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CONDITIONS D’ÉQUILIBRE DE LA TÊTE

par les condyles et le basion, rencontre la voûte du crâne un peu en arrière du bregma et fait un angle droit tout à la fois avec le plan alvéolo-condylicn et avec le plan des axes orbitaires : deux plans physiologiques par conséquent.

Chez les quadrupèdes non-Primates, tout est différent. Le trou occipital, les deux condyles et l’attache de la colonne cervicale ne sont plus à la face inférieure, mais à la face postérieure. Un plan qui raserait en arrière la surface de

Fig. 85. — Situation du trou occipital à la base du crâne chez l’Homme.

l’occipital, — laissant toute la tête en avant de lui, — raserait également la surface la plus postérieure des condyles (Giraud Teulon) et formerait un angle droit avec le plan des axes orbitaires.

Les Singes offrent des dispositions intermédiaires mais voisines de celles des quadrupèdes. L’insertion de la colonne se fait à la face inférieure du crâne, mais très en arrière de son centre. Sous ce rapport, certains Singes sont plus favorisés, leur colonne se porte en avant ; mais ce ne sont pas les Anthropoïdes. Il n’y a du reste qu’à jeter un coup d’œil sur une tête de Gorille, mâle et adulte suspendue au sommet du squelette, pour voir son énorme distance qui le sépare de l’Homme. En avant, une énorme face plus bestiale

STATION BIPÈDE OU QUADRUPÈDE

que celle d’aucun autre Singe, basculant lourdement en bas; en arrière, une énorme crête iniale, surmontant un occiput qui paraît vertical et donne attache à un puissant ligament cervical postérieur allant rejoindre des apophyses épineuses fortes et longues. Par cette crête et cet occiput, le Gorille se rapproche de l’un des Singes d’Amérique les plus éloignés de l'Homme, le Mycète ou Hurleur, tandis que par cette face il ressemble au Cynocéphale, l’un des Pithéciens les plus laids.

Plusieurs caractères craniomélriques montrent la distance qui existe entre l’Homme dont la tête est sensiblement en équilibre sur la colonne vertébrale et les animaux chez lesquels la tête s’attache plus ou moins en arrière. Tels sont la projection du trou occipital en arrière du milieu de la base du crâne, son inclinaison par rapport au plan des axes orbitaires et l’angle que fait le plan alvéolo-condylien avec ce plan orbitaire. Nous en avons déjà parlé, mais en ajournant l’examen du dernier à ce moment.

Angle alvéolo-condylien. — Le plan des axes orbitaires jouit, en effet, d’un privilège unique en craniologie humaine et animale. A part les variations dans sa mesure, qui dépendent surtout de l’imperfection des points de repère, il est toujours horizontal. Les animaux vivant au grand air ont besoin, comme l’Homme, d’embrasser le maximum du champ vertical d’observation qui leur fait face. D’où la nécessité de tenir la tête dans une attitude moyenne normale, de façon que les axes orbitaires ou visuels soient au centre de ce cercle, c’est-à-dire soient horizontaux. Aussi, lorsqu’on veut monter un squelette d’animal, n’y a-t-il qu’à placer ces axes horizontalement pour avoir l’attitude normale. Comme conséquence, la ligne alvéolo-condylienne qui répond à Taxe de la tète munie de sa mâchoire, exprime par son angle d’inclinaison sur les axes orbitaires le degré de cette attitude. Voici rapidement ce qu’indique cet angle.

Chez l’Homme, il est à zéro, avec variations dans les groupes réputés races de 1° en dessus à 5° en dessous. Chez les Mammifères, il varie de 18° chez les Carnassiers, à 4<±° chez les Rongeurs. Chez les Singes, il varie de 7° chez le Sajou, à 25° chez le Mycète, tous deux des Cébiens. Chez les Anthropoïdes, il va de 15° chez l’Orang à 20° chez le Gorille. Cet angle établit un grand vide entre les Anthropoïdes et l’Homme, et confond les premiers avec les Singes. Les plus

COLONNE VERTÉBRALE

voisins entre l’Homme et le Singe sont les Esquimaux et le Sajou; il n’y a que 2° entre eux, tandis qu’il y en a 10 entre les Esquimaux et l’Orang. En résumé, l’attitude de la tète des Anthropoïdes et toute sa conformation sont celles des quadrupèdes, nullement celles des bipèdes. Nous renonçons à donner le tableau schématique de ces distances, construit avec des chiffres plus détaillés sur le modèle de la ligure 34, page 175, que nous montrions à nos cours.

