. Amabas terrarn , araa vitam asternam : timebas mortem, time gehennam. Ibid.
(2) Dominus dabit benisnitatem.
(3) Dominus dabit suavitatcm, et terra nostra dabit fructum suum.
le peut aimer si Dieu ne lui donne sa grâce, qui le lui fait connaître et le lui rend agréable. On demande pourquoi l'homme pouvant être sans péché avec le se cours de la grâce durant le temps de sa vie, il ne l'est pas ? Je pourrais répondre sans difficulté , dit saint Augustin , que c'est parce que les hommes ne veulent pas (1). Mais si on me demande pourquoi ils ne le veulent pas, c'est un long discours : je dirai néanmoins en peu de paroles, sans préjudice d'une plus exacte discussion : Les hommes ne veulent pas faire ce qui est juste, soit parce qu'ils ne savent pas s'il est juste, soit parce qu'ils ne le goûtent pas. Car plus le bien nous est connu, et plus il a de charmes et de douceur, plus le désir qu'il excite en nous est fort et puissant (2). Mais pour nous faire connaître ce qui nous était caché, et pour nous rendre agréable ce qui ne nous plaisait pas auparavant, il est besoin de la grâce de Dieu qui aide les volontés humaines et leur prête son assistance (3). Et c'est pour cela même que le Saint-Esprit nous est donné , parce que les bonnes œuvres nous plaisent d'autant plus, que nous avons plus d'amour pour Dieu, qui est le[ bien souverain et immuable , et l'auteur de tous les biens. Or ce n'est point par nous que nous l'aimons, mais par le Saint-Esprit, qui répand la charité dans nos cœurs (4). De là vient que cetes-
(1) Cura voluntatc liumanâ, gratià adjuvante divinà, sine pcccato in hàc vità possit bomo esse , cur non sit , possem facillimè ac veracUsimi respondere, quiahomincs nolunt. S, Jug. /■ 2. de prccat. meritis et remiss. c. 17.
(2) Nolunt homines facerç quod justum est sive quia latet an justum sit, sive quia non delectat. Tantô cnim quidque vchemcntiùs volumus, qnanlô certiùs quàm bonuni lit novimus , corw delectamur anl< iitius. Ibid.
(3) Ut aulera innotcscat quod latebat, et suave fiât quod non delectabat, gratiae Dci est , quse hominum adjurât volunlalcs. Ibid.
<4, Tanlo magis delectat opus bonum , quanti magis diligitur I eus summum atquc incommutabilc bonum ,et auctor qualiuui
prit de vérité et d'amour nous donne parfois celte lumière et cette douceur, et puis il les retire, afin de nou? tenir dans une plus grande dépendance de sa miséri corde, et de nous obliger à recourir à lui avec plu. d'humilité. Il ne prétend pas en cela même nous rendre plus coupables, mais plus humbles, en nous donnant une haute estime de sa grâce; de peur que, Irouvani de la facilité en toutes choses, nous ne croyions que ce qui n'appartient qu'à lui vient de nous (1). Ce n'es! pas à dire pourtant que nous devions demeurer dans nos vices, quand cette douceur nous manque; au contraire, c'est alors qu'il faut combattre avec plus d'effort notre orgueil, qui est la cause de cette soustraction, et recourir plus instamment à la prière. Seigneur , vous êtes doux , enseignez-moi avec votre douceur 3i sainteté de vos lois. C'est dans cette douceur que je vous prie de m'instruire et que vous m'instruisez en effet. Alors j'apprends le bien pour le mettre en pratique , quand vous me l'apprenez et que vous y mêlez ce doux attrait de votre grâce. Car quand l'iniquité m'attire par ses charmes , la vérité n'a que de l'amer* tume pour moi. Instruisez-moi donc dans votre dou« ceur, afin que la vérité me plaise, et que la douceui de votre esprit me fasse mépriser l'iniquité (2).
cumque bonorum omnium. Ut autem diligatur Deus, charitas ejus diffusa est in cordibus nostris, non per nos , sed per Spirilum sanclum qui datus est nobis. S. Aug. 1. 2. depeccat. meritis et remiss. c. 17.
(1) Nec in eo ipso vult nos damnabiles esse, sed humiles , commendans nobis eamdem graliam suam , ne facilitaient in omnibus assecuti nostrum putemus esse quod ejus est. Ibid. c. 19.
(2) Suavis es, Domine, et in tuà suavitate doce me justifica tiones tuas.Intuâ suavitate doce me , et doces me. Tune disco ut faciam , si in tuâ suavitate doceas me. Cœterùm quamdiù blaf. riitur iniquitas, amara est veritas. In tuâ suavitate doce me t ut suavis sit veritas, et dulcedine tuâ contemnatur kiiquita». S. Aug. serm. 4. de verbis Apost. c. 8.