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CHAPITRE XIX

CARACTÈRES ZOOMÉTRIQUES EN RAPPORT AVEC LES ADAPTATIONS DES MEMBRES A LA PREHENSION ET A LA LOCOMOTION. — CARACTÈRES MUSCULAIRES ET VISCÉRAUX LIÉS A l'aTTITUDE.

Les conclusions qui précèdent, notamment les dernières sur les Anthropoïdes, reposent à la fois sur les caractères descriptifs et sur les caractères zoométriques. Nous avons insisté sur les premiers, voyons les seconds, ou du moins un certain nombre les uns courants, les autres qui nous sont personnels.

1" Indice de largeur de l'omoplate de Broca ou rapport du diamètre glénoïdo-spinal ou transversal de cet os, à son diamètre longitudinal pris pour 100. Il exprime le degré d'élargissement de Tomoplate en rapport avec la part plus ou moins grande que prend cette portion du membre supérieur à la fonction de préhension accusée, restreinte ou nulle ; — ou au contraire de rétrécissement tendant à faire de Tomoplate un os long.

11 est de 66 à 68 chez THomme, de 78 à 80 chez les grands Anthropoïdes, de 96 chez le Gibbon, de 89 à 144 chez les Singes ordinaires et de 99 à 270 chez les autres Mammifères. Il établit une série graduée, irrégulière, comme toujours, de THomme aux Pachydermes et Ruminants. Dans cette série se distinguent un premier groupe réunissant THomme et les grands Anthropoïdes, un second pour le Gibbon et certains Cébiens, un troisième pour les Pithéciens et le reste des Cébiens, un quatrième pour les autres Mammifères. Par ce caractère donc, TAnthropoïde en général est plus avancée que la masse des Singes dans la voie de la fonction de préhension au membre supérieur.

^""V angle de torsion de Chumérus sur lequel Broca publiait, au jour de sa mort, un mémoire qu'il n'a pas terminé. Nous en avons donné l'explication page 266. Il résulte de l'arc de cercle, d'environ 90% que le membre antérieur décrit en arrière, lorsque le coude, regardant d'abord en dehors, arrive

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à regarder en arrière. D'autres modifications, dans le col de l'humérus et le col de l'omoplale, le suppléent partiellement et expliquent les dififérences d'angle que présentent les animaux. Ainsi, chez les quadrupèdes, la cavité glénoïde regarde la face sternale du corps; chez les bipèdes, elle regarde en dehors, ce qui nécessite chez les derniers une torsion plus grande de l'hunïérus.

La torsion de l'humérus est à peu près générale chez tous les Vertébrés terrestres et plus ou moins accentuée ; elle se rencontre aussi chez les Pinnipèdes, les Sirènes et la plupart des Cétacés. Son angle est celui que fait la projection verticale de Taxe de la tête et du col de Thumérus avec la largeur bicondylienne inférieure de cet os. Il varie de 164^ à 134^, et une fois 128°, chez l'Homme, — de 14l<> à 112° chez les Anthropoïdes, — de 110° à 95° chez les autres Singes, — de 84° à 115° chez les Mammifères ordinaires, — de 102° à 145° chez les Oiseaux ; Broca n'a pas mesuré d'autres Vertébrés. Il en résulte que, par là encore, les Anthropoïdes ressemblent à l'Homme ; ce qui est directement en rapport non pas avec l'atlitude oblique des uns et verticale de l'autre, mais avec l'adaptation propre du membre supérieur à la fonction de préhension, ou, pour plus de précision avec le changement de direction de la cavité glénoïde.

3° L'angle de rotation du radius sur le cubitus, non de supination comme on le dit habituellement, mais de pronation. Il ne se mesure bien que sur le vivant et a été fort négligé. Il est de 180° chez l'Homme et, assure-t-on, chez les Anthropoïdes, tandis que chez les Singes il serait de 90° à 100°. Ce serait donc un caractère à ajouter à ceux qui indiquent que le membre supérieur est mieux approprié à la préhension chez les Anthropoïdes que chez les autres Singes.

4<» Les indices de Volécrâne de Broca, c'est-à-dire la longueur et l'épaisseur de cette apophyse rapportées à sa largeur =100. Ils sont un exemple de ce qu'on observe souvent en anthropométrie : à savoir qu'un détail, en apparence insignifiant, mais se prêtant bien à la mensuration et reflétant un caractère général, vaut mieux que des mesures parfois plus indiquées, mais ne présentant pas de points de repère sûrs.

