MEMBRES CHEZ LES ANTHROPOÏDES
tage et que le mouvement de flexion du pied est plus complet que chez THomme.
On ne peut rien imaginer de plus décisif pour établir que le pied de T Anthropoïde est conformé aussi mal que possible pour soutenir le corps, — car sa plante ne peut naturellement toucher Je soi par ses trois points, — tandis qu'il est merveilleusement adapté pour saisir un tronc d'arbre par le côté. Dans Tacle de grimper, THomme étend le pied, l'Anthropoïde au contraire le fléchit. Cette sorte de dislocation du tarse postérieur est une véritable pronation que la nature a imaginée, faute de pouvoir adapter utilement le péroné à ce mouvement. Ajoutons que, suivant M. Huxley, la laxité des articulations astragalo-scaphoïdienne et calcanéo-cuboïdienne concourt au renversement en question du pied.
Or, ces dispositions ne se rencontrent pas chez les Singes ordinaires; çà et là on en trouve seulement des vestiges, par exemple chez le Papion; mais, en général, c'est la disposition humaine. Inutile de faire remarquer que, dans la voie d'une adaptation simienne, les Anthropoïdes se trouvent ainsi favorisés. Ils sont plus singes que les Singes eux-mêmes, c'està-dire qu'ils en sont une branche perfectionnée, une forme évolutive plus avancée, mais non dans le sens de l'Homme.
En résumé les Anthropoïdes, par tout ce qui précède, ne sont qu'une branche difl'érenciée des Singes, dans laquelle certains caractères se sont accentués dans le sens du genre de vie qui leur était propre, et d'autres se sont ébauchés en rapport avec un nouveau mode de station occasionnelle venant s'ajouter à leur mode ordinaire. Ainsi les proportions simiennes, ou mieux leurs tendances, se sont exagérées chez le Gibbon, comme ailleurs elles s'étaient exagérées chez l'Atèle parmi les Cébiens; elles se sont développées de môme, mais d'une façon plus modérée, chez les autres Anthropoïdes, chacun du reste évoluant différemment. Ainsi encore, la faculté de cramponnement, limitée au dernier segment du membre supérieur, s'est perfectionnée par d'autres adaptations dans les autres segments, — tandis qu'au pied la même faculté ne s'est perfectionnée que sur place, le reste du membre demeurant livré aux efforls d'adaptation dans le sens d'un redressement du corps.
Somme toute, par les membres supérieurs les Anthropoïdes se rapprochent de l'Homme, par les membres inférieurs toutes choses égales d'ailleurs, ils s'en éloignent.