‹ L'homme d'oraisonChapitre 92 sur 217 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Le plaisir victorieux de la grâce du Sauveur, nous fait vaincre tous les tourments. Donnez-moi un objet de justice, dont la beauté soit aimable; par exemple, la

(1) Délectant enim quaedam naturaliter infirmitatem nostram , ut cibus et potus délectant esurientes atque sitienles; ut nos délectât haec lux, quse de cœlo funditur sole exorto, vel quae sideribus et lunâ fulget, vel quae in terra accenditur luminibusconsolanlibus tenebras oculorum ; delectat canora vox , et suavissima canlilena ; delectat odor bonus.

(2) Délectant enim, ut dixi, oculos etspectacula ista magna naturae ; sed délectant oculos etiam spectacula thealrorum : haec licita , illa illicita. Psalmus sacer suaviter cantatus delectat auditumj sed délectant auditum etiam cantica hislrionum. Hoc licite, illud illicite.

(3) Videtis ergô , fratres charissimi , etiam in istis corporis sonsibus licitas esse et illicitas delectationes.

(4) Justitia sic te delectet; at vincat etiam licitas delectatioûcât ■ci ci delectationi, quâ licite delectaris, precpone justiliam.

beauté de la foi; faites-la paraître, montrez-la aux yeux du cœur, faites qu'elle inspire la ferveur à ceux qui l'aiment; et puis figurez-vous qu'elle vous parle en cette sorte : Voulez-vous m'avoir ? méprisez tous vos plaisirs : oui , méprisez-les pour l'amour de moi. Mais quand vous les aurez méprisés, persuadez- vous que c'est trop peu pour elle, qu'elle vous parle humainement, et qu'elle se rabaisse à cause de la faiblesse de votre chair. Écoute? donc ce qu'elle ajoute : C'est trop peu de mépriser tout ce qui vous donnait du plaisir, méprisez tout ce qui vous donnait de la terreur, méprisez les prisons et les chaînes; méprisez le chevalet , la torture et la mort même. Les avez-vous vaincus ? vous m'avez trouvée, je suis à vous. Élevez-vous donc par ces deux degrés au-dessus de toutes les choses mortelles , afin de montrer que vous avez de l'amour pour la justice (1). Ne dites point qu'il y a peu de personnes qui soient à l'épreuve des tourments aussi bien que des plaisirs. Nous avons devant nos yeux un million de martyrs, qui ont été de vrais et parfaits amis de la justice. C'est d'eux qu'il est dit : Mes frères, regardez les diverses afflictions qui vous surviennent comme le sujetde toute votre joie , sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience, et que la patience rend votre œuvre parfait (2) , afin que vous soyez parfaits

(1) Da mihi pulchram justiliam , da mihi fidei pulchritudiaem ; procédât in médium, ostendat se oculis cordis, inspiretfervorem amatoribus suis. Jam libidicitur : Frui me vis? contemne quidquid tcaliud détectât , contemne pro me. Ecce contempsisli, parùm est il 1 i : humanum est hoc propler infirmitatem carnis vesirœ. Parùm est ut contemnas quidquid te delectabat ; contemne vincula , contemne quidquid te terrebat, contemne carceres, contemne aculeum , contemne tormenla , contemne mortem. Hxc vicisti ? me invenisti. In utroque gradu amatorcs justiliae vos probate.

(2) Miliia millium martyrum adjacent oculis noslris, ipsi veri amatores perfectique justitiaî. De illisdictum est: Omne gaudium cxistimate ,fratre« mei, cumin varias tentationes incideritis,

et accomplis en toute manière , sans que rien ne voua manque. Et , de vrai , que peut-on ajouter à la patience d'un martyr , afin que son œuvre soit parfait ? Il aime , il brûle, il est tout en feu; et dans sa ferveur , il foule aux pieds tous les plaisirs , et passe outre. Il vient à des tourments cruels, horribles, épouvantables; et d'une pareille ardeur, il les foule, il les rompt, et passe outre. 0 plaisir victorieux ! ô aimer ! ô courir à la mort! ô mourir à soi-même, et parvenir à Dieu! C'est ainsi qu'il faut armer l'ami de la justice et delà beauté invisible , s'il veut être vainqueur et triompher de toutes les faiblesses delà nature (1).

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