MEMBRES CHEZ LES ANTHROPOÏDES
inférieur, non un acheminement à la stâlion bipède, mais une adaptation plus avancée à la même fonction de préliension. Voici les caractères à leur crédit. Au membre supérieur, l'omoplate est plus large que chez les Singes, la cavité glénoïdc regarde en dehors comme chez l'Homme; l'humérus par conséquent est plus tordu, la pronation du radius attein-
drait 180 degrés. Au membre inférieur, les os longs sont plus gros, les fémurs tombent directs et parallèles. Chez le Gorille, l'aplomb général se prêterait mieux à supporter le poids entier du corps et la rotule est presque humaine ; mais il est seul dans ce cas, les autres ont une rotule petite, ronde ou en amande, à une seule face articulaire postérieure. Tout le reste est absolument simien. La main est étroite, démesurément longue chez l'Orang et le Gibbon; elle est courbée en griffe d'un bout & l'autre chez le premier. Elle est
mieux proportionnée chez le Chimpanzé, mais large et grossière chez le Gorille. Le pouce est toujours plus court que chez THomme, surtout chez TOrang, ainsi que le montreront tout à l'heure les mensurations. Son degré d'écartement est plus ou moins celui des Singes en général; son axe transversal forme avec celui des autres doigts un angle obtus comme chez les autres Singes ; le trapèze s'articule avec le métacarpien par emboîtement réciproque ou en selle, plus exactement que chez les autres Singes, moins bien cependant que chez THomme. Les surfaces articulaires montrent que les mouvements d'écartement du pouce sont plus étendus et les mouvements inverses moindres, ce qui est favorable à ridée d'un organe fait pour s'accrocher plutôt que pour explorer. Comme signe tout à fait antihumain, on peut citer ; I la présence d'un os pisiforme, en colonne de 15 millimètres de longueur chez le Chimpanzé, plus humain chez TOrang. Le pied est celui du Singe. Calcanéum grêle et étroit, tout différent de celui de l'Homme. Premier orteil grêle et beaucoup plus court que les autres orteils; rien du gros orteil de l'Homme. Du calcanéum à la dernière phalange du premier orteil, pas de voûte; le pied est plat. Les quatre derniers orteils sont longs comme chez les Singes, le contraire de l'Homme. L'articulation du premier cunéiforme avec le premier mélatarsien est par emboîtement réciproque. Le métatarsien s'articule, chez l'Orang et le Gorille, avec l'angle antéro-externe du cunéiforme, ce qui donne un écart considérable à l'orteil et produit entre le premier et le second métatarsien un intervalle très grand dans lequel se voit la face distale du cunéiforme. Le Chimpanzé, à première vue, semble favorisé sous ce rapport; l'écart est faible, le métatarsien empiète sur la face distale du cunéiforme; mais dans la flexion et l'adduction réunies, l'angle de l'os bute contre le métatarsien et rend l'avantage illusoire. Quant à l'angle obtus formé par le plan de la première colonne métatarso-phalangienne et le plan des autres colonnes, il est comme à la main. H est manifeste, en somme, que cette extrémité est un organe essentiellement destinée à embrasser une branche entre le premier et les quatre derniers orteils, la flexion pour assurer la préhension se produisant dans les phalanges.
Il reste un dernier caractère, ou mieux un ensemble de caractères, à décrire au pied(fig. 93 et 94). . Le tarse, chez l'Homme, est formé de deux colonnes.
MEMBRES CHEZ LES ANTHROPOlDEP.
La première continue l'axe de la jambe à angle droit; elle est formée par l'astragale auquel succède en avant le scaphoïde sur lequel s'articulent les trois cunéiformes supportant chacun un mélatarsien, les trois premiers. La seconde en dessous et un peu dehors, est formée par le calcanéum, continué par le cuboîde, qui supporte seul les deux derniers métatarsiens. 11 en résulte que les deux colonnes s'écartent à leurs extrémités antérieures et que la première laisse au-
Fio. 93, — ArliculatiOQ libiooatragalieDDe et calcanéum de l'Homme, vus par leur face
ArUculation 1 b oct calcanéum du par leur face po»-
T, libia; b. péroné^ A, astragale :C. calcanénm
dessous d'elle et à son côté interne un creux par ou pas sent les vaisseaux, nerfs et tendons allant de la partie postérieure de la jambe t la plante du pied.
Néanmoins l'axe vertical de l'astragale se continue avec l'axe de la jambe, à travers la mortaise tibio-péronière, sensiblement avec le plan vertical antéro-posLérieur du calcanéum, — axe et plan qui sont perpendiculaires au plan horizontal de la plante du pied, condition en rapport avec la sustentation du corps sur cette plante chez l'Homme,
D'autre part, l'astragale a une conformalion massive, cubique par sa partie répondant à la mortaise tibio-péronière,'
essentiellement en rapport avec cette transmission de Taxe de gravité jusqu'au sol. Sa face supérieure est horizontale, à gorge antéro-postérieure légère. Ses deux angles supérieurs sont droits, sa face articulaire supérieure se continue à leur niveau avec les facettes articulaires verticales répondant aux malléoles interne et externe. Elle est étroitement enchâssée dans la mortaise de façon k ne permettre que les mouvements exactement antéro-postérieurs de flexion et d'extension, avec très peu de jeu latéral.
Chez les Anthropoïdes, — savoir i'Orang, le Gorille, le Chimpanzé et deux espèces de Gibbon sur cinq que j'ai examinées, — tout est différent. La mortaise tibio-péronière n'est un peu serrée qu'en arrière; en avant, elle s'élargit des deux côlés, de façon que l'aslragale peut basculer latéralement, entraînant le pied avec elle. La face supérieure de l'astragale est affaissée en dedans, par conséquent oblique en bas de ce côté, l'angle supérieur interne est obtus, la gorge est oblique d'avant en arrière et de dehors en dedans. Taxe vertical de l'os est oblique en sens inverse, c'est-à-dire en bas et en dehors. EnGn le calcanéum est renversé en dehors par sa partie supérieure.
Il s'ensuit que, dans son attitude nalurelle, le bord externe du pied appuie sur le sol, que sa face dorsale tend à regarder en dehors, tandis que son bord interne se relève et que la plante regarde en dedans. L'axe de la jambe, par conséquent, fait un angle obtus ouvert en dehors avec l'astragale, et celui-ci en fait un autre avec le plan vertical du calcanéum, ou, si l'on préfère, Taxe de la jambe et l'axe vertical du calcanéum prolongés en bas font entre eux un angle aigu ouvert en haut.
Comme conséquence de cetle attitude, on trouve des modiûcations secondaires, et par pression, des facettes articulaires des malléoles, auxquelles correspondent des facettes articulaires latérales plus étendues de l'astragale. Ajoutons qu'en avant, toutes les surfaces articulaires* se prolongent davan-
1. Les deax facettes articulaires sur lesquelles M. Arthur Thomson a récemn;ent attiré TaUention, constantes chez TOrang, le Gorille et le Papion, Tune en avant sur le col de Tastragale, Tautre lui répondant dans la flexion extrême du pied, sur le bord antérieur de l'extrémité du tibia, sont la conflrmation de ce fait, quoique chez THomme, quelquefois et accidentellement, les deux mêmes facettes se retrouvent.
Dans son dernier mémoire. M. Thomson a reproduit les articulations tibiotarsiennes du Gorille et de TOrang, mais vues de face où ce que nous avons décrit est moins visible.