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CHAPITRE XVI

CARACTÈRES CRAN 10M ETRIQUES, CRANE ET FACE, SE RATTACHANT A LA TRANSFORMATION DU CRANE DE L’ANIMAL EN CRANE HUMAIN.

L’intérêt pratique du mécanisme précédent est dans ce fait qu’il donne la clef d’une foule de mesures craniométriques ayant Irait à la distinction entre l’Homme et les animaux, proposées principalement en Angleterre et en Allemagne. Dans toutes il y a des contradictions ou exceptions individuelles tenant à l’imperfection des points de repère ou à la difficulté de prendre les mesures dans des conditions semblables ou équivalentes. Mais toutes, dans leur ensemble, arrivent à exprimer, avec plus ou moins de bonheur, les différences que nous avons constatées entre les Mammifères ordinaires, les Singes et les Hommes, [et confirmepar conséquent ce mécanisme. Par contre, cequiprécède condamne d’avance plusieurs mesures, par exemple, la ligne fondamentale de Lissauer, allant de l’inion, le point le plus instable dans les animaux à comparer, au point de jonction du vomer avec le basisphénoïdc, celui-ci correct mais difficile à déterminer exactement.

Caractères craniométriqncs. — Voici les principales de Ces mesures se rattachant aux transformations : 1° de l’axe cranio-facial ; 2° du frontal ; 3° de l’occipital.

1° L’angle sphénoïdal de Welcker ou de l’éphippium (BEN, fig. 78, 79 et 81). tl est toujours ouvert en bas et obtus chez l’Homme, de 125° à 140° dans nos moyennes, de 134° à 138° dans celles de M. Welcker. Il est toujours ouvert en haut et obtus chez les Mammifères habituels, sauf contradictions imputables à des accidents de points de repère. Chez les Singes il est indifférent, c’est-à-dire nul, ou s’ouvre légèrement soit en haut soit en bas. Chez les Anthropoïdes il s’ouvre en bas, de I64flen moyenne; une fois il était de 189°, c est-à-dire sensiblement nul. L’objection très grave à cet angle, cesl qu il dépend trop de la situation du nasion ou

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point nasal, lequel ehange accidentellement, suivant les espèces, indépendamment de la cause générale qui régit la ligne de séparation du crâne et de la lace. L’une de ses” contradictions les plus curieuses se voit chez le Cochon qui se trouve avoir un angle sphénoïdal humain.

2U L ’ angle de Landzerl est l’angle virtuel que forment le

Fig. 78. — Coupe antéro-postériéure du crâne du Cheval (Pachyderme). Mêmes lettres que sur les figures de 67 à 70.

PO, apophyse paraniasloïde ; D, apophyse clinoïde antérieure surplombant le trou optique. BEN, angle de Welcker.

planum et le clivus prolongés, l’un en arrière, l’autre en haut. Excellent en principe, il est très défectueux dans la pratique.

Fïg 79. — Coupe antéro-postérieure du crâne du Hurleur ou Mycète

(Cébiens).

Mêmes lettres que précédemment.

BEN, angle de Welcker; IVPa, angle de la ligne palatine avec la ligne de la face postérieure du crâne ; ANB, triangle facial médian interne.

3U L’angle de Fick qui diffère peu de celui de Welcker et ne le vaut pas.

4° L ’ angle du clivus d’Eclcev ou inclinaison du trou occipital sur le clivus. Ses variations sont accidentelles et non en rapport avec l’idée générale qu’il cherche à exprimer. En principe, l’apophyse basilaire qui est la partie essentielle du clivus est solidaire du trou occipital.

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5° Les trois angles d’Huxley : occipital, lentorial et olfactif. Ces angles sonL formés par l’axe cranio-facial (allant du

Fig. 80. — Coupe antéro-postérieure du crâne du Cynocéphale nègre

(Pithécien).

Mêmes lettres que précédemment.

ASB, angle cranio-facial ; IXS, angle sous-occipital; SVPa, angle cranio-palalin.

basion au sphénion), avec les trois plans suivants : le plan

Fig. 81. — Coupe antéro-postérieure du crâne de l’Orang Mêmes lettres que précédemment.