Ces indices élablissent une gradation allant du cubitus, uni ou non au radius, des animaux les plus adaptés à la station horizontale par leur membre supérieur (comme le Cheval et le Renne) au cubitus des animaux les mieux adaptés par ce

même membre à la faculté de préhension, comme l'Homme. L'oiécrdne est d'autant plus long et plus épais, d'avant en arrière, que le membre est plus locomoteur, — et réciproquement. Ces indices sont, à leur maximum, de 330 et 500 en chiffres ronds chez les Ongulés mesurés; ils diminuent chez les Carnassiers, puis chez les Singes, et arrivent à se toucher chez les Anthropoïdes et l'Homme.

5*» L'indice du pouce^ ou rapport de la longueur totale métacarpo-phalangienne du premier doigt à la même longueur au second doigt. En voici des exemples en nombres ronds :

Homme 66

Gibbon 51

Gorille 45

Chimpaiizj 44

Orang 37

Pithéciens. ... 48 à 55

Gébiens div(^rs 54

Atèle (Cébien) 12.6

Chien 38.4

Castor 46 . 6

On voit par ce tableau que la longueur du pouce relativement à l'index est d'environ un quart plus petite chez les Singes et les Anthropoïdes que chez l'Homme. Elle est plus petite aussi chez les Anthropoïdes que chez les Singes, en mettant le Gibbon de côté. On remarquera le chiffre donné par le moignon de l'Atèlc. Bref, le pouce long par rapport à l'indicateur, est un caractère humain qui évidemment est en relation avec le mouvement d'opposition parfaite que THomme est seul à posséder. 11 est curieux de constater que par ce caractère quelques Singes et le Gibbon sont plus favorisés que les trois Anthropoïdes typiques.

M. Leboucq a comparé aussi le développement du pouce et de l'index, mais par un autre système. 11 mesure leurs métacarpiens. Celui du pouce ayant 1, celui de Tindex, chez l'adulte, se répartit ainsi : Homme 1,175, Chimpanzé 1,290, Gibbon 1,323, Gorille 1,500 et Orang 2,146. En outre, d'après ses recherches, le premier métacarpien est plus petit pendant la vie intra-utérine, se rapprochant ainsi de celui des Anthropoïdes et augmente ensuite progressivement de longueur jusqu'à l'âge adulte, conformément, dit-il, à la proposition que l'ontogénie est parallèle à la phylogénie.

6° Langle de torsion du fémur. Nous nous bornons à l'indiquer, car sa relation avec l'attitude reste à établir. De 20° environ chez l'Homme, il tombe à 7 chez les Anthropoïdes, et 4 chez les Carnassiers, pour remonter à 13 chez les Ruminants et 31 chez les Ongulés.

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Les indices de la rotule de Broca ou le diamètre antéro-postérieur et la hauteur de cet os comparés à sa largeur. Voici ce qui résulte des listes inédites de Broca. L'épaisseur relative est la même chez TOrang que chez rHoihme, notablement moindre chez le Gibbon, plus grande chez le Chimpanzé et indifférente chez le Gorille. La hauteur relative est plus grande chez les quatre Anthropoïdes, — surtout chez le Gibbon, — que chez THomme. Nous ne disons rien des Singes et des quadrupèdes mesurés. A notre avis, ces indices ne rendent pas les différences caractéristiques, très visibles entre les diverses rotules. Nous renvoyons donc à ce que nous en avons dit précédemment, nous bornant à rappeler que, par l'aspect, la grosseur, etc., la rotule du Gorille présente quelque analogie avec celle de l'Homme, que les rotules du Chimpanzé et de l'Orang sont tout différentes, et que celle du Gibbon reproduit le modèle de la rotule des autres Singes, c'est-à-dire s'achemine vers le type des Carnassiers.

Les indices du calcanéum sont calqués sur les précédents et ont plus de valeur que ceux de la rotule ; mais ils sont encore à prendre avec méthode.

