‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 84 sur 176 · LES PRIMATES. — CONDUITE A SUIVRE · texte numérisé non relu

LES PRIMATES. — CONDUITE A SUIVRE

Nous voici arrivé à Tobjectif principal auquel aboutit en dernière analyse toute l'anthropologie. Le terrain est préparé.

Nous avons résumé ce qui constitue la première partie de l'anthropologie générale : ce qu'est l'anthropologie, son terrain propre, ses méthodes et comment il faut se comporter avec les caractères avant de les faire intervenir dans l'œuvre terminale de synthèse. Nous avons glissé sur l'anthropologie spéciale, nous bornant à en faire comprendre les principes, notamment la différence radicale existant entre l'idée de race qui est de son ressort exclusif et l'idée de peuple qui appartient à l'ethnographie. Enfln nous avons commencé la seconde partie de l'anthropologie générale qui est le parallèle de l'Homme et des animaux. Là nous avons vu ce que l'histoire naturelle entend par espèce, famille, ordre, etc., comment elle les détermine en s'appuyant sur la morphologie et comment, en passant par des classements provisoires, elle veut aboutir à la classification la plus naturelle des êtres dans le présent et môme plus haut à la parenté véritable établie par les enchaînements des espèces actuelles avec les espèces éteintes jusqu'aux temps les plus reculés, c'est-à-dire aux généalogies. Nous pouvons entrer hardiment dans notre sujet final et nous demander enfin quels sont les animaux les plus proches de l'Homme, quelle distance les sépare, et quelle place hiérarchique il occupe au milieu d'eux. Voyons d'abord ce que personne ne conteste.

L'Homme est un vertébré^ puisqu'il a un squelette intérieur dont la partie fondamentale est une suite de vertèbres. C'est un mammifère puisqu'il a deux mamelles, des poils, un cœur à quatre loges, un corps calleux, un diaphragme complet, deux condyles occipitaux, trois sortes de dents, etc., enQn un monodelphe puisqu'il a un placenta complet, pas

d'os marsupial et met son enfant au monde au degré de développement voulu pour pouvoir vivre à l'air libre. Jusqu'ici pas de dissidence, même de la part de Owen qui fait de l'Homme une sous-classe sous le nom d'archencéphale, mais en se basant sur la considération d'un seul organe; môme de la part de Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et de Quatrefages qui admettent un règne humain, mais en le faisant reposer sur des caractères physiologiques, d'ordre intellectuel et moral « qui ne sont pas du domaine de l'histoire naturelle proprement dite » (Vogt). Ils n'en professent pas moins que, tout en acceptant ce règne, on peut chercher la place que l'Homme, au point de vue physique, occupe parmi les animaux.

Caractères de» PrimateM. — L'Hommc ensuite est un Primate, c'est-à-dire que parmi les placentaires il n'a les caractères ni des Carnassiers, ni des Ongulés ou des Proboscidiens, ni des Édentés, ni des Rongeurs ou des Insectivores, ni des Mammifères marins, mais au contraire tous les caractères de ceux que Linnée, dans ses premières éditions, appela les Anthropomorphes et dans son édition de 1758 les Primates. Ces caractères se résument ainsi chez les plus incontestés d'entre eux :

Un type cérébral absolument différent de celui de tous les autres Mammifères, essentiellement reconnaissable à ses lobes frontaux, occipitaux et temporaux, à un système propre de circonvolutions, à l'atrophie de certaines parties du grand lobe limbique et au recouvrement du cervelet par les hémisphères ;

Un type crânien se distinguant, au milieu de tous ceux des autres Mammifères, par l'importance relative qu'acquiert la partie cérébrale sous Jes crêtes mêmes qui parfois les masquent, par la forme spéciale arrondie de la région postérieure, par le développement des fosses cérébrales moyennes au-dessus des fosses cérébelleuses, et par ses orbites rapprochées, regardant de face, fermées en arrière et pourvues d'un os planum;

Une mandibule ayant ses deux parties soudées à la naissance, au niveau de la symphyse ;

Un membre antérieur plus ou moins adapté dans la plupart de ses parties à la préhension, possédant des mouvements étendus du radius sur le cubitus et portant à son extrémité une main, c'est-à-dire des doigts longs et flexi-

Mes et un pouce court et grêle se pliant vers la paume;

Des ongles plats aux doigts et aux orteils;

Desdents de trois sortes, continues, à molaires d'omnivores portant quatre ou cinq tubercules ;

Deux mamelles pectorales, un utérus uniloculaire, un pla-

Fio, 31. — Crftne d'Orang adulLe de profll.

centa discoïde, un testicule extérieur renfermé dans un scrotum et le pénis tombant ;

Enfin un caecum court et un estomac simple & une exception près.

Parmi ces caractères dont nous ferons longuement l'histoire dans les chapitres qui vont suivre, on remarquera la main qui, plus ou moins perfectionnée, est avec le cerveau le caractère fondamental des Primates.

Du nombre des dents, des abajoues, des callosités fessières, de la queue longue, prenante ou absente, de l'attitude, des proportions générales et surtout des pieds, nous ne disons rien parce que, tout au contraire, ils donnent lieu aux caractères particuliers sur lesquels reposent les divisions intrinsèques.

Sur le pied notamment porte la première divergence de

classification. A ce point de vue les Primate» se partagent en deux groupes : ceux chez lesquels l'extrémité supérieure est une main remplissant on même temps par un mécanisme particulier la fonction do pied et ceu\ chez lesquels l'extrémité inférieure n ayant plus la fonction de main, est exclusivement un pied, les premiers comprenant tous les Singes, les seconds l'Homme Dou la dissidence première à enregistrer, a:boutissant à la suppression du terme commun de

Lrftne «le Lhimpanzt. aiJullc de profil.

Primates et à son remplacement par deux ordres, celui des Bimanes et celui des Quadrumanes. Ces deux mots sont de BufFon en 1776 ; ils ont été appliqués dans ce sens pour la première fois par Blumenbach en 1779 et pour la seconde fois par Cuvier en 1800.

Dans le résumé qui précède.-nous n'avons fait allusion qu'aux Primates les plus avérés. Il est deux groupes en effet, les Arctopilhèqucsde l'Amérique du Sud ou Ouistitis auxquels manquent certains de ces caractères et les Lémuriens de Madagascar ou Makis auxquels en manquent d'autres. Leur place parmi les Primates peut être discutée. Pour éviter tout malentendu, nous n'en parlerons que çà et là, nous réser\'ant plus tard de donner notre opinion lorsque nous connaîtrons tous les éléments de la solution.

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