‹ L'homme dans la natureChapitre 125 sur 208 · PARALLÈLE DES MEMBRES · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DES MEMBRES

pris les caractères généraux qui les ont toujours distingués ultérieurement, — en rapport avec les fonctions auxquelles les prédestinait leur situation : les antérieurs plus près de la bouche et des organes des sens, les postérieurs en meilleure position pour pousser le corps, le projeter par bonds ou le soutenir seuls lorsque occasionnellement le corps se redresse. Toutefois des différences existaient entre les besoins et, par conséquent, les efforts qu’ils éveillent. Elles ont amené des différentiations secondaires. A l’époque éocène surtout, ces influences variant davantage, les adap-

Fict. 87. — Voûte du pied de l’Homme.

talions se dessinent dans les diverses voies à l’extrémité desquelles nous retrouvons nos espèces actuelles, par exemple chez les Proto-Ongulés, comme le Phenacodus et le Coryphodon qui ont une main en avant et un pied en arrière, mais se modifiant déjà. La lutte entre les deux fonctions, — préhension et locomotion, — y est vive; celle-ci est plus urgente, donc plus puissante ; mais la préhension est toujours en éveil, s’attaquant tantôt à un os, à une articulation, à un segment entier, s’adressant parfois aux membres inférieurs eux-mêmes, d’au très fois aux quatre en même temps, mais de préférence aux supérieurs, où elle finit par prédominer et, à la dernière heure, par s’installer définitivement.

L’une des transformations les mieux réussies et les plus répandues à tous les degrés est celle qui perfectionne la marche quadrupède aux membres inférieurs et l’applique, sur le même modèle, aux supérieurs. Elle atrophie succès-

STATION ET PRÉHENSION

sivemcnt les doigts, des côlés vers l’axe, soude les métatarsiens ou métacarpiens restes au centre, sous le nom de canon, et aboutit, dans ses formes les plus élevées parmi les Didelphes, aux membres postérieurs du Kangourou, et, parmi les Monodelphes, aux quatre membres des Cervidés et des Équidés.

Une autre transformation, non moins curieuse, est celle qui adapte partiellement les membres inférieurs à la préhension, en donnant de la mobilité au péroné, chez quelques Marsupiaux, grâce à un muscle spécial, l’analogue du carré pronateur de l’avant-bras; — ou en écartant le premier orteil du second sous un angle qui peut atteindre 90 degrés, et le pourvoyant d’une articulation avec le premier cunéiforme analogue à celle du pied et de la main des Singes ou de la main de l’Homme, chez les Phalangers, les Sarigues, les Phascolomes, parfois désignés sous le nom de Marsupiaux quadrumanes, quoique leur préhension ne soit guère développée qu’au pied. La plus merveilleuse transformation cependant est celle des Primates inférieurs, chez lesquels la préhension porte sur les quatre membres, et du Primate supérieur, l’Homme, où elle se concentre surles membres antérieurs seuls.

Membres chc* l'Homme. — L’Homme ne serait donc que l’expression la plus avancée, la plus complète, d’une double tendance naturelle, datant des premiers pas du Vertébré sur la terre ferme. Il atteindrait le double idéal de la division du travail dans les membres, les postérieurs pour la station et la marche, les antérieurs pour la préhension et son complément le toucher. Voyons comment la nature a réalisé les choses chez lui.

Aux membres postérieurs, tout est combiné pour la solidité, des mouvements alternatifs en deux sens opposés, la flexion et l’extension, et une décomposition des forces s’exerçant sur la voûte du pied. Hanches larges; cavité colyloïdc profonde, plus résistante en haut, munie de certains ligaments qui favorisent l’altitude verticale passive. Fémur fort, long, oblique en bas et en dedans pour ramener l’axe de gravité vers la ligne médiane. Péroné grêle et immobile à côté d’un tibia lourd, à plateaux articulaires supérieurs horizontaux et amples, sans bavure articulaire en arrière. Rotule triangulaire par eu bas, large, à deux facettes articulaires à sa face postérieure, toujours reconnaissable au milieu de celles des autres animaux, y compris les Anthro-

MEMBRES CHEZ L’iIOMMÈ.

poïdes. Articulation tibio-tarsienne serrée en avant comme en arrière, formée par un astragale cubique reçu dans une mortaise et ne permettant sensiblement que deux mouvements opposés, la flexion et l’extension. Angle droit de la jambe avec le pied se maintenant lorsque celui-ci est abandonné à lui-même. Calcanéum robuste, épais iransversalement, unique en son genre. Tarse long et étroit en arrière. Orteils très courts relativement au métatarse; colonne métatarso-phalangienne du premier orteil quatre fois aussi grosse que les colonnes voisines, caractère exclusivement humain; cette colonne, trapue néanmoins et atteignant presque le niveau du second orteil ; son axe transversal, dans le même plan que les autres colonnes, légèrement plus courbé en dessous. Articulation du premier métatarsien avec le cunéiforme massif, correspondant, par des surfaces étendues, plates, en arthrodie, ne permettant aucun mouvement de flexion ou d’adduction, mais seulement de simples glissements, ne dépassant pas ce qu’exige l’élasticité de pied. Entre les métatarsiens, écartement faible augmentant à peine jusqu’au premier, dont l’intervalle avec le second est à peine plus grand. Au côté interne et en dessous, une voûte profonde, caractéristique du pied humain, et dont la flèche s’étend de l’extrémité supérieure du calcanéum à la dernière phalange du gros orteil. Bref, dans ce pied, tout pour la station, rien pour la préhension. Quelques hommes saisissent les objets en rapprochant latéralement le premier orteil du second. Mais le mouvement se passe dans les phalanges; l’articulation du cunéiforme lui est totalement étrangère.

Aux membres supérieurs, tout vise, au contraire, à la mobilité et à la gracilité : en haut à l’étendue des mouvements, en bas à leur précision, le coude étant une région neutre qui sépare l’épaule et le bras, où s’opère le transport du membre en totalité dans toutes les directions, de l’avantbras et de la main, qui forment un système solidaire présidant non seulement à la préhension immédiate, mais à la palpation et à l’exploration tactile. Ainsi l’épaule s’élève et s’abaisse en masse avec l’omoplate. Le bras, maintenu écarté par la clavicule, est dégagé du corps. La caviLé glénoïde regarde en dehors ; la tête de l’humérus est régulièrement sphérique (Marey); autour d’elle s’accomplissent tous les mouvements de flexion, d’abduction, de circumduction permettant au membre de se porter verticalement en haulou en bas, horizontalement en dehors, en avant et

STATION ET PRÉHENSION

même, après une légère flexion, en dedans; le seul mouvc

A, tarse ; 1 à 4, astragale: 1, facette articulaire interne ou malléolaire; 4, face articulaire supérieure ou tibiale; 2, son col ; 3, sa tête; 5 à 7, calcanéum; 0, sa grosso apophyse postérieure formant le talon; 5, face articulaire astragalienne; s., face articulaire avec le cuboïde ; 8, scaphoïde ; 9, cuboïde; 10, le premier cunéiforme ; 11 et 12, le second et le troisième cunéiforme.

B, métatarse : 1 à 5, métatarsiens; C, orteils et leurs phalanges; D, os sésamoïdes.

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