III. CONSIDÉRATION
La grâce de Dieu est donc cette bénédiction de douceur, qui fait en nous que ce qu'il nous commande îous plaît, et que nous le désirons, c'est-à-dire, que îous l'aimons ; et si Dieu ne nous prévient par cet atrait, non-seulement nous n'achevons point ce qu'il )rdonne, mais même nous ne le commençons point (1).
ar nous commençons à vouloir le bien, quand il comnence à nous plaire (2). On ne peut mieux expliquer :es paroles de David : Fous l'avez prévenu par les béicdictions de votre douceur (3) , que par cette cupidité lu bien que Dieu fait naître dans le cœur par l'oncion de son esprit, dont la douceur est la cause universelle de tout le bien qui se fait en nous jusqu'à la :onsommation de la gloire.
Sans elle nous ne recevrions jamais la foi, qui est le >remier pas que nous faisons pour nous approcher de )ieu. Car personne n'y vient s'il n'est attiré; etcomnent y est-il alliré ? par le plaisir (4).
Sans elle nous n'écouterions pas môme la parole le Dieu. Qui est ce qui s'arrête à écoutcr,s'il n'y prend )laisir (5)?
Sans elle nous ne pourrions louer Dieu , ni le prier. ?est la joie d'un cœur pur qui nous fait aimer la
(1) Ergô benedictio dulcedinis est gratis Dei, quâ fit in nobis it nos delectet, et cupiamus, hoc est amemus, quod praecipit lobis: in quâ si nos non praevenit Deus, non solùm non perfiitur.sed nec inchoatur ex nobis. S. Aug. I. 2. ad Bonif. c. 9.
(2; Tune enim bonum concupisci incipit, quandô dulcescere œperit.
(3) Quoniam preevenisti eum in benedictionibus dulcedini». 9salm. 20.
(4) Quomodô voluntalc credo, si trahor ? Ego dico : Parùm est olunlate,etiam voluj»t.Tl«- traheris. S.Aug. tract. IZ.in Joan.
(5) Quis lenetur ut laditl , nisi dclcctelur ? Idem , lib. 4. de Joctrin. Christ, c. 20.
prière (1). C'est elle qui nous excite à publier les mi séricordes divines : personne ne les peut dignemeaJ louer, s'il n'en a goûté la douceur (2).
Sans elle , qui pourrait résister au plaisir des sens , et se délivrer de la servitude de la concupiscence? c'est elle qui nous fait dire avec l'Apôtre : Je me plais dans la loi de Dieu. Voilà ce qui nous met en liberté; à savoir , le plaisir que nous prenons à vivre selon la loi de Dieu (3). 0 quelle vie de n'être point esclave de la concupiscence! ô vie pleine de douceur. A la vérité il y a quelque douceur dans le plaisir de la concupiscence ; les hommes ne suivraient pas ses attraits, s'ils n'y trouvaient de la douceur. Le théâtre, le jeu, le bal, les divertissements leur plaisent; mais écoutez ce que dit David : Les pécheurs m'ont raconté leurs faux plaisirs ; mais rien n'approche de votre loi (4).
Sans elle qui pourrait surmonter les afflictions et les disgrâces qui sont si fréquentes durant le cours de cette vie? Quels maux n'ont pas soufferts les martyrs! quels désastres ! quels tourments ! l'horreur des prisons, la pesanteur des chaînes, la cruauté des bêtes farouches, l'ardeur des flammes, les traits acérés des t ^ures les plus sensibles. Eussent-ils souffert tout cela, s ils n'eussent vu quelque chose au-delà du temps,
(1) Intra cor tuum , et gaudebis ibi. Cùm ibi cœperis gaudere , ipsa munditia cordis lui delectabit te, et faciet orare. Idem 3 in Psalm. 33. conc. 2. circà médium.
(2) Confitemini Domino quoniam suavisest. Sigustalis, confilemini; non potest autem confiteri, qui gustare noluit. Undè enim dicturus est suave esse quod nescit. Idem , in Psalm. 106. initio.
(3) Condelector legi Dei secundùm interiorem homiuem. Ecce undè liberi , undè condelectamur legi Dei. S. Aug. tract. 41. in Joan. Idem, serm. 4. de verb. Apost. c. 4.