Le calcanéum est le point postérieur de la voûte du pied. Il donne attache au tendon d'Achille dont la masse musculaire correspondante, le triceps sural, forme le mollet, l'une des caractéristiques de la station bipède. Le calcanéum, chez l'Homme, — le Nègre comme l'Européen, — estgros, trapu, épais transversalement et forme, à l'arrière du pied, la. contre-partie du gros orteil en avant. Chez les Anthropoïdes, il est tout différent : grèle, aplati, d'un côté à l'autre, relativement long et analogue à celui des autres Singes qui, eux-mêmes, ont un calcanéum de quadrupède. En somme, cet os, comme le premier orteil, — tous deux maigres, — atteste que les Anthropoïdes n'ont pas un pied approprié à la station bipède ; il suffit de voir la figure 92.

9"" L'indice des orteils, ou rapport des phalanges de l'orteil le plus long à la longueur totale du pied. Le tableau suivant en donne un aperçu :

Homme européen .... 21

— nègre 22

Gibbon 26

Gorille 32

Chimpanzé ... .37 Orang. . 44

Pithéciens. .

Lémuriens .

Carnassiers .

Marsupiaux .

Ongulés. . .

de 37 à 45

de 40 à 43

de 28 à 30

de 33 à 37

de 28 h 27

En laissant de côté les Ongulés, voici ce qui s'ett dégage. L'Homme [a les orteils les plus courts, non seulement de tous les Mammifères, mais de tous les Primates. Par là, les Anthropoïdes se séparent de lui etressemblent aux Singes. La brièveté des phalanges des orteils et inversement, la longueur des métatarsiens sont des caractères propres de THomme.

L'indice analogue des doigts de la main rapproche, au contraire l'Homme, les Anthropoïdes et aussi les Singes, ce qui est logique : tous trois ont une main exerçant la même fonction de préhension, plus ou moins perfectionnée; tandis qu'au pied l'Homme seul possède une fonction propre, celle de sustentation, sans trace de préhension.

Vindice du premier orteil n'est pas conçu comme le précédant, n est le pendant de notre indice du pouce, c'est-à-dire qu'il est le rapport de la colonne métatarso-phalangienne du premier orteil à celle du second pris pour 100. En voici des exemples :

Homme européen .... 95

— nègre 89

Chimpanzé 71

Gorille 71

Gibbon 71

Orang 35

Pithéciens 58 à 62

Cébiens 59 à 67

Comme on devait s'y attendre, les Anthropoïdes, par ce caractère, s'éloignent totalement de l'Homme et se rapprochent des Singes ordinaires. L'Orang, par là, est même audessus de ceux-ci. Le gros orteil atteignant presque la longueur du second, est un attribut de l'Homme en rapport avec la sustentation sur la plante du pied. Le complément de cette mesure est celle qui exprimerait le volume de ce premier orteil, si caractéristique chez l'Homme.

L'angle tihio-calcanéen ou angle ouvert en haut, que fait ehez les Anthropoïdes l'axe du tibia avec le plan médian antéro-postérieur du calcanéum. — Nous avons vu que, chez l'Homme, l'axe du tibia, l'axe de l'astragale et le plan médian vertical antéro-postérieur du calcanéum ne font qu'un : ils sont perpendiculaires à la plante du pied et au sol. H n'y a donc pas d'angle à mesurer entre le tibia et le calcanéum. Chez les Anthropoïdes, l'axe de l'astragale est dévié, son côté interne s'affaisse, ce qui jette en dehors le bord supérieur du calcanéum, abaisse le bord externe du pied, tourne la plante en dedans et la met en mesure de saisir latéralement le tronc d'arbre. L'angle tibio-calcanéen est de 13°, 23° et 25" sur les trois grands Anthropoïdes; c'est une mesure déHcate.

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Comme complément il y aurait lieu de mesurer l'angle que fait Taxe anléro-poslérieur de Tastragale avec la direction des quatre dernières colonnes métatarso-phalangiennes ; il sépare complètement encore les Anthropoïdes de l'Homme.

Les autres caractères zoométriques sont d'un ordre plus général. Ils concernent la comparaison des membres entre eux et leurs proportions générales et intrinsèques. Nos recherches sont déjà étendues sur ce sujet et portent sur toutes les divisions des Mammifères. Nous n'en donnerons que des aperçus en chiffres ronds.