Colonne vertébrale. — La tête il ayant qu elle-meme a supporter et à tenir en équilibre, on conçoit que, s’il y a chez les Anthropoïdes une certaine tendance à la station verticale, l’adaptation y soit moins urgente. La colonne vertébrale au contraire ayant à supporter une charge qui va croissant de haut en bas, il est naturel qu’elle subisse plus vite les effets de ce genre de station.

La colonne se partage au point de vue anatomique pur, en quatre parties : 1° cervicale qui ne supporte que la tête, 2° dorsale en rapport avec les côtes, 3° lombaire qui s’en distingue par l’absence des côtes, 4° pelvi-caudale qui se divise en sacrée et caudale que nous réunissons sous une dénomination commune, parce que la séparation en est aléatoire. Au point de vue des mouvements, la portion dorsolombaire, celle qui va nous occuper, se partage sur tous les quadrupèdes en deux parties répondant au train antérieur et au train postérieur et séparées par une brisure, le nœud de la colonne. A ce niveau, tout le système morphologique change. La différence principale réside dans les apophyses articulaires des vertèbres dont les surfaces cartilagineuses regardent, pour le train antérieur, les supérieures en arrière, les inférieures en avant, et, pour le train postérieur, les supérieures en dedans et les inférieures en dehors. Au Irain antérieur les articulations sont donc des arthrodies, au train postérieur des emboîtements tels que les deux qui se correspondent à droite et à gauche forment une mortaise caractéristique. La limite des deux trains est essentiellement indiquée par une verlèbre mixte qui, à sa partie supérieure, offre une double arthrodie et, à sa parlie inférieure, est reçue dans la mortaise formée par la vertèbre suivante. Ce sont là des différenciations précoces de la colonne vérlébrale qui répondent aux fonctions spéciales des membres antérieurs et postérieurs. Elles sont si fondamentales qu’on les retrouve même chez les bipèdes dont les deux trains con- Topinard. 1 7

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fondus en un, méritent la qualification de postérieur. Toute l’économie morphologique de la colonne lombo-dorsale résulte de celte division. Nous aurions à décrire celle colonne que nous la partagerions en une première franchement dorsale, une seconde franchement lombaire, et une troisième intermédiaire mixte sur laquelle portent principalement les caractères distinctifs entre les quadrupèdes et les bipèdes. Broca a magistralement exposé les effets, — opposés dans les deux trains des quadrupèdes et conformes dans le train unique des bipèdes, — des muscles qui s’attachent aux apophyses de la colonne et qui les attirent en règle générale, celles du train antérieur en arrière ou en rétroversion , celles du train poslérieur en avant ou en antéversion.

Les caractères des quadrupèdes et bipèdes, en rapport à la colonne avec l’attitude et la marche, sont au nombre de six principaux : la direction de la colonne, le siège du nœud, le sens des inflexions des apophyses épineuses dans toute leur longueur et des apophyses transverses aux lombes, la présence ou l’absence dans le voisinage du nœud et aux lombes d’apophyses slyloïdes, c’est-à-dire d’aiguilles descendant de la vertèbre supérieure et allant soutenir les côtés des bords externes saillants de la mortaise qui est au-dessous, et enfin la hauteur du corps des vertèbres lombaires.

1° La colonne est horizontale et droite chez un petit nombre de Mammifères, par exemple les Cétacés. Elle décrit une grande courbe à concavité inférieure d’un seul jet de la première dorsale jusqu’au delà du bassin en apparence, jusqu’au bord supérieurdu sacrum ou promontoire en réalité, chez la plupart des quadrupèdes. Elle décrit deux courbes en §, chez les bipèdes, l’une dorsale concave en avant et la plus grande, l’autre lombaire convexe en avant et concave en arrière où elle constitue l’ensellure.

2° Le nœud, c’est-à-dire le bord inférieur de la vertèbre mixte dont j’ai parlé, celle qui est la première reçue dans une mortaise, est situé, chez les quadrupèdes quelquefois entre la 3e et la 41' dorsale, en comptant à partir d’en bas, rarement et douteusement plus haut, en règle générale entre la 2,! et la 3,: dorsale, par exception fort rare plus bas; et chez les bipèdes à l’union de la dernière dorsale et delà première lombaire, par exception une vertèbre plus haut ou plus bas.

3U Les apophyses épineuses, dans la colonne droite, sont tantôt perpendiculaires à l’axe de celle-ci, c’est-à-dire

COLONNE VERTÉBRALE

indifférentes, tantôt toutes en rétroversion jusqu’à la tin des vraies vertèbres caudales, tantôt les antérieures en rétroversion et les postérieures en antéversion, ce qui signifie que la distinction en deux trains s’accuse. Dans la colonne à une seule courbure mais peu prononcée, chez les Mammifères à colonne relativement rigide, l’opposition entre les apophyses épineuses antérieures rétroversées et les postérieures antévcrsées ou indifférentes est faible. On ne reconnaît la place du nœud qu’aux apophyses articulaires de la vertèbre mixte, par exemple chez le Renne; le changement du système dorsal en système lombaire est même parfois gradué.