ASB, angle cranio-facial ; BEN, angle de Welcker ; IXS, angle sous-occipital ; PR, longueur maximum interne de la boite cérébrale.

du trou occipital, le plan supérieur de la loge cérébelleuse et le plan de l’entrée de la fosse ethmoïdale. Dans une série

Topinard. jq

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formée par un Rongeur, un Lëmurien, un Singe et l’Homme, M. Huxley dit que les angles occipital et olfactif sont de plus en plus obtus; inversement ses figures montrent l’angle cérébelleux de plus en plus aigu. Ce dernier fait est évident : l’angle cérébelleux exceptionnellement de 100° chez quelques Mammifères, très souvent de 75°, descend à 60° et 50° chez les Singes et à 45° en moyenne chez l’Homme, les Anthropoïdes se confondant sous ce rapport avec les Singes. Mais le véritable procédé de mensuration et les bons points de repère sont à trouver ; nous avouons ne pas encore nous être arrêté à un système nous satisfaisant.

6U L’angle sous-occipital (IXS, fig. 67, 69, 70, 80 et 81), c’està-dire l’angle généralement virtuel, ouvert en haut, que fait la face postérieure du crâne, ou ligne allant du centre de 1 inion sur la coupe à l’opisthion, avec la ligne cranio-faciale de Huxley. Il grandit des Mammifères à l’Homme avec le degré de renversement de cette face postérieure, comme il a été montré. En voici un aperçu :

Homme européen . . .

Moyenne 117

— nègre. ....

Anthropoïdes

Singes

Mammifères

11 en résulte que par ce caractère: 1° l’Homme se sépare profondément des Anthropoïdes et des Singes, qui, à leur tour, se séparent profondément des autres Mammifères, ce qui est conforme à ce que nous avons dit; 2° les Anthropoïdes, non seulement se confondent avec les Singes par leurs variations extrêmes, mais sont au-dessous d’eux par leur moyenne.

7° Le rapport de la longueur cérébrale à la ligne craniofaciale d’Huxley (PP : RS, fig. 81). La dernière est prise pour 100. Les chiffres donnés par l’éminent naturaliste sont de 70 chez un Rongeur, de 119 chez un Lémurien, de 144 chez un Cynocéphale, de 170 chez un Gorille, de 236 chez un Nègre et de 266 chez un Européen.

Ce que nous voudrions c’est le rapport de celte même longueur répondant au maximum des hémisphères, à la longueur de la paroi supérieure de la loge cérébelleuse; mais les points de repère convenant à la fois à l'Homme et aux animaux sont encore à découvrir

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8° L'angle olfactif de Topinard (DKG, fig. 78), c’est-à-dire celui de Huxley modifié comme il suit. C’est l’angle que fait le plan d’entrée de la fosse olfactive, non plus avec la ligne cranio-faciale, mais avec le planum sphénoïdal. Il établit une démarcation absolue entre l’Homme et tous les animaux. Ouvert en haut et en arrière il varie de 92° à 136° dans les divers genres de Mammifères et est en moyenne chez eux de 113°, chez les Singes de 139°, chez les Anthropoïdes de 144° et chez l’Homme de 180°, c’est-à-dire l’horizontalité absolue de l’entrée de la fosse ethmoïdale.

9° L ’ angle biorbitaire de Broca qui donne le degré de divergence des axes orbitaires, lesquels regardent toujours de côté chez les Mammifères ordinaires et plus ou moins de face chez tous les Primates. Ce caractère a donné lieu à une proposition paradoxale de la part du Dr Albrecht. Ayant constaté sur les tableaux de Broca que les Anthropoïdes ont les axes orbitaires moins divergents que l’Homme, il en conclut, en souriant, que l’Homme est inférieur à l’Anthropoïde, et que, s’il en dérive, il a dégénéré sous ce rapport.

10° Les angles occipitaux de Daubenton et de Broca. Nous en avons parlé page 172. Ils expriment de diverses manières l’inclinaison du trou occipital. Celui-ci, plus ou moins vertical chez les Mammifères habituels, plus ou moins oblique chez les Singes et les Anthropoïdes, est sensiblement horizontal chez le Nègre et se relève en avant chez l’Européen.

