LE. CRANE ET LE CERVEAU
prédominantes ou des caprices d’hérédité qui font que l’on ressemble à l’un plutôt qu’à l’autre de ses parents et ancêtres. Un crâne long el étroit concorde avec un cerveau long et étroit, un crâne presque rond avec un cerveau presque rond. Tant qu’aucun accident ne se produit pas du côté du crâne, c’est le cerveau qui gouverne. Lorsque celui-ci est frappéd’un arrêt de développement comme chez les microcéphales, le crâne reste petit; lorsque le cerveau et les ventricules, contenant plus de sérosité que normalement, grossissent, comme dans l’hydrocéphalie chronique, le crâne devient énorme, pouvant atteindre 1 mètre de circonférence, comme chez le squelette adulte du collège des chirurgiens de Londres. Quelquefois cependant, c’est le crâne qui a la suprématie, par exemple dans ces étranges déformations artificielles que se pratiquaient les Aymaras, les Indiens de Sacrilicios, les Chinooks, et dans les déformations par occlusion prématurée ou synostose des sutures. Dans ces cas, le cerveau obéit avec docilité, pourvu que l’action soit douce et lente, et se moule intérieurement sur les parois du crâne.
Par conséquent, d’une manière générale, le volume et la forme du crâne reflètent ceux du cerveau. Tel crâne ample dans sa partie antérieure ou sa partie postérieure, haut ou bas, dolichocéphale ou brachycéphale, implique un cerveau semblable. Les principaux diamètres et circonférences extérieurs du crâne et par conséquent, dans une certaine limite, de la tête sur le vivant, sont dans un certain rapport avec les mesures correspondantes du cerveau.
Mais là se borne la proposition. La correspondance n’est pas rigoureuse; on ne peut convertir les mesures prises en dehors en mesures cérébrales; la surface extérieure du crâne ne préjuge rien de sa surface interne et par conséquent de la surface du cerveau et du plus ou moins de développement que prennent tel et tel groupes de ses circonvolutions.
En effet, le cerveau est baigné par des liquides en quantité variable qui répartissent sa pression sur la face interne du crâne. Il possède plusieurs enveloppes, l’avant-dernière fibreuse qui est la dure-mère, la dernière osseuse qui est non le crâne, mais sa lame interne lisse et se moulant assez exactement sur la surface du cerveau, pour qu’en bien des circonstances on puisse y reconnaître l’empreinte des circonvolutions. Le crâne, effectivement, est formé de deux lamellesindépendantcs, n’obeissantpasaux mêmes influences physiologiques, ici se touchant, là s’écartant pour laisser
CRANIOMÉTR1E.
s’interposer entre elles, soit un tissu spongieux plus ou moins abondant appelé diploé, soit des suppléments de tissu osseux compact au niveau des saillies et crêtes extérieures, quelquefois enfin laissant entre elles des vides plus ou moins grands appelés sinus comme à la base du front, où ces sinus atteignent quelquefois presque les bosses frontales. G est sur la lame externe que s’attachent les ligaments et les muscles, qui l’épaississent, la développent plus ou moins suivant que le sujet esL plus ou moins robuste. Tandis que la lame interne est gouvernée par le cerveau, la lame externe, infiniment plus importante, est en rapport avec la vie extérieure. Nous ne parlons pas de l’épaisseur des os, variable suivant les individus et dans chacun suivant les régions.
Il en résulte que le nombre des mesures, en craniométrie, ayant quelque droit à se substituer à celles qu’on aimerait à prendre directement sur le cerveau, est moindre qu’on ne croit et que ces mesures, très comparables entre elles au point de vue morphologique, ne répondent qu’approximativement à la forme et au volume du cerveau sous-jacent.
Si l’on met de côté la capacité cérébrale qui remplace dans de certaines limites le poids du cerveau et sur laquelle on peut se livrer aux mêmes considérations, quoique la réduction de l’une en l’autre, suivant certaines formules, ne permette que des à peu près et qu’il faille par conséquent opérer sur les deux, capacité et pesée, séparément sans les mêler; si l’on met, dis-je, la capacité crânienne de côté, les seules mesures répondant à l’objectif cérébral sont la circonférence horizontale, la courbe anléro-lransversale, la courbe transverse sus-auriculaire, les deux diamètres antéropostérieur et transverse maximum, et le diamètre frontal supérieur ou stéphanique. Le diamètre frontal minimum en particulier est sans valeur. Sauf les mesures ci-dessus, toutes les autres, auxquelles on attache plus ou moins d’intérêt â cause de leurs rapports supposés avec le cerveau, rentrent dans la catégorie des mesures morphologiques. On verra plus tard celles qu’il faut maintenir ou ajouter.
Mesures empiriques. — L’idee empirique ou morphologique qui repose à son point de départ sur l'observation directe par les yeux, observation que les mesures s’efforcent de transcrire en chiffres, est celle qui, avec l’idée zoologique, fournit le plus d’éléments de recherches à la craniométrie.