Dans la colonne à une seule courbure, mais forte, chez les animaux à colonne souple, se fléchissant visiblement au milieu, c’est-à-dire sur la majorité des quadrupèdes où le nœud et ses approches sont très caractérisés, les apophyses épineuses sont fortement rétroversées ou anléversées vers ce nœud. Parfois même l’apophyse de la vertèbre indifférente est comme écrasée, atrophiée entre les deux pressions.

Enfin dans la colonne à deux courbures de l’Homme, le nœud n’est plus accusé que par les apophyses articulaires; les épineuses sont très rétroversées, très longues au dos, et passent insensiblement à la région lombaire où elles deviennent indifférentes, en tout cas jamais en rétroversion.

4° Les apophyses transverses ne souffrent pas d’atermoîment: elles sont toujours en antéversion, très fortement ou peu, chez les quadrupèdes ; et toujours indifférentes chez l’Homme.

5° Les apophyses styloïdes, absentes parfois, sont de règle et quelquefois très développées chez les quadrupèdes, d’autant plus que la colonne est plus mobile, tandis qu’elles manquent chez les bipèdes, sauf exception par atavisme. Elles concourent à prouver que la nature chez les quadrupèdes à partie moyenne du dos souple a tout accumulé pour associer une extrême solidité à une extrême mobilité.

Or, les Singes et Lémuriens rentrent tous dans le type des quadrupèdes à colonne flexible, ayant un nœud et ses approches bien caractérisés. Quelquefois cependant une courbure lombaire commence às’esquisser, par exemple chez le Hurleur d’Amérique, le Cynocéphale, le Macaque. Le nœud est le plus souvent entre la 2° et la 3e dorsale, quelquefois entre la 3" et la 4e; quelquefois entre la lrc et la 2°, mais toujours inclus dans la région dorsale.

Quant aux Anthropoïdes, ils sont intermédiaires enlre

STATION BIPÈDE OU QUADRUPÈDE

l’Homme et les Singes par les apophyses styloïdes, — mais semblables à l’Homme par le nœud qui est placé entre la dernière dorsale et la première lombaire, et aussi par leurs apophyses épineuses ou transverses — enfin analogues à certains des Singes par une esquisse de courbure lombaire.

Nous avons réservé la hauteur, c’est-à-dire l’indice du corps des vertèbres lombaires imaginé par M. Cunningham, qui répond le plus directement aux différences rationnelles que comporte l’attitude. La hauteur de ces vertèbres dépasse considérablement leur épaisseur antéro-postérieure chez les quadrupèdes ordinaires, parfois de plus du double. Elle se maintient élevée chez quelques Singes inférieurs et diminue chez d’autres plus favorisés. Son rapport au diamètre antéro-postérieur descend chez ceux-ci à 126, 122 et 99. Chez le Gorille, le Chimpanzé et l’Orang, il tombe à 105, 89 et 86. Chez l’Homme il va dans les races noires de 87 à 83; il est de 77 dans les races blanches. La hauteur des disques fibro-cartilagineux intervertébraux augmente en raison inverse. A ce point de vue, les Anthropoïdes touchent à l’Homme et manifestent une certaine adaptation à l’attitude verticale.

En résumé, par les caractères tirés de la colonne en rapport avec l’altitude, les Anthropoïdes tantôt s’éloignent, tantôt se rapprochent de l’Homme. En moyenne, ils sont simplement intermédiaires entre lui et les Singes.

Thorax. — Quoique la colonne vertébrale ne gouverne pas le thorax, ainsi que nous venons de le voir par la position du nœud chez les quadrupèdes, son examen se rapporte à l’attitude. Sur la plupart des quadrupèdes, la cage thoracique, gênée dans son développement transversal par les membres supérieurs qui sont relativement rapprochés, surtout chez les animaux sans clavicule, se développe par compensation dans les deux autres sens. Chez les bipèdes, les membres étant plus écartés à leur racine, le thorax se développe à son aise transversalement. Par là les Anthropoïdes, dit Broca, se rapprochent davantage de l’Homme que des autres Singes. Toutefois la cause ci-dessus n’est pas la seule : quelques quadrupèdes ont le thorax large, par exemple l’orniLhorynque.

M. Weisgerber a établi un indice thoracique pour élucider ce point : c’est le rapport de la largeur à l’épaisseur, antéropostérieure chez l’Homme, verticale chez les animaux, au

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