11° La projection crânienne postérieure dont on déduit la distance du centre même du trou occipital au point culminant de la face postérieure du crâne, la projection crânienne totale de la base étant prise pour 100. Ce centre du trou est en moyenne à 5 pour 100 de ladite face postérieure chez les Mammifères ordinaires, à 16 pour 100 chez les Pithéciens, 20 chez le Gorille, 22 chez les Cébiens, 38 dans le groupe humain le moins favorisé et 41 dans le groupe humain le plus favorisé. Il en résulte qu’il y a un écart de 15 pour 100 entre les Mammifères ordinaires et la moyenne des Singes, et un écart de 19 entre celle-ci et celle de l’Homme. A ce titre, l’Homme mériterait de constituer un ordre à part à côté de celui des Singes. Il en résulte même que le Gorille se place, par ce caractère, non avant les Pithéciens, mais entre eux et les Cébiens, circonstance qui se produit souvent pour d’autres caractères (fig. 84 et 85).

Face. — Précédemment, nous avons montré que la face

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— très allongée chez les fouisseurs et le Fourmilier qui s’en servent comme d’un instrument pour fouiller la terre ou pénétrer dans une fourmilière, — très allongée encore chez les Ruminants et les Equidés qui, ne pouvant saisir avec leurs sabots, vont directement tondre le gazon sur le sol,

— devient moins longue chez les animaux qui ont des pattes leur servant volontiers de mains et n’ont besoin que de mâchoires puissantes pour broyer et déchirer, par exemple les Carnassiers, — se raccourcit sensiblement chez les Singes aux mœurs paisibles qui vivent de fruits et de racines et se réduit au minimum chez l’Homme.

En suivant le mécanisme de la transformation du crâne de l’animal en crâne humain, nous avons montré aussi que la face allait se loger dans la cavité que lui avait en quelque sorte préparée l’angle obtus, ouvert en bas, formé par la ligne brisée cranio-faciale, tandis que le crâne frontal s’avançant toujours venait surplomber au-dessus. Si nous ajoutons que l’Homme actuel est omnivore, fait cuire ses aliments, a des mains pour saisir et se défendre et que par conséquent il n’a plus besoin de mâchoires développées ni en longueur, ni en force, nous en avons grandement assez pour comprendre qu’il n’ait pas de museau et que son profil facial soit presque vertical.

Il nous est arrivé, dans notre cours de 1887, de dire que l’atrophie de l’appareil nasal, en rapport avec l’atrophie de l’appareil olfactif cérébral, concourt à produire celle rétraction de la face. Aujourd’hui nous faisons nos réserves sur ce point. D’une part, la considération de certains Vertébrés montre qu’il n’y a pas de relation forcée entre le développement des deux appareils et qu’une petite surface olfactive extérieure implique souvent un appareil sensitif interne plus développé afin de saisir vivement les impressions faibles, et vice vefsa. D’un autre côté, l’appréciation de la surface olfactive extérieure semble complexe. Son étendue augmente de deux façons : 1° par les sinus accessoires des fosses nasales qui, chez les Mammifères, se développent et s’allongent dans les os voisins, jusqu’en arrière du sommet de la tête, — par exemple chez le Porc-épic, — chaque fois que cela est possible sans nuire aux fonctions des parties voisines; 2° par un artifice qu’emploie la nature. Ici, comme au cerveau, pour multiplier les surfaces, elle fait végéter des lamelles osseuses qui primitivement, partent de la lame criblée et secondairement, se développent sur les parois

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de quelque os que ce soit de la paroi externe des losses nasales, puis se contournent et se compliquent plus ou moins en sorte que sous un même volume il peut y avoir vingt fois plus de surface olfaclive. Parmi les animaux àJ surface olfactive très développée par ce dernier procédé, nous citerons le Fourmilier, les Ongulés, et parmi ceux à surface moindre le Porc. Or, l’Homme nous paraît aujourd’hui mieux partagé en sinus et en surface olfactive que nous ne le croyions, quoique le volume de ses fosses nasales soit très réduit. Le cubage des sinus et fosses nasales de M. Mantegazzane peut rendre compte de ces degrés.