1° Rapports de la main et du pied, non pas de Tun à l'autre, — méthode que nous avons essayée et qui donne place à beaucoup d'illusions, — mais de la longueur de chaque au total des deux. Voici les rapports de la main, ceux du pied en étant le complètement pour atteindre 100.

Pithéciens 40 à 43

Homme européen .... 44

— nègre 45

Orang 46

Gorille 49

Chimpanzé 52

Gibbon 54

Cébiens ..... 36 à 44

Lémuriens 39 à 47

Carnassiers .... 37 à 42

Rongeurs 30 à 32

Ongulés 38 à 44

Didelphes ..... 21 à 56

On voit que la brièveté est le caractère de la main de l'Homme comme la longueur est le caractère de son pied; que les Singes ont la main plus courte et le pied plus long, les deux comparés l'un à l'autre, à une exception près chez le Saki, (un Cébien omis sur cette liste, 49. 6) ; que les Anthropoïdes ont une proportion inverse et forment ainsi au milieu des Primates un groupe tout spécial. Le Gibbon et le Chimpanzé, dont la main dépasse |le pied, sont particulièrement à remarquer. A l'autre extrémité de la liste, les Didelphes présentent des extrêmes très écartés, le minimum à 21 étant le Kangourou et le maximum à 56 le Phascolome. Nous avons dit que les Didelphes sont une faune à part dans laquelle on rencontre de tout.

12** Rapports des membres antérieurs et postérieurs et de leurs segments entre eux. Si on place arbitrairement le squelette des Anthropoïdes dans l'attitude verticale complète, les membres supérieurs tombant droit, voici ce que l'on constate. Chez l'Homme le poignet couvre le grand trochanter et l'extrémité du médius atteint la moitié du fémur; chez l'Anthropoïde le poignet répond au tiers inférieur du fémur et l'extrémité des doigts atteint la moitié du tibia; chez le Gorille le poignet

répond au-dessus du genou et l'extrémîté des doigts descend encore à mi-jambe; chez l'Orang, le poignet étant au niveau même de l'articulation du genou, l'extrémité des doigts atteint le sol ou presque; chez le Gibbon enlin, variable suivant ses espèces, les doigls appuient largement sur le sol dans certaines.

Le même système de comparaison montre que, Tavantbras étant fléchi sur le bras, le poignet atteint chez l'Homme et le Gorille le dessous du col de l'humérus, un peu plus bas pour l'Homme, chez le Chimpanzé la tête de cet os et chez rOrang le dessus de Tacromion.

Cet aperçu montre déjà l'ordre dans lequel les membres antérieurs s'allongent le plus chez les Anthropoïdes par rapport à l'Homme, et d'autre part, l'ordre dans lequel le radius s'allonge aussi.

Mais le système est défectueux, surtout celui qui concerne le membre supérieur total, parce que l'attitude est tout à fait arbitraire, que le résultat dépend en partie de la longueur des membres inférieurs et que la monture du squelette est sujette à caution. Pour connaître les proportions cherchées, il faut donc procéder autrement. D'abord, afin de faire la part des grandeurs différentes des sujets, il faut les rapporter à un terme de comparaison qui semble devoir être naturellement la taille ou la colonne vertébrale, celle-ci préférable si l'on veut rapprocher les résultats sur l'Homme de ceux sur les autres animaux. Mais la colonne vertébrale soulève des objections que nous avons déjà exposées. Il se présente une troisième méthode qui semble parer à tout : celle des comparaisons directes des longueurs des os entre elles, soit en choisissant l'une pour lui rapporter l'autre, soit en les additionnant et établissant le rapport de chacune à leur total == 100, comme nous venons de le faire pour la main et comme nous l'avons fait pour nos cartes delà répartition des blonds et des bruns par départements en France. D'autre part on ne doit pas oublier que, dans la station les deux extrémités ne se présentent pas de même et doivent être écartées, la main intervenant par toute sa longueur et le pied par son épaisseur seulement.

Les rapports ci-après portent donc sur la longueur des quatre os longs principaux : les deux du membre supérieur comparés au total des quatre, le radius comparé au total de l'humérus et du radius, le tibia de même au total du fémur et du tibia; la différence pour aller à 100 donnant dans

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chaque cas la proportion de l'autre membre ou de l'autre os. Nous reléguons à la fin les cas exceptionnels qui troublent les données générales.

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