INTRODUCTION XXIII
Mais, sans répondre qu^avec cette dernière déûnition on ne vient à affirmer sinon que la sainteté edt la sainteté, c'est ici même que «e montre Terreur de l'auteur; la sainteté et la vertu sont ellesmêmes, parfois, portées à l'excès à la flaveur des maladies mentales(l). D'ailleurs, de faits non soumis à une loi, il n'en existe pas; et moins encore dans le cas présent où la loi nous est fournie par la tbéorie de la dégénérescence, qui a pour effet précis de combler les lacunes dans ces cas où les névroses apparaissent non chez rbomme de génie lui-même, mais chez ses ascendants.
Brunetière ajoute € que la seule caractéristique du génie, c'est la singularité d'aptitudes qui le distingue et l'isole de tous ceux qui semblent présenter les jnêmes caractères. Grâce à cet individualisme, selon lui, toutes les théories sur le génie doivent avorter». Mais l'auteur ne prend garde qu'on pourrait dire la même chose des paranoîques, et des monomanes.
— Il y a, dit encore Brunetière, des hommes de talent, Addison, Pope, qui manquèrent de génie, et des hommes de génie qui manquèrent de talent, comme Sterne. — Mais ces deux faits ne sont point contradictoires ; manquer de talent, ou mieux, de bon sens, de sens commun, c'est bien là un de ces caractères du génie, qui attestent la névrose, la psychose, et indiquent que l'hypertrophie de certains centres psychiques est compensée par des atrophies partielles d'antres centres. '
Quant à la première assertion, elle ne détruit point, mais con- * arme, au contraire, nos conclusions. Certes, le talent n'est point le génie, eomme le vice n'est point le crime (2); mais il y a une transition des uns aux autres, en vertu de cette loi de continuité, qu'on observe dans tous les phénomènes naturels — Natura non facit
MOUUS.
Il n^ faut, ici, avouer que, dans ce livre, bien souvent, volontairement et involontairement, j'ai dû confondre le génie avec le talent; ce n'est pas que l'un et l'autre ne soient bien différents, mais la ligne qui les sépare était bien malaisée à délimiter, comme la ligne qui sépare le vice du crime ; un génie scientifique auquel manquent les matériaux et l'éducation opportune, un Gorini par exemple, paraîtra plus stérile qu'un talent favorisé, dès l'origine, par une bonne école.
il) Voir pages 482, 483 etc.
(2) Voir Préface de Ricbet, pag. xii.