Quoi qu’il en soit, la transformation de la face animale en face humaine s’opère essentiellement, quoique indirectement, sous l’influence de l’accroissement de volume du cerveau et du crâne, et les caractères sériaires qu’elle fournit, relevant de la zoomélrie comparée, doivent être rangés à côté des précédents qu’ils complètent. Ces caractères sont réductibles à un petit nombre, savoir :

1° Le rapport sur la coupe antéro-postérieure du crâne delà surface occupée par la face (sans la mâchoire inférieure) à la surface occupée par le crâne cérébral, les deux séparées par la ligne cranio-faciale de Huxley, droite ou brisée et prolongée en avant. Ce rapport a été établi par Cuvier, mais sa méthode de mensuration est encore à fixer. Inutile de dire que le rapport des deux aires rejette les Anthropoïdes avec les Singes, et met l’Homme à part. Voir page 223.

2° L’angle cranio-facial de Huxley (ASB, fig. 67, 69, etc.), c’est-à-dire l’angle ouvert en bas que forme l’axe de la face avec la ligne cranio-faciale. M. Huxley, hésitant sur le point antérieur de la face à choisir, nous avons fini par adopter, comme convenant le mieux à la fois aux animaux et à l’homme, le point alvéolaire, c’est-à-dire le point supérieur et médian de l’arcade alvéolaire supérieure. Voici nos résultats:

Homme européen 88 à 94° Moyenne 85

— nègre 90 à 103° — 97

Anthropoïdes 113 à 122° — 116

Singes: Pithéciens et Cébiens. 99 à 149° — 118

Mammifères divers 122 à 175° — 147

Conclusions : 1° l’Homme est séparé des AuLliropoïdes et des Singes par un intervalle très net, mais plus grand entre les Anthropoïdes et l’Homme qu’entre les Singes et l’Homme; 2° les Singes et les Anthropoïdes se confondent;

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3° collectivement ils ne se séparent pas des aulres Mammifères, quoique la moyenne générale de ceux-ci soit 1res éloignée de celle des Singes; 4° l’Homme s’isole par ce caractère de tous les animaux.

3° L'angle cranio -palatin (SVPa, fig. 67 et 70), ou angle ouvert en avant, parfois virtuel, que fait l’axe de la cloison qui sépare la voûte palatine du plancher des fosses nasales, prolongé à la rencontre de la ligne cranio-faciale prolongée ou non. Cet angle est très aigu chez les Mammifères ordinaires, où il descend jusqu’à 5°, s’ouvre chez les Anthropoïdes et atteint chez l’Homme de 35 à 50°. On ne le confondra pas avec l’angle ouvert en haut (IWPa, fig. 79) que fait le même axe palatin prolongé avec la direction de la face postérieure du crâne. Celui-ci a aussi son intérêt, car il distingue les espèces entre elles; mais il se rattache à une tout autre idée dont nous n’avons pas à nous occuper.

4° Les triangles faciaux médians interne et externe , les deux se mesurant sur le crâne entier : le premier déterminé par trois points (BNA, fig. 79) : l’alvéolaire, le nasion et le basion, le second par trois autres : l’ophryonde Broca répondant à l’extremité antérieure de la cavité cérébrale, le point culminant de la face inférieure des condyles occipitaux et le bord antérieur des incisives. Nous ne pouvons nous arrêter à ces mesures qui nous entraîneraient trop loin. Ainsi l’emplacement de l’ophryon varie suivant les genres et les familles et sa détermination dans chacun exige des procédés spéciaux.

5° L’angle facial de Camper , (fig. 24, p. 133) exprime les degrés successifs d’abaissement de la ligne supérieure cidessus du triangle facial externe, qu’on observe en passant de certains animaux à museau allongé, comme la Belette et le Fourmilier, aux Singes et à l’Homme. La ligne de comparaison sur laquelle se mesure l’inclinaison de la ligne faciale est l’aurieulo-nasale allant du trou auditif à l’épine nasale.

Cet angle a été modifié de vingt façons, la plupart ne convenant qu’à l’Homme. Celles qui ont trait à la comparaison avec les animaux sont les angles de Cuvier et de Cloquet; ils diffèrent de celui de Camper en ce que le sommet de l’angle est transporté sur un point fixe : le bord des incisives supérieures pour Cuvier et le bord alvéolaire supérieur pour Cloquet. L’angle de Cloquet, le plus commode dans la pratique, s’étend de 72° et plus à 56°, limite

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