(4) Qualis vita est non concupiscere ? O vita dulcis ! Dulcis est quidem voluptas concupiscente, verum est, nec eam homines seqnerenlur, nisi dulcis esset. Sed audi meliora : Narraverunl injusti delectaliones suas , sed non ut lex tua.
qui n'avait rien de commun avec la félicité de ce siècle, et néanmoins qui soutenait la vigueur de leur courage et les remplissait de joie (1) ? Ils étaient comme tristes; et nonobstant toujours dans la joie. Pourquoi toujours? c'est-à-dire, ici-bas et dans le ciel; pour le temps et pour l'éternité; oui, cerles icibas, et là haut dans la terre des vivants. Ici-bas quelle est la cause de notre joie? l'espérance. Là-haut, la jouissance. La joie de l'espérance est grande; mais quand on la ressent, que produit-elle ensuite? la patience dans les afflictions. Les martyrs avaient donc une patience invincible dans les souffrances, parce que l'espérance du ciel les comblait de joie (2). Us attendaient avec patience ce qu'ils ne voyaient pas; et la joie que leur causait cette attente , leur faisait souffrir volontiers toutes sortes de tourments (3).
Enfin, sans elle, qui marcherait constamment jusqu'à la fin dans la voie étroite des commandements de Dieu? Seigneur , conduisez-moi dans votre voie et que je marche dans votre vérité; que mon cœur se réjouisse afin qu'il craigne votre nom (4). Voyez comme les hommes sont toujours pauvres, et comme ils ont tou-
(1) Quanta mala passi sunt martyres, quanta exitia, quanta tormenla, squalores carcerum, stricturas catenarum , srevitias fcrarura, ardorem flammarum, aculcos contumeliarum ? Ista omnia passi essent, nisi nescio quid vidèrent quo se tencrent, qnod ad liujiis seculi felicitatem non pertinet ? S. Aug. in Psal. 127. paulà post initium*
Qua*i triste» , semper autem gaudcntes. Quarè sempcr? et hic, et ibi : prorsus et hic,etibi. Hic cnim undè gaudemusPde spc. Il)i undè gaudcmus ? (Je re. Magnum gaudium babet spes gaudenlis. Et si spc gaudcnlcs , videle quid scquilur : la tribulatioae patientes. Martyres ergo i<Jcô m tnbulalioue patientes , quia spc gaudebanL Ibid. paulà tnferlùs*
(3) Eccc quarè omnia Martyres perlulerunt, quia quoi non ridebant per palienliam cxspcctabanl.
t,4) DedttC m<;, Domine , in fil tuA , et ingrediar in verilalc lii.l : Ueieturcor racum , ut timeat nomen tuum. Psalin. 85. 10.
jours besoin de secours. Véritablement je suis déjà dans le chemin par votre grâce ; mais je vous prie de m'y conduire , et alors je marcherai dans votre vérité: si vous me conduisez, je ne m'égarerai point; si vous m'abandonnez, je me perdrai (1). Priez donc Dieu qu'il ne vous abandonne point, mais qu'il vous conduise jusqu'à la fin (2). Comment vous conduit-il ? en vous avertissant toujours et vous donnant toujours la main; il vous donne la main en vous donnant son Christ; et en vous donnant la main, il vous donne son Christ: il vous conduit au chemin en vous conduisant à son Christ , et il vous conduit dans le chemin en vous conduisant dans son Christ (3). C'est la grâce que vous lui devez demander, parce qu'en vous conduisant paiF son Christ , il vous mène par le chemin qui conduit ' la vérité et à la vie. Votre voie , votre vérité et votrf vie, c'est Jésus-Christ (4). Mais afin d'y parvenir eu marchant toujours constamment dans cette voie, il faut ajouter ce qui suit : Que mon cœur se réjouisse^ afin qu'il craigne votre nom (5). Ne demandez pas la crainte toute seule, elle ne vous suffirait pas ; ne demandez pas la joie toute pure , elle ne peut pas être ici-bas sans mélange. Demandez la crainte de Dieu et la complaisance en Dieu ; elles vous sont toutes deux nécessaires. Un jour la joie sera sans crainte ; mais, dans la vie présente, il faut joindre la crainte avec la joie,
(1) Vide homines ubiquè pauperes , ubiquè adjutorio egentes. Deducme, Domine, in via tuâ. Certè in via tuâ sum : deduc me ibi , et ambulabo in veritate tuâ. Deducente te non errabo : si dimiseris , errabo. S. Aug. in PsaL 85. 10.
(2) Ora ergô ut non te dimittat, sed usque in finem deducat.
(3) Quomodô deducit? semper monendo, semper dando tibi manum suam. Dando enim Christum suum, dat manum sua m. Dando nianum suam, Christum suum dat. Ad viam ducit, perducendo ad Christum suum. In via deducit , deducendo in Christo fiuo.
(4) Via tua, veritas tua, vita tua, Christus.
(5) Leetetur cor meum ut timeat nomen tuum.
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parce que nous n'avons point encore d'assurance entière , ni de joie qui soit parfaite. Si la joie nous manquait, nous tomberions dans la défaillance; si nous étions en pleine assurance , notre joie serait mauvaise. Il faut donc prier Dieu qu'il nous départe la joie et qu'il nous imprime la crainte , afin de nous faire passer par la douceur de la joie au repos d'une pleine et entière assurance (1).